‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 20 sur 186 · LORD PALMERSTON ET LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LORD PALMERSTON ET LA POLOGNE

en ce moment même, émeuvent l'Europe entière, rendent ici tout commentaire inutile.

Il était donc à Tadresse de rAutriche, non moins qu'à Tadresse de la France et de l'Angleterre, le noble et touchant manifeste que les Polonais publièrent en 1831 : <r Convaincus que notre liberté et notre indépendance, loin de menacer les États cîrconvoisins, ont toujours servi de rempart à l'Europe, et peuvent lui devenir plus nécessaires que jamais, nous comparaissons devant les gouvernements et les peuples avec la certitude que la voix de la politique se fera entendre en notre faveur comme celle de l'humanité. Si la Providence a condamné ce pays à une servitude éternelle; si, dansée dernier combat, la liberté de la Pologne doit être enterrée sous les nuines de ses villes et les cadavres de ses défenseurs, notre ennemi ne régnera que sur des déserts, et tout bon Polonais aura cette consolation, à son heure suprême, d'avoir protégé, ne fût-ce qu'un moment, la liberté menacée de l'Europe. »

Aussi, l'Autriche fit-elle , dès cette époque, des efforts sérieux pour sauver la Pologne. Le gouvernement polonais sut, par le consul autrichien, qui n'avait point quitté Varsovie, que l'Autriche était disposée h favoriser le rétablissement de la nationalité polonaise, à deux conditions : la première, que la Pologne accepterait pour roi un prince autrichien; la seconde, que cette proposition serait faite conjointement par la France et l'Angleterre. M. Walewski partit pour aller sonder les dispositions du cabinet des Tuileries d'abord, et ensuite celles du cabinet de Saint-James. L^ réponse du gouvernement français à ces ouvertures ne fut pas défavorable, — et remarquez que Louis-Philippe était alors sur le trône ! — Mais quelle fut la réponse de lord Palmerston? L'auteur de la présente lettre fut le premier, s'il ne

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se trompe, h faire connaître anx peuples, dans Y Histoire de dix ans^ lé doGunient en question, qui ne saurait être trop attentivement médité. Le voici :

« Le soussigné, etc., etc..., en réponse à la note qui lui a été présentée par Tambassadeur de France , ayant pour objet d'engager le gouvernement de la Grande-Bretagne à intervenir de concert avec la France dans les affaires de Pologne, pour arrêter Teffusion du sang et procurer à cette contrée une existence politique et nitiouale,

« A l'honneur d'informer Son Excellence le prince de Talleyrand que, quelque disposé (jue soit le roi de la Grande- Bretagne à concourir avec le roi des Français k toute mesure propre à consolider la paix^ de l'Europe, et plus particulièrement, à toute mesure qui aurait réellement pour effet de mettre fm à la guerre d'extermination dont la Pologne est en ce jnoment le théâtre, Sa Majesté se voit forcée de déclarer :

a Que, dans les circonstances actuelles, une simple fifiédiation ordinaire ne pourrait manquer d'être rejetée par la Russie, d'autant que la cour de Saint-Pétersbourg vient de repousser les propositions de ce genre h elle faites par la France; que, conséquemment, l'intervention des deux cours, pour être effective, devrait être une intervention de nature à être imposée, en cas de refus de la part de la Russie.

« Que le roi d'Angleterre ne croit en aucune façon devoir adopter cette dernière alternative, attendu que les franches et amicales relations qui existent entre la cour de Saint-Pétersbourg et Sa Majesté ne le permettent pas. Sa Majesté Britannique est donc contrainte de refuser les propositions transmises par Son Excellence le prince de Talleyrand dans sa note du 30 juin (1831), son opinion étant que le moment

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n'est pas eacore venu de les adopter avec succès contre la Yotooté d*un souverain dont les droits sont incontestables.

« Da reste, Sa Majesté a chargé le soussigné d'exprimer à Son Excellence Tambassadeur de France la profonde douleur dont son âme est remplie à la vue des ravages qui ont lieu en Pologne, et de lui donner l'assurance qu'elle fera, pour y couper court, toutes les démarches qui ne seraient pas incompatibles avec les relations amicales qui existent entre elle et la Russie. Déjà des instructions ont été envoyées à l'ambassadeur de Sa Majesté Britannique à Saint-Pétersbourg, pour qu'il ait à déclarer que Sa Majesté insistera sur le maintien de l'existence politique de la Pologne, telle qu'elle a été établie en 1815, et sur le maintien de ses institutions nationales.

c Signé : Palmerston. »

Ainsi pensait, parlait et agissait lord Palnrerstonen 1831. Ai-je besoin de rappeler quels résultats meurtriers eut pour Vhéroïque et infortunée Pologne cette politique d'abstention? Louis-PhiHppe n'était pas homme à courir setil les aventures d'une moderne croisade, et l'Autriche avait déclaré d'avance qu'elle ne fierait rien sans l'Angleterre. Une fois encore, au grand scandaie de la famille humaine, la Pologue fut foulée aux pieds.

Aujourd'hui, il s'agit de savoir si le lord Palmerston. de 1863 est toujours le Iwà Palmerston de 1831, et si, ea supposant que cela soit, l'Angleterre de nos jours est disposée à souffrir ce q^ie souffrit l'Angleterre d'alors.

Qnant à moi, j'avoue que, sur ces deux points, je me plaisais à ouvrir mon esprit à des suppositions qui rassurassent DM^fi cooir. Comment croire, en effet, que les derniers événements de Pologne n'aurai^t pas éclairé un homme de la

trempe de lord Palmerston sur l'impossibilité où la Pologne est de mourii', et sur Tintérét souverain dont il est pour l'Europe entière d'aviser à ce qu'elle vive? Comment croire que les protestations si ardentes, dont la Chambre des Communes retentissait naguère, auraient à peine la valeur de la fumée qui annonce le feu? Comment admettre qu'un peuple qui se pique d'être pratique encourrait le rçproche d'avoir laissé son enthousiasme pour une cause juste s'évaporer en paroles vaines et en stériles ébuUitions de sympathie, ou, ce qui serait bien pire encore, d'avoir joué la comédie de l'indignation ?

Voilà pourtant, j'ai regret à le dire, à quelles accusations semblent donner lieu, et la politique inerte du premier ministre, et l'attitude incertaine de la nation. Il y a dans le refus du gouvernement anglais d'agir de concert avec la France et de borner ison action k des protestations isolées, quelque chose de déplorable, et, tranchons le mot, de peu honorable; mais, si la nation voulait ce concert, il faudrait bien que le gouvernement s'y. prêtât. Que veut la nation? Jusqu'ici, je doute qu'elle le sache elle-même. La perspective d'une guerre fait peur, voilà la vérité; et, d'un autre côté, on craint de s'engager avec Napoléon IH dans une route où il irait plus loin, peut-être, qu'on ne se soucie d'aller..

Au surplus, ceci ne s'applique pas aux sentiments de la classe ouvrière, qui montre, en ce qui concerne la Pologne, une détermination virile. Vendredi dernier, une députation nommée par un imposant meeting allait trouver lord Palmerston, et le pressait, au nom de la classe ouvrière, de s'entendre avec les autres puissances pour la résurrection d'une Pologne indépendaute. — «: Mais c'est donc la guerre que vous désirez? » s'est brusquement écrié le vieux diplo-

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