LA POLOGNE ABANDONNEE A DEMI
la lier à Tcnipire russe : est-ce qu'on croit de bonne foi que le problème sera de la sorte résolu ? Est-ce qu'on sera parvenu ainsi à déraciner du cœur des Polonais cet impérissable amour de la patrie, qui s'est affirmé tant de fois, par tant d'iiéroïques sacrifices, avec une vigueur toujours nouvelle et en dépit de tant d'obstacles? Que faut-il donc pour démontrer l'impossibilité où la Pologne est de mourir, s'il ne suffit pas pour cela du spectacle étonnant que donne aux hommes, depuis si longtemps, sa miraculeuse agonie? Quelles concessions lui fera-t-on qu'elle ne soit tentée de transformer et qu'elle n'ait le droit de transformer en moyens de délivrance? Qui effacera le souvenir des massacres, des assassinats, des pillages qui ont marqué la présente guerre? Qui lavera tout ce sang? Conçoit-on l'existence d'un peuple de suspects?
On vante les bonnes intentions de l'empereur Alexandre. Quel argument eft faveur du rétablissement de la Pologne pourrait-on imaginer qui soit plus frappant, plus décisif? Car enfin, si les bonnes intentions d'Alexandre ont dû, par la force des choses, engendrer les mêmes horreurs que la politique d'airain de son père ; si les vues libérales, qui ont conduit le fils de Nicolas au désir d'émanciper les serfs en Russie, n'ont eu d'autre résultat en Pologne que de faire fouler aux pieds des chevaux une foule agenouillée devant un crucifix et de généraliser la proscription sous le nom de conscription, que reste- t-il h démontrer?
J'admire que le Times et les journaux à la suite s'obslinent à chercher le remède à tant de maux dans une prière diplomatique adressée au czar, pour que désormais il veuille bien observer un peu mieux, h l'égard de ses sujets polonais, les traités de 1815, comme si ces traités, après avoir été tant de fois remaniés, tant de fois violés, tant de fois con-
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vaincus d'imprévoyaoce et d'impuissance , formaient encore le droit public de l'Europe! Au moins faudrait-il être décidé à soutenir la prière par une menace, dans le cas où la prière ne serait pas écoutée. Or, que répondait, hier encore , lord Palmerslon à M. Hennessy, déclarant TAngleterre engagée d'honneur, comme signataire des traitée de 1815, à empêcher que la Pologne ne souffrit de leur violation? Il répondait que TAngleterre n'ayant rien garanti n'était à la rigueur obligée à rien. Dès qu'on admet que le czar est très-légitimement maître de la Pologne , de quel droit lui dicterait-on la manière de la gouverner? En octobre 1814, lord Castlereagh ayant envoyé à Alexandre P^ des remontrances du genre de celles qu'on propose, il écrivit au donneur d'avis : « Quant à ce qui concerne les soins que je dois à mes propres sujets et mes devoirs envers eux, c'est à moi de les connaître. »
La vérité est que, si l'on veut résoudre la question, il faut avoir le courage de l'envisager par son grand côté. Le partage de la Pologne fut un crime, et la sanction de ce partage ou de ses suites un autre crime. Le crime ne fait pas droit.
Au surplus, je le répète, l'insurrection n*a pas encore dit son dernier mot. Samedi dernier, un vaisseau emportait d'Angleterre, — ceci est à ma connaissance persounelle, — deux cents. Polonais, qui allaient conquérir la patrie ou se faire tuer à son service. Hier, j'ai causé avec un des représentants de cette révolte héroïque. Son visage était calme; ses paroles respiraient une foi supérieure aux revers. Je lui ai parlé de Langiewicz, de la gravité qu'on attribuait ici à sa défaite ; il m'a répondu : « Voilà quelles tristes conséquences entraine toujours un faux pas. Langiewicz n'aurait pas dû se déclarer dictateur. Il a fait par là croire à l'Europe
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que la Pologne, c'était lui. J'espère que nous détromperons l'Europe. » El il a répété ce que disait le Datly-Telegraph: « La Pologne n'est pas morte avec Kosciusko; elle ne mourra pas avec Langiewicz. »
cxxxvm
27 mars.
IJae émeute ù, SUdeybridge.
ce Tout est fini ! » disent les optimistes , en parlant de Téoieute de Staleybridge, émeute engendrée par la crise qui met les districts cotpnniers de TAnglelerre aux abois.
