UN MANIFESTE
blado contre Tinvasion du Mexique. Vous savez que ce fut le général Manuel Doblado qui conclut avec le général Prim la fameuse convention de la Soledad. Le général Doblado , — je tiens ceci du général Prim lui-même — est un homme de beaucoup de mérite, d'un caractère fort respectable, très au courant des choses de son pays et des choses du nôtre. Sa protestation a fait sensation au Mexique. Elle mérite d'autant plus d'être connue que, sur la foi de la presse officielle française, beaucoup de gens étaient convaincus que Doblado allait se rallier ou même s'était rallié.
Je n'ai pas le temps de vous en dire aujourd'hui davantage. J'aurai occasion de revenir sur ce fait significatif.
Voici la pièce en question :
Manifeste du général Doblado.
« Manuel Doblado, gouverneur de l'État de Guanajuato, à ses habitants :
<c Concitoyens, l'honorable congrès de l'État, en terminant ses travaux législatifs, m'a délégué l'exercice de son pouvoir en augmentant les facultés extraordinaires dont on m'avait préalablement investi.
« Ce nouveau témoignage de confiance m'impose le de^ voir de vous adresser la parole afin que vous sachiez l'usage que je me propose de faire de l'autorité dont on vient de me faire le dépositaire.
Les faits qui viennent de se passer dernièrement dans la ville de Mexico ont placé la question étrangère sous son véritable point de vue, en la présentant avec une précision et une exactitude telles, que toute méprise devient impossible.
M)6 LETTRES SUR L*ANGLETKRRE (I868)
Il s'agit de convertir la répubiiqve aiexicaine en une colonie française...
< La question militaire a comaseBeé le jour où le pays a levé Tétendard de rinsurrection. La solution de cette question est encore dans les secrets de la Providence. Nous espérons qu'elle accordera à chacun ce qui lui est dû.
c La question politique, c'est la question de droit, et sur ce terrain le Mexique est tout-puissant. La nationalité est la vie des peuples. Nous, Mexicains, avons reçu en héritage rindépendance de nos ancêtres. Ceux-ci la craquirent à force de courage et de sacrifices, non par Tiatrigue, ni en ayant recours à Tor corrupteur. Notre droit est évident, incontestable, imprescriptible. C'est le droit que possèdent TAngleterre, l'Espagne et la Fraoce sur leurs nationalités respectives, et le mettre en doute c'est renverser le droit dcfS gens, c'est mettre en doute l'existence des nations comoie États indépendants, c'est attaquer dans sa base le droit naturel, c'est introduire le chaos dans le droit public.
< La force n'est pas le droit. Ji faut répéter ce principe mille fois, quelque rebattu qu'il soit. La force a déchiré ia Pologne, il y a bien des années; mais le droit des Polonais est demeuré vivant, et brille toutes les fois qu'apparaît le feu sacré de l'insurrection.
a L'empereur Napoléon III a eu la force pour envahir le Mexique ; mais il n'a pas le droit de le convertir en colonie française. On cherche à faire naitre le droit en tirant un argument ^u mauvais état de la république et de ses révolutions continuelles. Il est vrai que nous avons commis bien des erreurs, et que tous les partis, en essayant leurs théories administratives, ont échoué, engloutis dans le gouffre révolutionnaire. Mais nous, Mexicains, seuls avons le droit de nous plaindre de ces maux : nous seuls, rien que nous seuls ^ avons
UN JfANIFEST£ SOI
le droit de nous faire des reproches. L'étranger n*a pas le droit de s'immiscer dans nos dissensions domestiques, bien moins encore de nous adresser des récriminations pour les actes accomplis dans Texercice de notre souveraineté nationale.
c L'envahisseur a conscience de ces vérités-, et c'est pour cela qu'à chaque pas qu'il fait dans le pays il répète la consigne de son mailre : < Nous ne sommes pas ventes pour imposer un gouvernement au Mexique; nous venons pour protéger le libre choix de celui que les Mexicains veident se donner. » Ceci ne mérite pas d'être réfuté...
« Le bon sens des habitants du pays a compris qu'il ne peut y avoir de liberté là où la force domine ; que ces phrases avec lesquelles on prétend flatter les peuples sout des phrases d'estampille que tous les conquérants ont de tous temps ré- ]^é(ées; des moyens politiques inventés pour neutraliser les résistances ; des aveux involontaires, mais très-significatifs, du droit que nous avons de nous gouverner sans rinter\ention d'aucun étranger.
c La question politique étant établie, et le droit qu'a le Mexique de refuser la protection qu*on lui offre à la pointe des baïonnettes françaises étant clair comme la lumière du jour, la route que tout Mexicain doit suivre est déjà naturellement tracée. Nous battre jusqu'au dernier soupir contre les envahisseurs; épuiser jusqu'à la dernière ressource du pays pour que la guerre soit fructueuse ; repousser toute idée de transaction comme moyen impossible , quand ù s'agit de l'indépendance et de la souveraineté de la nation, qui de leur propre nature sont indivisibles et inaliénables, et mourir, s*il le faut, avec la conscience que l'honneur du Mexique est sauvé.
< Cette route est celle que va suivre le gouvernement de
Guanajuato, pour répondre à la confiance que les représentants du peuple ont montrée dans la personne qui le dirige. Pour une entreprise aussi grande et aussi sainte, aucune coopération ne doit être refusée, aucune individualité ne doit être méprisée. Sous l'étendard de l'indépendance que pour la première fois arbora, à Dolorès, le vénérable prêtre don Miguel Hidalgo, il y a place pour toutes les couleurs politiques, parce que son ombre ne nuit qu'aux traîtres. Je fais aujourd'hui un appel solennel à tous les habitants de l'État, conservateurs, modérés et libéraux, pour que chacun prête ses services à la cause de l'indépendance, dans la sphère qui lui est propre. La question des partis est terminée. Aujourd'hui doivent disparaître, avec les haines politiques, les funestes dénominations nées de la guerre civile.
€ Ce n'est pas le danger qui me porte- à faire cette invocation à la fraternité. Durant les trois années de mon gouvernement, la tolérance a été une vérité pratique dans FÉtat de Guanajuato, où les hommes de toutes les opinions et de tous les états ont vécu en pleine jouissance des mêmes respects et des mêmes garanties. S'il n'était indigne d'un gouvernement de faire son propre panégyrique, je vous rappellerais mille faits qui prouvent que l'idée de la fusiou universelle a formé ime des bases fondamentales de mon administration.
< Ce n'est pas non plus la crainte du grand pouvoir de l'empire français qui me dicte cet appel h la réconciliation. Le pouvoir de la France est grand. Ce fait incontestable fera plus tard notre gloire. Mais il ne s'agit pas, quant à présent, de savoir laquelle des deux nations a le plus de pouvoir, mais bien laquelle a le plus de justice. Nous» mattres du droit, avons Tobligation de le défendre, lors même que