‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 182 sur 186 · LA TERRE, ON ARTICLE DE LUXE EN AN)GLETERRE · texte numérisé non relu

LA TERRE, ON ARTICLE DE LUXE EN AN)GLETERRE

— -'si on Faehète, bien eutenduvau point de vue de la propriété et non de la spéculation commerciale, — il faut non-seulement être riche, mais ne savoir en quelque sorte quesfaire de son argent.

Le Times a dit un mot dont il tire une «onclosion parfai* tement iiausse, mais qui est parfaitement trai : « La terre tst devenue ici une chose de fanlaisie, un article de ItÂxe. » On en achète quand on le peut, non pas à cause du profit qu'elle offre, mais à cause de la position sociale qu'elle donne. De fait, l'homme qui parvient à monter au rang de propriétaire foncier par l'achat d'un domaine quelque peu considérable, se croit et est bien près de devenir un personnage. Il prendra sa place parmi ceux qui, dans sa province, se font gloire d'appartenir à la Gentry ; il sera du Grand Jury, aux assises; le duc un tel l'admettra peut-être à l'honneur de sa table, quand l'heure des élections sera venue; les produits de son domaine auront chance d'être admirés aux fêtes de l'horticulture, et ses filles feront figure dans les bals du comté.

Aussi la propriété foncière possède-t-elle ici un appât incomparable. Le rêve d'or de tout marchand saxon est de parvenir un jour à être classé parmi les « landlords » . Le manufacturier soupire après l'heureux moment où il pourra dire, en faisant sa promenade du matin : c Ceci est à moi », Si, loin, bien loin, de la mère patrie, le colon tourne les yeux vers elle, c'est dans l'espoir d'y revenir comme country gentleman.

Et d'où naît ce général appétit pour la terre? De l'amour du lucre? Pas le moins du monde. Il est des domaines fort étendus qui, achetés récemment, rapportent à peine 2 p. 100 à leurs acquéreurs, dans un pays où il est facile de placer son argent, et cela en toute sûreté, à 4 et 5 pour 100. Ahl

356 LETTRES SUR l'aNGLETEBRE (1864)

c'est que, selon l'expression du Times^ la terre est otijourd'hui en Angleterre un article de luxe. Voilà tout le secret.

Mais il est un point que le Times a oublié d'éclaircir, c'est celui-ci : comment se fait*il que là où l'impôt pèse si lourdement sur les articles de première nécessité, il ne pèse pas du tout sur un article de luxe?

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