QUESTION DU BI£XI(HJB IM
J^aorai bientôt à vous faire savoir ce que les Anglais penr ^eiit de la réuûion des princes allemands : l'opinion pubÛqoe ne me parait pas encore bien fixée à cet égard. Quand elk aura parlé d'une façon bien claire^ je vous communiquerai mes impressions. Mais ce que je me crois, dès à présent» fondé à vous dire, c'est que le jugement qu'on a porté ici sur la politique du gouvernement français dans les af* faires du Mexique n'est guère flatteur. .
Et d'abord, sur le c^actère moral de l'expédition, il n'y a eu et il ne pouvait y avoir qu'une voix.
Quand l'Angleterre et l'Espagne s unirent à la Franec contre Juarez, de quoi s'agissait-il ? De dettes à faire payer, d'engagements k faire remplir, rien de plus. Parmi les étrangers résidant au Mexique, il y avait des Anglais, des Espagnols, des Français. Plusieurs d'entre eux se prête»» daient créanciers du gouvernement mexicain , et se plaignaient amèrement de ne pouvoir rien obtenir; à quelquesuns, il était dd des indemnités, pour pertes subies ou foliations souffertes pendant les troubles qui avaient désolé le pays. Forcer le gouvernement républicain à faire droit aux réclamations qui seraient reconnues justes, tel était le but originaire de l'expédition entreprise en commun.
Contre cette expédition, même ainsi difinie et limitée,.
200 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (I868)
que de choses à dire, si je voulais tout dire ' L'histoire de la créance Jecker, racontée un jour par M. Jules Favre , du haut de la tribune française, et cela d'une manière si terrible, se trouve racontée d'une manière bien plus terrible encore dans les dépêches de sir Charles Wyke à lord Russell; et quel triste jour elle jette, grand Dieu ! sur l'origine et la légitimité de certaines réclamations !
A quels.faits, d'ailleurs, se rapportaient les plaintes? H y avait eu des assassinats, il y avait eu des vols. Par qui avaieut-ils été commis? Etait-ce par le gouvernement de Juarez, atiquel réparation était demandée? Non. Les coupables, c'étaient les héros sanglants du parti réactionnaire, c'étaient les saints du parti prêtre. Le parti comptable, aux yeux de l'Europe et de l'histoire, du vol de la légation britannique, de l'affreux massacre de Tabacuya, du meurtre du D' Duv^l, des violences inouïes dont eurent tant à souffrir MM. Pitman, Davis, Whitehead, Joots, George Selley et tant d'autres, le voilà ! Sur ce point, nul doute possible. Les exploits de ce parti sont écrits en lettres de feu dans le Blue-Book publié par le gouvernement anglais lui-même, sous le titre de c Carrespondence respeciing the affairs of Mexico^ » — modernes tables d'airain sur lesquelles la génération présente ne jette que trop souvent un regard distrait, mais qui fournira des considérants redoutables aux arrêts de la postérité (1).
Oui, et c'est ce qu'il importe de ne pas perdre de vue, les maux dont la réparation était exigée du gouvernement de Juarez étaient précisément l'ouvrage du régime qu'il avait renversé, aux acclamations du Mexique; ils étaient l'ouvrage du parti que, précisément, il combattait.
(i) Voir Correspondence retpeding the affcàrs of Msanco, p. 23, 29, Part. I.