‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 48 sur 186 · PARTIALITE DES CLASSES GOUVERNANTES · texte numérisé non relu

PARTIALITE DES CLASSES GOUVERNANTES

Depuis, il est vrai\ le ministère a fait saisir avec un empressement habile et louable VÂlexandra, quil avait des raisons de croire destiné à compléter Tœuvre de VÀlabama.

Au reste, je ne prétends pas dire que tous les torts soient du côté de l'Angleterre : non certes. De part et d'autre, malheureusement, il y a de légitimes sujets de plainte. Quoi de plus offensant, par exemple, et de moins justifiable que la lettre adressée le 9 avril au commandant de la flotte fédérale dans le golfe du Mexique par le ministre américain en Angleterre, M. Adams, — cette lettre, par laquelle l'amiral fédéral Dupont était prié de laisser passer MM. Howel et Zirman, qu'on l'avertissait de ne pas confondre avec les complices anglais de la rébellion, fauteurs d'entreprises frauduleuses et malhonnêtes? On a trouvé ici arrogante au dernier point cette prétention de M. Adams, de désigner qnels sont ceux des vaisseaux, partis d'un port anglais, qui sont dignes ou non de sa protection spéciale ; et Ton a eu raison.

Quoi qu'il en soit de tant de causes d'irritation entre les deux pays, une chose semble claire : c'est que, dans ce moment, ils redoutent la guerre au moins autant qu'ils la désirent. La Revue du samedi {Saturday Remetc)^ qui exprime la pensée d'une classe très-influente, ^et qu'on ne saurait soupçonner de tendresse pour le Nord, publie, cette semaine, un article que l'auteur s'est étudié à faire aussi calmant que possible.

* Quant aux deux gouvernements, leur prudence est au niveau de leur responsabilité. La saisie de VÂlexandra ici, et l'ordre donné en Amérique par M. Seward d'envoyer à leur destination, sans les ouvrir, les lettres dont le Peterhoff avait charge d'effectuer le transport, sont des mesures satisfaisantes.

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Seulement, je crains bien que cette répugnance h passer le Rubicon n'ait d'autres causes, dans l'un et l'autre pays, que les embarras de l'heure présente.

. Le Nord a le Sud sur les bras, et il faut qu'il coure au plus pressé.

De son côté, l'Angleterre tient a conserver la liberté de ses mouvements, en vue des complications qui menacent la paix de l'Europe. La réponse de la Russie aux notes des trois puissances n'a ici ni étonné ni rassuré personne. On s attendait à des promesses conciliantes, d'avance annulées par de prévoyantes réserves. Comment les Polonais, à qui Ton a tant de fois manqué de parole, seraient-ils désarmés par tes promesses? Et comment les trois puissances pourraient-elles se faire illusion sur la portée des réserves? La question reste donc entière; elle est juste au point où elle en était avant les négociations, qui se trouvent n'avoir démontré que ce qu'on savait déjà, c'est-à-dire l'impossibilité de dénouer le nœud. Mais ce qu'il est impossible de dénouer, faudra-t-il en venir à le trancher? Et qui, dans ce cas, le trancherait ?

L'Angleterre a peur de s'engager avec le gouvernement français, c'est certain ; et il ne l'est pas moins qu'elle a peur de l'avoir contre elle. Voilà, selon moi, ce qui la force à patienter avec l'Amérique. Elle ne veut pas avoir trop à faire à la fois.

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