UN PROCES EN « BREACH OF PROMISE
individuel et parfaitement libre, né de Taffection. Il y a des exceptions sans doute, et je ne prétends pas dire qu^en Angleterre, dans la classe aristocratique particulièrement, on ne se marie jamais par intérêt ou par vanité; mais le choix individuel, né de raffection et sanctionné par une volonté libre, telle est certainement la règle. Or, ceci étant admis qu'on ne doit se marier que lorsqu'on s'aime, quoi de plus illogique que d'attacher une pénalité au refus d'épouser la personne qu'on n'aime pas?
Oh ! s'il y a eu séduction de la part de Thomme, séduction suivie de conséquences funestes à la femme, que le séducteur soit puni et que le dommage causé donne lieu à une compensation aussi large que possible, c'est justice; mais Ariane abandonnée par Thésée dans l'île de Naxus n'est pas du tout le type des héroïnes qui figurent dans les procès pour « breach of promise » .
On peut tenir pour certain qu'une loi est mauvaise quand de son observation résulteraient des effets plus fâcheux que ceux qui résultent de sa violation. Et c'est précisément ce .qui aurait lieu si la loi en question était efficace; car qu'imaginer de plus lamentable que ces unions auxquelles la contrainte préside, ces unions contre lesquelles toutes les piussances du cœiir protestent en secret? Et combien le mensonge de Vuu prépare de douleurs à l'autre ! Montaigne dit en parlant des mariages contractés h la légère, étourdiment, sans prévoyance : ^i lien avienf ce qui se voit aux cages : les oiseaux qui sont dehors désespèrent d'y entrer et d'un pareil soing en sortir ceux qui sont dedans. » A plus forte raison doit-on désirer de sortir d'une cage dans laquelle on ne voulait pas entrer.
irKKS SLR l'aXGLETERRE (1863)
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17 amU PélUlon des ouvriers sans eHH^loI de Stalcybrid^e.
Les ouvriers sans emploi de Staleybridge ont adressé au mioislre de l'intérieur, sir George Grey, une pétition dont je vous demande la permission de mettre quelques passages sous les yeux de vos lecteurs.
Cette pétition jette un grand jour sur les idées et les tendanœs de la classe ouvrière en Angieierre. Elle o'a été publiée, qpe je .sache, par aucun journal anglais, au uoins par aucun de ceux que je lis, et je les Us presque tous. La dtatioQ qui sait, d'une pièce qu'on peut regarder coaune inédite, servira de préface k la réponse que ma conscience m'ordonne de faire à un article intitulé : les Ouvriers ei le Parti libéral en Allemagne,
L'auteur de cet article prête à toute une classe de philosophes et de penseurs pour qui nous professons, vous et moi, la plus haute estime, sûrs qu*ils ont bien mérité dn peuple, des idées quMls n'eurent jamais.
Il suppose leurs doctrines opposées au développement libre de l'individu, lorsque c'est au contraire, pour servir chez tous le développement libre de l'individu, que ces penseurs et ces philosophes rappellent le pouvoir social au
PÉTITION DES ODVRIERS SANS EMPLOI DE STALEYBRIDGE m
sentiment de soa imty de sa mission, de sa puissance.
Il les montre s'étudiant à abaisser le niveau social, lorsque c'est à l'élever, au contraire, que tendent tous leurs 'efforts et tous leurs écrits.
Il croit les réfuter en exprimant le désir que chaque ouvrier puisse coudre les pans d'un habit à sa jaquette, et il ignore que c*est précisément cela, et cela seul, qu'ils ont toujours demandé.
Il ne conçoit l'action de la société sur les membres dont elle se compose que sous forme de prime donnée à la paresse et à la bêtise, tandis qu'ils l'invoquent, eux, au con- ' traire, pour ouvrir toutes grandes les portes que l'indifférence de la société en matière de souffrances sociales laisse imperturbablement fermées devant le travail sans garantie et le talent sans fortune.
Il ne veut pas que les progrès de l'humanité soient entravés par l'étouffement de toute initiative et de toute capacité^ iadividueUe, et il a certes bien raison; mais c'est ce que ne veulent pas plus que lui les hommes qu'il attaque, faute de les avoir suffisamment étudiés.
Ce n'est donc pas sans quelque étonnement que j'ai la dans un jonnia} accrédité l'article dont il s'agit, et cet éton- Denaent n'auraîi été mêlé d'aucun regret, si l'auteur avait pris la peine de prouver ce qu'il se contente d'affirmer, et si, par ipielques dtations tirées des écrits de ceux qu'il dénonce, il avait mis le publie h même de juger entre eux et lui. Car, dans ce monde, la grande affaire est d'avoir la vérité de son cdté, lorsque tous les flambeaux brûlent. Mais encore faut-il qu'on ne les éteigne pas, en s'abstenant de citer ce qu'on réfnte. La discussion ae tue que l'erreur. Celui qui croit être dans le vrai àxÀt donc déârer les attaques, au lieu
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de les craindre, pourvu que ce soit eu plein jour; et, s'il est
sincère, il dira volontiers comme Âjax :
Diea, rends-nous la lumière, etrombats contre nous.
