‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 35 sur 186 · UN PROCÈS EN < BREACH OF PROMISE · texte numérisé non relu

UN PROCÈS EN < BREACH OF PROMISE

16 avril.

• lin proeès en a Breach of Promise ».

Pourquoi ne pas m'aimer, madame Timpudente?

demande Arnolphe à la jeune et innocente fille dont il est devenu sottement amoureux, et vous savez ce que répond Agnès :

Mon Dieu! Je ne crois pas qa*on doive me blâmer. Que ne vous 6tes-vous, comme lui, fait aimer? Je ne vous en ai pas empêché, que je pense.

£h bien, il se juge ici, assez souvent, des procès qui rappellent cette scène d' Arnolphe et d'Agnès, une des plus charmantes de cette comédie de Y École des femmes qui en contient tant de charmantes.

Et tenez! Taulre jour, un M. Corbett envoyait à une miss Chandler, qu'il espérait depuis longtemps épouser et qui faisait mine d'en vouloir épouser un autre, sommation formelle de l'aimer, sous peine de dommages-intérêts. A cela iniss Chandler répliqua, absolument dans le style d'Agnès, qu'elle

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n'en pouvait mais ; qu'elle s'était mise à aimer. Horace tout naturellement, sans même y prendre garde; que

Lai seul eu était cause, 'Qu*eUe n*y pensait pas lorsque se fit la chose.

Et sans plus tarder, elle courut à l'autel où Horace l'attendait.

Là-dessus, procès.

A dire vrai, miss Chandler avait autorisé M. Corbett à lui faire la cour pour le bon motif, et cela n'avait pas duré moins de deux ans; en d'autres termes, il avait été accepté comme fiancé. En Angleterre , ces engagements qui se prolongent d'une manière indéfinie sont fort communs; et parmi les membres du clergé notamment^ il en est peu qui se marient sans avoir passé et fait passer celles qu'ils aiment par répreuve d'un long noviciat volontaire. Or, la loi est formelle : il faut que le fiancé épouse ou paye.

Vainement feriez-vous observer à la loi qu'il ne dépend pas de vous d'éprouver aujourd'hui ce que vous éprouviez il y a deux , trois , quatre , cinq, six ans; que vous avez eu occasion, depuis lors, de concevoir sur la convenance de votre choix des doutes que vous n'aviez ni ne pouviez avoir avant l'épreuve fatale ; que vous avez découvert dans l'objet préféré des défauts impossibles à soupçonner d'abord et qui vous montrent l'avenir sous un aspect moins rassurant; qu'il est dans l'intérêt même de la personne dont il s'agit, que vous ne donniez pas suite à un engagement qui n'est plus dicté par une affection mutuelle ; que vous avez à faire, en vous mariant, le bonheur de la personne dont la destinée s'unit à la votre; q\ie c'est faute de vous en sentir le pouvoir que vous reculez ; que c'est là un scrupule honnête, et qu'il

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y a immoralité à contracter irae dotte quand on se sait insolvable.... ce raisonnement, le public, qui est bon prmce, Faccepte, et l'opinion ne cherche jamais querelle k un fiancé ou à une fiancée pour rupture de ban. Malheureusement la loi n'est pas aussi facile à persuader. Elle dit : « N'épousez pas, soit ; mais alors payez : tant, s'il vous plaft, pour chaque œillade qui se trouve rester sans efTet; tant pour chaque soupir qui n'aurait pas été poussé si l'on avait prévu les suites; tant pour chaque tendre serrement de main donné en pureperte. » Ainsi parle la loi, et il en résulte que M. Corbett a obtenu vingt livres sterling de dommages-intérêts. Si Ton s'avise désormais de ne pas l'aimer dans les conditions voulues et suivant la règle, on dira pourquoi, morbleu!

Je me h;Ue de constater, de peur que les Anglais ne m'attaquent en calomnie, qu'il est rare, après tout, de voir un homme intenter ici un de ces procès qu'on nomme « Action for breach of promise (i) » ; mais c'est une ressource à laquelle le beau sexe a souvent recours, et cela certaines gens le trouvent très-naturel.

Quant à moi, j'avoue n'être pas de leur avis. A part, bien entendu, le cas où il y a en séduction et où la séduction a eu des suites de nature à compromettre soit Thonnenr de la femme, soit son avenir,— je ne vois pas bien pour quelle raison, si l'on juge appréciables en monnaie sonnante, chez une femme, les douleurs de l'amoar déçu, il n'en serait pas exactement de même chez un homme. En quoi le désappointement dans la première mérite-t-il plus que dans le second d'être péri par une amende? Dans l'intervalle de l'engagement, la femme peut avoir manqué une occasion de mariage, d'accord, mais l'homme aussi; et dès qu'on évalue en livres

(1) Procès pour mpture de fiançailles. (Noie de VédUewr.)

V ^.. . V.>liSU:TERRE (l863)

•. . cv V juie ime blessée, il n'y a pas de

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...V «u^^ est-il sans inconvénient pour la pudeur

^ x-à $;ftas danger pour la morale que la femme

> W.I ,i^c^ jKir la loi elle-même à voir l'amour au travers

, ^uw^^ti^tt d'argent, à venir raconter sur la place l'his-

. .c H>tt ca*ur en vue d'une somme de.... et à donner le

.iiv s'VACt auquel s'élève son pouvoir d'être consolée?

NjM.v>v4ttpter qu'il arrive souvent à des aventurières de se

vv^.doir de promesses qui ne leur furent jamais faites et de

uUk\tMiiuer en un engagement formel les rapports nés de

vm^ avances, — avances auxquelles les pousse l'espoir

i ^>btenir, plus tard, des dommages-intérêts ou l'équivalent

,,tt sacrifices volontairement consentis par leur dupe, si le

vc^ndale d'un procès Feffraye.

Disons donc que, dans le cas oii l'action est intentée par h femme aussi bien que dans celui où elle est intentée par rhomme, la loi qui donne lieu aux procès pour « breach of promise » est une loi mauvaise, d'autant plus mauvaise qu'elle est en désaccord avec Topinion, en désaccord avec les mœurs, et même, ainsi qu'on l'a remarqué dernièrement, en désaccord avec le principe qui, en Angleterre surtout, sert de fondement au mariage.

Ici, en effet, le mariage en général n'est pas, comme sur le continent, chose arrangée par les familles, presque en dehors des sentiments individuels des personnes intéressées; il n'est pas un contrat conclu en vertu de considérations fort étrangères souvent à la question d'amour. Ici , le principe considéré comme la base essentielle du mariage est le choix

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