Âhltout est finilvHélas! telle n'est pas mon opinion. Mais voyons d'abord les faits.
Lorsque, au mois de décembre de Tannée dernière, il fut bien constaté que, sur 2,000,000 d'habitants que contient le district de Manchester, le nombre des infortunés réduits à vivre de secours s élevait à près de 260,000, et qu'à ce chiffre navrant s'ajoutait celui de 172,000 personnes nourries par les comiiés locaux, et^que, par conséquent, la charité publique avait à trouver le pain de 432,000 créatures, humaines, — une sur cinq, — il y eut, d'un bout à Tautre de l'Angleterre, une grande émotion suivie d'un grand
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effort. Un « comité central de secours, » fut organisé promptement et se mit h l'œuvre. Le lord-maire de Londres se fit en quelque sorte le banquier des affamés du Lancashîre, et ils purent regarder avec espérance du côté de Mansion-House ; partout des sotiscriptions furent ouvertes : lords, boutiquiers, artisans, riches et pauvres, tous répondirent à l'appel; depuis la reine jusqu'au plus jeune membre de la « brigade des petits décrotteurs, » chacun envoya son offrande; les fonds affluèrent : l'Angleterre est si opulente ! En peu de temps, même le produit des listes de Mansion-House mis à part, il se trouva qu'on avait recueilli 540,000 livres sterling, — 13,500,000 francs.
C'était beaucoup certainement, et néanmoins c'était fort peu, tant la plaie ouverte aux flancs da la nation était large et profonde ! Mais on en était ii la période de l'enthousiasme, et la durée du mal n'avait pas encore fatigué la constance du malade. Les ouvriers, à qui la crise était venue casser les bras, déployèrent une résignation qui fut universellement admirée. Les journaux retentirent d'éloges. L'Angleterre, par tous ses organes, se déclara fière d'avoir de tels enfants. Eux, soutenus, animés, encouragés par l'intérêt passionné qu'ils excitaient, ils montrèrent, une noble répugnance h aller au-devant des secours qu'on leur offrait, ne les acceptèrent qu'à la dernière extrémité, et alors les acceptèrent avec reconnaissance.
Mais, dès cette époque, certains observateurs, — l'auteur de ces lignes était de ce nombre, — hochaient la tête d'un air attristé, s' étonnant que la nécessité de parer aux conséquences d'une calamité nationale ne fût pas considérée comme une affaire nationale, et que la prévoyance sociale, s'en remettant aux inspirations dé la charité privée, abdiquât ainsi devant l'imprévu.
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Il est des maux, en effet, auxquels on ne saurait appliquer Taumône comme remède sans s'exposer à de cruels mécomptes.
Dans les premiers moments, tout est bien : les donations abondent; pour les distribuer, c'est à qui offrira gratuitement ses services ; il s'établit un échange de bons sentiments entre celui qui donne et celui qui reçoit ; le premier rougirait de manquer de bienveillance, le second aurait honte d'encourir le reproche d*iugratitude. Mais, à mesure que la tfise se prolonge^ Taspect des choses va s'assombrissant de plus en plus. Le courage dont les malheureux avaient d'abord fait preuve, s'use peu à peu contre la souffrance, comme la lime contre le fer. En* cessant d'entendre le bruit des applaudissements un instant prodigués à leur résignation ; en s'apercevanl que la charité publique, sollicitée par d'autres besoins et détournée vers d'autres objets, se ralentit à leur égard; en voyant s'allonger d'une manière indéfinie le rude chemin où ils ont à se traîner, le découragement les saisit. Puis, viennent les noirs soupçons ; puis les récriminations amères, que les agitateurs enflamment par leurs discours :
«Pourquoi la société, en tant que société, nous abandonnet-elle au point de nous forcer h tendre la main ? Est-ce que nous n'avons aucun droit k la sollicitude de ses représentants officiels? Est-ce que devant une calamité, dont les causes sont si générales, dont les résuliats sont si terribles et menacent de durer si longtemps, les pouvoirs publics n'ont rien à faire qu'à se croiser les bras et à nous regarder mpurir? A quoi bon ces secours, tant vantés malgré leur insuffisance? Ils ne prolongent nos jours que pour prolojiger nos maux. Ils nous humilient, d'ailleurs : ils attestent notre infériorité sociale ; ils nous écrasent du poids de notre dépeu-
