LA TERRE, UN ARTICLE DE LUXE EN ANGLETERRE S
Birmingham, à Leeds, à Sheffield, à Glasgow, à Belfast.
Peut-être une objection se sera-t-elle présentée à l'esprit de vos lecteurs.
Il y a quelque temps, le Times faisait observer que Tachât d'un domaine était le plus piètre des placements. Il est certain, en effet, qu'un homme qui vise à un emploi lucratif de son argent n'en tirera pas aussi bon parti en achetant de la terre qu'en le plaçant dans les fonds publics, ou en l'associant à quelque entreprise sérieuse, ou en le prêtant sur hypothèque.
Mais il importe de ne pas confondre ce que la terre rapporte à un homme qui l'achète aujourd'hui avec ce qu'elle rapporte à un homme qui la possède depuis très-long'^ temps.
Car c'est précisément parce que la valeur vénale ou nominale du sol a prodigieusement augmenté que l'acheteur est obligé d'en donner un prix hors de toute proportion avec le revenu qu'il a chance d'en tirer. Il faut effectivement que dans ce revenu il retrouve Yintérit du capital employé à l'achat; et s'il a payé un prix comparativement très-élevé, son revenu sera diminué d'autant. En d'autres termes, la rente du domaine acquis par lui ne constituera pas pour lui un bon revenu, parce qu'il aura eu à en payer la jouissance très-cher.
Oui, si les acquéreurs actuels ne peuveul s'attendre à tirer qu'un fort mince revenu des terres qu'il leur a pris fantaisie d*acheter, c'est précisément parce que, entre les mains des propriétaires de vieille date, la valeur vénale du sol s'est prodigieusement accrue. Si l'argent, aujourd'hui placé en biens-fonds, rapporte peu, c'est précisément à cause du renchérissement progressif de la terre, renchérissement proportionné à cette augmentation progressive de
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la rente, qui, comme je Tai é^k dit, est le résultat, non des efforts et des sacrifices des propriétaires, mais du développement naturel de la richesse générale, des progrès de Tindustrie, des progrès du commerce, des inventions de la science, du travail de t«us, en un mot.
Ceci a été très-bien vu et très-bien rendu dans un livre remarquable de M. 'Vidal : c Un domaine qui valait 100,000 fr. il y a un siècle, et qui était affermé alors 5,000 fr., paye aujourd'hui 10,000 fr. de rente; mais il a coûté au propriétaire actuel 300,000 fr., et peut-être davantage. La rente de cette terre a doublé réellement; cependant Vintërét du capital^ pour ie propriétaire actuel^ comparé au revenu de Yancien possesseur, a baissé. Le domaine qui donnait autrefois cinq mille francs de rente en donne aujourd'hui dix mille; cependant Yancien propriétaire retirait de son capital cinq pour cent, tandis que le propriétaire actuel ne retire que trois et un tiers (i).
Cet exemple montre d'une manière aussi claire que décisive comment il arrive qu'il n'y ait pas avantage aujourd'hui à placer son capital en biens-fonds,-^ à moins qu'il ne s'agisse de terrains achetés en vue de quelque entreprise commerciale, — quoique le fait de l'augmentation progressive de la rente soit un fait absolument hors de donte.
De là ces deux conséquences :
1^ Que les grandes familles entre les mains desquelles la possesiûon du sol, en Angleterre, s*est perpétuée, au moyen des droits de prinH)géniture et de substitution, n'ont cessé et ne cessent de s'enrichir, sans se donner pour ceia la moindre peine;
2® Que, pour acheter de la terre aujourd'hui en ce pays,
(1) De [a Bé^fHiUm d«9 rielmtes, p. 1!U.