‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 27 sur 186 · LA POLOGN£ ABANDONNEE A DEMI · texte numérisé non relu

LA POLOGN£ ABANDONNEE A DEMI

de frivolité, ils ont suivi d'un œil distrait les péripéties d*une lutte héroïque; que leur attention est absorbée par Fespèce <le drame dont la maison de mademoiselle Barucci a. été le tbéàtre et par les aventures plus ou moins piquantes du demi-monde; que cette apathie de la France en ce qui louche la Pologne est chose certaine, et qu'il n'y a pas h en douter. C'est à vous, Monsieur, qui êtes sur les lieux, qu'il 4ippartient de relever ces allégations; mon devoir, à moi, est de les noter, parce qu'elles prouvent que ceux-là ont joué «n France le jeu de l'Angleterre qui, à l'instar de M. de La Rochejaqueleio, ont cru jouer la partie de Tordre.

Vous parlerai-je de la façon dont la nouvelle du malheur de Langiewicz a été accueillie 1 0 sinistre puissance des faits accomplis! ô prestige abominable du succès!

Et d'abord, c'est merveille de voir combien de penseurs profonds, combien d'observateurs sagaces se trouvent tout h coup avoir prévu et avoir prédit qu'une pareille insurrection serait nécessairement écrasée; qu'il y aurait folie k être sublime ; que les insurgés pourraient tenir, peut-être, tant que les bois leur serviraient de refuge ; mais qu'ils seraient pei*dus le jour où ils livreraient bataille. Laissons ces prophètes et le Morning Herald^ leur organe, se féliciter de leur sagesse, et en attendant que la situation se dessine un peu mieux, cherchons à démêler dans les premiers cris échappés à la presse anglaise les sentiments du public qu'elle représente.

A l'exception du Daily News, qui se permet de ne pas 4;roire à la magnanimité de l'empereur Alexandre, dont , au dire de M. Billault, « la bienveillance, l'humanité et les dispositions conciliantes ont abouti à une insurrection , > — ce qui semblerait un motif pour qu'il doiite, à l'avenir, de l'effieacitfi de dispositions semblables, — tous les journaux que

j'ai sous les yeux, à commencer par le Times^ proclament leur confiance dans la grandeur d'âme du czar.

Hier, à les entendre, il était de la famille des oppresseurs : aujourd'hui, on s'attend à voir revivre en lui TAuguste de Corneille : Prends un siége^Cinna. Sur ce point, le Times ne parle pas autrement que la France^ et le Moming Iferald autrement que le Consiiiuiionnel. Quelle adûiirable occasion pour Alexandre II de déployer ses vertus ! Mainte nant qu'il en a fini avec l'insurrection, c'est le cas ou jamais de s'engager à respecter les traités de 1815. Allons ! qu'un bon décret d'amnistie soit publié; que les garanties si souvent promises aux Polonais leur soient promises de plus belle, et tout est oublié, lout est terminé. L'insurrection, cette insurrection qu'on déclarait , hier encore, fille légitime de l'oppression et du désespoir, n'aura servi qu'à mettre en pleine lumière la clémence des czars; assez d'hommes ont péri pour que la question polonaise reste enterrée sous leurs cadavres ; et le Times est prêt à s'écrier, comme fit autrefois le général Sébastiani : L ordre règne i Varsovie !

Sur ce qui concerne les éloges que mérite l'empereur Alexandre dans ses rapports avec la Pologne, je laisse k la presse anglaise d'hier le soin de répondre à la presse anglaise d'aujourd'hui, et au prince Napoléon, si cela lui plaît, le soin de répondre à M. Billault. Mais ce qu'il m'est impossible de ne pas signaler, c'est l'aveuglement de ces journalistes anglais qui jugent possible une paix permanente entre la Russie et une Pologne forcée d'être russe. Admettons pour un instant qu^ l'insurrection soit étouffée, ce qu'on se presse beaucoup trop d'affirmer et ce qui n'est pas ; supposons, en outre, qu'une amnistie soit accordée; que la Pologne obtienne une administration distincte ; qu'on lui octroie cette constitution qui, dans l'esprit des traités de Vienne, devait

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