dance; ils nous rappeflent que^ sous l'empire de. lois faites avant nous et sans nous, notre destinée flotte à la merci de volontés qui ne sont pas les nôtres. Nous ne voulons pas du pain de Taumône, nous voulons le pain du travail : a-t-on pensé un seul moment à nous assurer celui-là? Non ! le soin d'empêcher un demi-^n^illion d'hommes, ou d'agoniser dans la mendicité, ou de mourir de faim, n'est pas digne de com|>ter parmi les préoccupations de nos législateurs et va contre la i^clrine des économistes en vogue ! On aime mieux nous faire sentir le peu que nous* sommes et le peu que nous va- Ions en nous condamnant à vivre des miettes tombées de la table du riche, quand il lui plaît d'en laisser tomber, de telle sorte que Dotre détresse devienne une occasion de vanter la bienfaisance des heureux de ce monde , bienfaisance qui ne sert qu'h dorer notre chaîne ! »
Oui, voilà le langage qu'on les amène à parler; et bientôt ils arrivent à ne recevoir qu'avec colère, qu'avec menace, l'aumône qu'ils avaientd 'abord reçue avec gratitude.
De leur côté, les comités de secours se lassent, s'irritent. Rien, au début, n'égalait leur activité, leur bienveillance, leur désir de rendre le bienfait plus acceptable à force de manières prévenantes et de douces paroles. Mais, pour eux aussi, le dégoût ne tarde pas à succéder au zèle. Les plaintes dont ils sont assiégés, le mécontentement dont ils sont témoins, les aspérités d'un contact de chaque jour avec des hommes que la misère aigrit et que leur dépendance prolongée outre mesure tend à dégrader, les actes de fraude et les habitudes de paresse qui en résultent, les exigences des uns, les murmures des autres , tout contribue à rendre les comités de secours de plus en plus soupçonneux, formaUstes et hautains. Les rapports s'enveniment ainsi jusqu'à la fureur; et où la charité avait semé^ c'est la haine qu'elle récolte.
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Je viens d'écrire Tbistoire des causes générales qui ont engendré rémeulede Staleybridge. Les causes particulières et immédiates sont celles-ci :
Le comité de secours, faute de fonds suffisants, avait pris ie parti de diminuer la portion assignée à chaque ouvrier en détresse, de quatre pences par jour; et pour être bien sûr que ceux k qui un secours était alloué n'iraient pas le boire, au lieu d'acheter du pain , il avait décidé que ce secours serait donné désormais, non plus en argent, mais en bons échangeables contre du pain et des pommes de terre, dans certaines boutiques désignées.
Ces deux mesures-tfombinées tendaient, comme on le voit, à rendre la position des personnes secourues, non-seulement plus pénible, mais humiliante. Le mécontentement fut extrême parmi les ouvriers. Ils protestèrent contre les précautions injurieuses dont ils étaient l'objet ; ils ressentirent très-^^vement l'inconvénient de ne pouvoir se procurer, au besoin, quelques gouttes de gin pour la vieille mère, ou une bagatelle pour l'enfant au maillot dont il fallait apaiser les cris ; ils prétendirent, en outre, que les bons qu'ils avaient h présenter ne leur laissant pas la faculté du choix, le marchand en profitait pour les forcer h prendre, non ce qu'il leur convenait d'avoir, mais ce dont il lui convenait, à lui, de se défaire. L'effervescence croissant d'heure en heure, il se tint des meetings pu la conduite des comités fut dénoncée avec beaucoup d'emportement et « l'indifférence du gouvernement » traitée de barbare. Entre autres précautions offensantes prises par le comité de Staleybridge, il y en avait une consistant à marquer les vêtements envoyés par des personnes charitables, ce qui était supposer que ceux qui recevraient ces vêtements étaient capables d'aller les vendre et de s'enivrer avec le produit de la vente. « Le peuple, » s'é-
