‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 19 sur 186 · T. UT · texte numérisé non relu

T. UT

66 LETTBES SUR L* ANGLETERRE (l863)

sans lui en imposer YobUgatton^ » paroles d*une habileté suspecte, au moyen desquelles il demandait à TAngleterre de se réserver la faculté d'agir comme elle Tentendrait, dans le sens de ses intérêts et en dehors de toute idée de devoir.

' D'autre part, la Cliambre des Communes n'avait donné à la motion de M. Hennessy aucune conclusion pratique, s*en remettant à la sagesse du gouvernement du soin de rendre effectives les sympathies hautement manifestées de T.Vngleterre pour la Pologne.

Or, il faut bien le reconnaître, les précédents de lord Palmerston, dans le maniement de la question polonaise, n'étaient pas de nature à rassurer les vrais amis de la Pologne, dans le cas où la solution du problème sérail abandonnée au vétéran diplomate.

Le premier ministre actuel de l'Angleterre est-il lié à la Russie par un pacte secret? C'est ce que son implacable adversaire, M. Urqubart, n*a cessé de prétendre, mais ce que ne croient pas les hommes en qui la subtilité de l'esprit n'a pas, comme chez M. Urquhart, obscurci les inspirations du boii^ sens. Pour moi, je tiens que soupçonner lord Palraerston d'être vendu à la Russie est tout simplement une énorme absurdité. Hais ce qui est certain, c'est que, s'il est un personnage politique en Europe dont l'action ait été funeste à la Pologne, dans le passé, c'est lord Palmerston. Ce fut lui, en effet, lui seul, qui, en 1831, quand la Pologne aux abois criait au secu)urs, refusa de concourir avec l'Aulriclie et la France à l'œuvre sainte de la délivrance, arrêta l'élan du cabinet de Vienne, fournit un prétexte d'inaction à la politique timorée de Louis-Philippe, et livra ainsi la Pologne au couteau.

Ce sont là des faits, ou trop peu cenns, ou trop eubfifésv

LORD PALMESSTON ET LA i>0L0G5E «7

Il importe de les rappeler, le passé pouvant jeter sur le présent d'utiles lueurs.

En i831, lorsque^ de ses chaînes brisées, la Pologne s'efforçait de frapper ses oppresseurs à la tète, rAutricbe comprit, ainsi qu'elle semble le faire aujourd'hui, que son véritable intérêt était de pousser à la reconstitution de la Pologne, seule barrière peut-être qui puisse efficacement sanver, et Tempire autrichien, et l'Europe occidentale, des débordements de la Russie.

Mais que dis-je? Bien longtemps avant 183i , et dès la fin de 1814, celte pensée était celle du cabinet de Vienne, et elle l'emportait, dans Tesprit des hommes d'Etat autrichiens, sur la tentation de garder la part faite à l'Autriche dans les dépouilles de la Pologne par cette politique de brigands : le partage.

On sait qu'un des quatre projets mis en avant au congrès de Vienne fut l'érection de la Pologne avec ses anciennes limites en royaume indépendant. Et par qui rqrent appuyés lord Casllereagh et le prince Talleyrand, qui proposèrent cette solution ? Précisément par le prince de Metternich.

Rien d'étonnant k cela. La Russie, qu'avaient fortifiée et agrandie d'une manière si menaçante la conquête de la Pin*lande, ses acquisitions en Bessarabie, et ses suecès du côté de la Perse, lu Rnssie ne s'érait-elle pas avancée des bords du Niémen jusque dans le cœur de l'Allemagne? Si l'on adnoettait la prétention du czar Alexandre k prendre pour lui la presque totaUié dtt duché de Varsovie, à l'ajouter à ses autres possessions polonaises^ et à faire du tout un royaume de Pologne entièrement soumis à son autorité, qui l'empêcherait, une fois maitre des forteresses du duché, et en l'absence d'une ligne de frontières sérieuse, de menacer la capitale de l'Autriche? La pente de la Russie n'étaîMle pas vers le sud-

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ouest, et, sur celte pente, si l'on n'y prenait garde, n*étaii-il pas à craindre qu'elle ne roulât avec le poids d'une avalanche? Et que serait-ce si, s' étendant de plus en plus le long de la mer Noire et pesant de plus en plus sur la Turquie, elle en venait à envelopper rAutriche, au nord, à Test et au sud ?

Oui, voilà ce qui, dès l'origine des négociations fameuses qui aboutirent aux traités de Vienne, dut être présent et fut présent a l'esprit du prince de Metternich. Alors même que, conformément à l'un des quatre plans proposés, on eût divisé le duché de Varsovie en trois portions destinées aux trois puissances entre lesquelles avait été noué le pacte iûopie-du premier partage, l'Autriche se serait trouvée avoir conclu un triste marché. Car, pour elle, le point capital était, non pas de s'agrandir dans telle ou telle direction donnée, mais de se prémunir contre le danger d'être tôt ou tard engloutie!... Et ce danger, elle « n'avait qu un moyen décisif de le parer : la reconstitution de la Pologne comme État indépendant.

Par malheur, Alexandre était en mesure de se faire adjuger la part du lion. Aux représentations de Talleyrand, il opposa l'argument favori des empereurs, des rois, des czars, et de tous les logiciens qui ont des canons h leur service : a fat deux cent mille hommes dans le duché de Varsovie! chassez-moi de là si vous pouvez. j>

On espéra mettre quelque obstacle au développement prévu de ce brutal abus de la force, en stipulant certaines garanties dictées par l'intérêt de l'Europe au moins autant que par celui de la Pologne, savoir : que le nouveau royaume jouirait du bienfait d'une constitution; qu'il aurait une administration distincte, etc.. Garanties illusoires! Toiles d'araignée sur le passage d'un frelon! Les événements qui,

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