Ceci bien entendu, et avant d'en venir h des explications plus précises, je citerai un extrait caractéristique de la pétition dont je vous ai parlé au commencement de cet article :
« Les pétitionnaires {memorialists) ont enduré avec patience et résignation la détresse qui a affligé Staleybridge, ainsi que les autres villes employées en Angleterre à la manufacture du coton. Ils croient que la crise doit être attribuée en partie, mais en partie seulement, à la guerre d'Amérique : elle provient surtout du fait d'une production déréglée. Pour ce qui est de la première de ces causes, les pétitionnaires reconnaissent que ni leurs maîtres ni le gouvernement de Sa Majesté n'ont à en répotidre. Pour ce qui est dé la seconde, ils admettent que les manufacturiers n'ont à eu répondre que dans une certaine mesure, une part de la responsabilité devant retomber sur le marchand ^anglais, qui exporte les objets manufacturés et sur le marchand étranger, qui les importe.
« Les mêmes pétitionnaires désirent exprimer, tout d'abord, leur profonde gratitude pour les efforts sans exemple faits en leur faveur par leurs concitoyens de toutes les classes... mais ils prennent la liberté de faire remarquer que le langage de la presse et celui des a public speakers » les avaient conduits à regarder l'assistance si noblement offerte par leurs concitoyens comme ayant pour objet de sauvegarder l'indépendance de l'ouvrier et de respecter en lui le sentiment de la dignité personnelle; en d'autres termes, de lui épargner la cruelle humiliation de s'entendre
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appeler c pauvre à la charge de la paroisse » (« pauper »). Or, ils le disent avec le chagrin le plus vif et la plus vive crainte, le mode d'administration du Comité de secours devient de jour en jour plus analogue aux façons d'agir des a administrateurs de la loi des Pauvres » (« Poor Law Guardians »), dans leurs rapports avec la classe de ceux que, à tort ou à raison , ils désignent sous le nom de « pauvres héréditaires » (« hereditary paupers »).
cr Les agents du Comité, et même quelques-uns des membres qui le composent, se servent d'ordinaire, en parlant, non-seulement aux ouvriers, mais à leurs femmes et à leurs filles, d'un langage dur, injiyieux, indécent. La conduite du Comité a été marquée par des actes innombrables de favoritisme et d'injustice, sans que jamais, dans aucun de ces cas, les pétitionnaires aient pu compter, pour être entendus, sur la loyauté et l'impartialité des administrateurs du fonds de secours... »
« Quant aux conditions à remplir pour avoir droit à ces secours, elles ne sont guère moins humiliantes que celles qui, dans les« Workhouses », consistent à effiler des cordes ou à broyer des pierres. Les pétitionnaires font ici allusion à ces écoles où il faut qu'eux et leurs femmes consentent à être enfermés, sous peine de ne rien recevoir. Que l'établissement de ces écoles ait pris naissance dans des motifs bienveillants, les ouvriers ne le nient pas; ils ont beaucoup à apprendre, ils le sentent bien, et c'eût été, non-seulement sans murmure, mais avec reconnaissance, qu'ils se seraient soumis à cette condition, si leur présence dans les écoles n'était pas devenue le sujet d'une pression tyrannique, et si, dans le cas où ils avaient, soit un enfant malade à soigner, soit un parent ou un ami à accompagner à sa dernière demeure, on n'avait pas fait dépendre la permission de s'ab- T. m. t
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senter â*iin pur aprice du roaitre. Traiter de cette sorte des hommes faits, dont plusieurs sont des vieillards, dont-quelques-UDs n'ont pas moins de quatre-vingts ans, e*est leur témoigner une déâance dont il leur est impossible de ne pas ressentir amèrement Tinjure.
€ Et que dire de Toffensante précaution qui consiste à imprimer sur chaque vêtement offert en don les lettres S. B. R. F. « Staley Bridge Relief Fund »? Cela signifie-t-il que ces vêtements, même après qu'ils nous ont été donnés, ne nous appartiennent pas ? Cela signifie-t-il qu*on est loisible de les reprendre, et que toute personne convaincue de les avoir mis en gage est p^sible de trois mois d'emprisonnement? S'il en est ainsi, en quoi la manière de procéder avec les oumers, libres mais sans emploi, du Laocashire diffèret^elle de celle qu'on suit à l'égard des malheureux habitants du € Workhouse • ?
<r Les pétitionnaires n'ignorent pas les nM)tifs par lesquels on s'attache à justifier cette conduite. En premier lieu, on dit que l'oisiveté des ouvriers est un état dangereux, et, en second lieu, on assure qu'il importe à l'ensemble de la société qu'on les stimule à chercher du travail.
<r À la première de ces objections qu'on leur oppose, les ouvriers ne peuvent se résoudre k répondre, tant leur fierté d'Anglais se révolte h h seule idée de la supposition qu'elle renferme ; et, en ce qui concerne la seconde, tout ce qu'ils peuvent dire, c'est que leur plus ardent désir est précisément de trouver du travail, un travail utile, équitablement rémunéré.
< Ils ont souffert longtemps de ces deux maux : privation, inaction ; et ils sentent que le second est, pour le moins, aussi cuisant que le premier. Alors même que les secours destinés à soulager leur détresse leur auraient été distribués