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cria du haut de la chaire un ministre méthodiste nommé Stéphens, « fut-il jamais insulté d'une façon plus audacieuse? Et quel droit ont donc les comités sur les dons qu'on leur envoie? N'appartiennent-ils pas à ceux auxquels le donateur les a destinés, à eux seuls? » Un autre jour, ce même prédicateur déploya devant sa congrégation une paire de vieux pantalons en lambeaux, disant : « Voilà ce qu'on ap* pelle secourir le peuple ! »
Une explosion était a prévoir : elle a eu lieu. Dans la journée du 30 mars, k Staleybridge, une foule furieuse, principalement composée d'Irlandais, se jeta sur les maga* sins de provisions du comité, fit maia basse sur ce qu'ils contenaient, brisa les fenêtres, commit toutes sortes de désordres. Un détachement de cavalerie, stationné à Ashton, fut appelé en hâte, les rues furent balayées, et la ville, jusqu'à une heure très-avancée de la nuit, ne cessa d'être parcourue par des patrouilles. Le lendemain, nouveaux rassemblements. Cette fois, l'émeute prit le chemin d'Ashton, criant: cr Du pain! du pain! j» et pillant ou menaçant les boutiques de boulangers qui se trouvaient sur son passage. Lecture fut donnée du « Riot act, » et il fallut recourir à une charge de dragons. Les émeutiers étaient au nombre d'environ trois mille, y compris femmes et enfants. Dispersés par les dragons, ils se rassemblèrent de nouveau et se dirigèrent vers Dukinfield. La police étant intervenue, elle se vit assaillie d'une grêle de pierres, dont une atteignit M. Mason, le magistrat. Les hussards accoururent, le sabre haut, et chargèrent, sans frapper toutefois. Si l'on avait employé de l'infanterie, un massacre était inévitable. Heureusement, la foule, en Angleterre, comme le remarque très-bien le Spectator^ a une peur effroyable de lacavalerie ; et, grâce à cette circonstance,le peuple se dispersa sans essayer de disputer le terrain.
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' Ajoutons que jusqu'à ce jour le mouvement ne s'est pas propagé dans les villes circonvoisines, ainsi qu'on pouvait le craindre. Hais ce qui est certain, c'est que partout, dans ces parages, il y a comme un sourd frémissement de colère. A Stockport, à Wigan, dans plusieurs autres villes, des symptômes menaçants se sont déjà manifestés. Les magistrats sont sur le qui-vive. On tremble d'avoir encore h repousser la révolte par la force. Ici se présente Téternelle et tragique question : Que faire ? Vainement chercherait-on h se dissimuler rétendue du mal : à l'heure qu il est, on n'évalue pas à moins de 450,000 le nombre des ouvriers qui, pour leur subsistance de chaque jour, dépendent entièrement, soit de la taxe pour les pauvres, soit des efforts de la charité privée. Mais la taxe pour les pauvres est levée en partie sur une classe qui aurait elle-même grandement besoin qu'on lui vint en aide ; et quant à la charité privée^ elle a des bornes. Edcx)re quelques mois , et ce qu'on nomme « the charilable relief » aura cessé d'être une ressource sui^ laquelle il soii prudent de compter. Pour comble d'infortune, pas d'espoir que le sort des ouvriers, à qui le coton fournissait un emploi si lucratif, s'améliore d*ici à longtemps. Les juges compétents déclarent que , même dans le cas où tout le coton du Sud serait à Liverpool, il y aurait impossibilité d'occuper plus des trois quarts de la population employée avant la crise, et impossibilité de rémunérer le travail comme il Tétait alors; car, sans parler des économies que les fabricants seront forcés de faire, au sortir de la période ruineuse qu'ils traversent aujourd'hui, si l'on parvient à en sortir, la production du coton manufacturé devra, sous peine d'amener de nouveaux désastres, mesurer plus strictement son activité aux exigences de la consommation. C'est une erreur de croire que la crise dont souifre si cruellement le Lancashire
tt LETUteS Sim l'âNGLETERM (18«3)
est uniqiiemeBl le résritat de la gaerre d'Amérique. Longtemps rmi que la guerre d'Anériqne échtSt, cette crise était ipré^iie, cMome -devant être rinévitabie effet d'uoe activité déréglée. Dans une lettre adn^ssée m Times ^^v M. EdmvDd Potier, on trouve le nowenient ascendant de rindustrie cofonniére anglaise exprimé en diiffires,de la manière soivante. Il s'agit des exportations annueUes :
. LÎT. 8t. 19,418,855
L'unique raison qui fait croire à M. Edmund Potter que cet accroissement, quelque énorme qu'il soit, n*est pas exagéré, c'est qu'on peut citer d'autres industries dont la marche n'a pas été moins rapide. Inutile d'insister sur la faiblesse d'un pareil argument. Une industrie étant donnée, il n'y a qu'un genre de preuve à fournir pour établir qu'elle s'est maintenue dans des limites prudentes : y a-t-il eu équilibre entre la production et la consommation? La question est là et n'est que là. Or, de l'aveu de plusieurs fabricants de Manchester que j'ai eu occasion d'interroger à cet égard, l'essor pris en Angleterre par la production du coton conduisait, depuis longtemps et tout droit, à l'engorgement du mardié*
Au surplus, la gaeire d'Amérique n'est pas terminée. Et qui sait quand elle le sera? Donc, à supposer même qu'elle eût seule à répondre de la crise ootonnière qui accable le Lancashire, l'avenir que les ouvriers sans emploi de ces districts, jadis si prospères, ont aujourd'hui devant eux, est
CRISE COTONNtÈRE ET PRINCIPE DU LAISSEZ-FAIRE 9»
€Ov?ert de bien sonbres nuafes. Eaoere une fois, que faire? Aeette queslion TAnglelerre liésite à répofidre et m sait, je le crains bien, que répondre. Dans une antre lettre, je \ dbaî pourquoi.
GXXXK
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E.» eriae 4e riBdnstrle «•tonalére et le primmife il« labwes-fklre.
J*ai demièrement abordé une question bien sérieuse pour l'Angleterre; ear cette question est posée dans les termes que Toici :
L'Angleterre doit-elle essayer de sauver l'industrie coton- DÎère, ou faut-il que, la voyant menacée de mort, elle en prenne son parti et agisse en conséquence?
Le 23 janvier 4861 , le Times disait : c Le nombre de ceux qui dépendent chez nous, pour leur pain de chaque jour, de l'industrie du coton, est évalué à près' de quatre millions, c'est-ï-dire au sixième de tonte la population de h Grande-Bretagne. Pour se former une id^ de la place qne cette branche d'industrie occupe dans notre commerce de transport, il suffit de rappeler qu'en 4859 le tiers de nos e^rtations consistait en coton manufacturé. »
A cette époque, on le voit, le Times attachait à l'exi^tence de l'industrie cotonnière une importance souveraine.
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Aujourd'hui, quel langage est le sien? Il y a quelques jours à peiue , il s'exprimait comme suit : « Que Ton consulte le livre de statistique qu'on voudra, M« CuUoch, par exemple, et l'on verra que Tindustrie cotonnière est estimée faire vivre directement 600,000 ouvriers, et directement ou indirectement, 1,200,000 personnes, hommes, femmes ou enfants. Le capital qui circule en salaires est supposé élre de 8,000,000 livr. st., et l'on suppute à 13,000,000 liv. st. le profit annuel des maîtres. C'est là un intérêt considérable sans doute, mais moins considérable, après tout, que beaucoup d'autres, qui ne prétendent pas à être favorisés d'une aUention particulière comme attestant une supériorité de vertu ou d'intelligence, et qui, en outre, ne produisent pas périodiquement, en même temps que des millionnaires improvisés, des ramas de pauvres. »
D'où vient, dans les opinions et le langage du Times à l'égard de l'industrie cotonnière , ce changement imprévu? Quoi ! il y a deux ans, cette industrie était la moelle et les os de l'Angleterre, il fallait la conserver à tout prix, et aujourd'hui, voilà de quel air on en fait bon marché !
L'industrie cotonnière est eu ce moment, c comme si elle n'était pas, » s'écrie triomphalement le Times ; en sommesnous morts pour cela? Et, selon le journal le plus accrédité de ce pays, le meilleur moyen d'en finir avec la crise du Lancashire est d'ouvrir toutes grandes les portes de l'émigration à la population ouvrière du Lancashire !
Pourquoi tant se hâter de trancher une question aussi grave? Et pourquoi la trancher par un arrêt de mort prononcé contre une industrie aussi importante ? Serait-il vrai, ainsi que beaucoup le pensent, qu'il y a au fond de tout ceci une grande manœuvre de classe et de parti? Serait-il vrai que certaines gens voudraient, par la dispersion d'une im-