PARTIAUTE DES CLASSES GOUVERNANTES
lequel la presse anglaise, à TexcepUon d'un très-petit nombre de journaux comme le Daily News, le Morning Slar^ le Speclaior, n'a cessé de broder toutes sortes de variantes injurieuses.
Il est juste de reconnaître que le Nord a été loin de déployer, à part même les fautes considérables qu'il a commises, les qualités qui sont précisément celles qu'on apprécie le plus ici : j'entends la dignité extérieure de l'attitude, la dignité extérieure du langage, la contenance ferme et hautaine, l'air calme, l'absence d'ostentation et de forfanterie. En Angleterre — et cette observation n'est pas de moi, elle est du Spectator^ journal remarquable par l'impartialité philosophique de ses jugements, l'élévation du ses pensées et la profondeur de ses aperçus, — en Angleterre, on est porté à préférer une cause mauvaise qui est défendue convenablement à une bonne cause qui est mal défendue. Cela tient à l'importance qu'on ^ attache aux dehors, importance qui résulte de ce qu'il y a de factice, de conventionnel, dans l'existence de toute aristocratie. On y considère volontiers dans l'homme ce qui est extérieur k l'homme; on y prend volontiers le masque pour le visage. Une démocratie turbulente, vantarde, inquiète, prompte à passer de l'abattement «^ l'orgueil, s'exagérant tantôt sa force tantôt ses revers, faisant de Taboliiion de l'esclavage tantôt une question de nationalité, tantôt un expédient militaire, incertaine enfin sur la nature de son but et le choix de ses moyens, c'est Ik tout ce que l'Angleterre aristocratique a vu, a voulu voir dans le Nord; et lorsque, au contraire, elle a remarqué que le gouvernement de Jefferson Davis parlait peu et frappait fort, se montrait calme dans l'adversité et modeste dans le succès, tenait l'œil sans cesse fixé sur son but, et y marchait d'un pas résolu, elle a cru ses sympathies pour le Sud par-
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faîteoAenl justifiées; elk^ ne. s'est pa& damaodé. si lai eaiu^ du Sud était juste; si, parla vietoire du Sud-, la justice tnoa4)herait. Elle a jugé. Tarbre par son écorce, non par son fruit.
Sur les dispositions de la ebambre des Coinmanes, nul dottte'jwssible. Elles ne se révèlent que trop clairement par l'accueil qu'y reçoivent les actaques dirigées contre le Nord. On Ta pu voir tout récemment encore.
Je ne m'arrêterai pas au discours dans lequel, il y a quelques jours, M. Roebuck a épanché son éloquence bilieuse. M. Roebuck est né pour la lutte ; les menaces de la presse américaine ont irrité son aigre nature et mis en mouvement ses instincts querelleurs; il a tenu à rendre coup pour coup : saphilippique n'a pas d'autre signification. D'ailleurs, depuisqu'il s'est porté garant en Angleterre du libéralisme de la cour de Vienne et s'y est fait le missioiyjaire de TAutriche, il a cessé d'appartenir à son propre parti, et il ne représente plus guère aujourd'hui que lui-même.
Mais il n'en est pas ainsi de M. Horsman, un des ora^teurs accrédités de cette portion de Taristocratie qui se pique de modération et ne dédaigne pas de penser. Eh bien^ quel langage a été celui de M. Horsman? Tout en se montrant fort alarmé de l'imminence d'une guerre entre l'Ame— ri(gue et l'Angleterre; tout en se déclarant pénétré de l'abseiue nécessité d'une p(»sitioji strictement neutre qui conjurât cet. affreux malheur, il a mis une déplorable complaisance àeavenimer les ressentineAts^ à grossir les griefs^ semblable k wn homme qui j^eiterait des torrents d'huile dans le feu, par ciuiinte de Tineendie! Mais q«e voulez-vous? M. Horsinan savait à qui il s'adressait; il n'ignorait pas qu'il n'avait, pour paraître éloquent, qu'à opposer au crime de l'esclavage
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le crixne^ comme il Ta appelé, d*uiie émancipation immé^ diate.
Aiosi, à entendre M. Horsman, en proclamant Témancipatioii des esclaves, le président Lincoln a commis un crime ; qye dis-je, un crime infiniment plus impardonnable et plus noir que celui consiste, par exemple, de la part d'un père, à vendre comme esclave son propre fils, le fils qu*il a eu d*une négresse! El pourquoi? Ce n'est point que M. Horsman défende le principe de l'esclavage : il n'ose pas aller jusque^ là. Mais il assure que substituer l'émancipation immédiate à rémancipation graduelle, c'est décréter le carnaval du crime. 0 prodige! Eh quoi! M. Horsman ignore donc, et la Chambre des Communes, qui l'a écouté et applaudi, ignore que si la guerre civile a éclaté en Amérique, c'est précisément parce que les bommes du Sud ne voulaient à aucun prix de cette émancipation. ^ra({u«I/e; parce qu'ils brûlaient^ au contraire,, d'étendre; l'esclavage aux c territoires» *, parce (pi'ils avaient bâte de renverser,. dussent*ils le noyer dans des flots de sang, l'obstacle q^e l'Union mettait à l'accomplissement de cet abominable dessein ; parce que, en un mot, ainsi que leurs « hommes d'État » l'ont déclaré à la terre entière, ils regardaient l'esclavage comme la « pierre angulaire » de la société ! Comment, du reste, les planteurs pourraient'ils jamais se prêter à cette émancipation gra^ duelUy (^jet de» vœux philanthropiques de votre âme tendre, monsieur Horsman? Pour les propriétaires d'esclaves dans le sud de l'Amérique, la propriété de l'homme par l'homme est plus qu'un droit social, plus qu'un principe philosophique, c'est un article de foi.
l^ geniUmen du Sud, armés contre la canaille du Nord, sont des hommes, pour la plupart, confits en piété; ils ont de la religion; ils bâtissent nombre de chapelles;
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c'est au nom de la Bible que le fouet du commandeur décLire le dos du nègre pris en faute ; Stonewall Jackson n'a d^égal à son héroïsnie militaire que sa dévotion : il prie et fait prier par ses soldats le Dieu des armées, à la veille de chaque bataille. . '
Parlerai-je des dispositions du ministère? Le gouvernement anglais, on lui doit cette justice, a, en sa qualité de gouvernement, observé la neutralité. Il s'est abstenu de . chercher querelle aiix États-Unis sur l'exercice du droit de blocus; il a résisté aux clameurs qui lui demandaient la reconnaissance du Sud; il a repoussé l'idée d'une médiation comme pouvant conduire, de complication en complication, à une intervention armée. Jusque-là, rien de mieux. Mais il y a la neutralité officielle et la neutralité morale. Celle-ci, le ministère Ta-t-il observée? Qu'on se rappelle les déclarations de M. Gladstone ! Le cjomie Russell, oui le comte Russell lui-même, n'a-t-il pas dit que la conquête (subjugation) du Sud par le Nord serait la plus grande calamité qui pût arriver? Je ne lui reproche certes pas de l'avoir dit, s'il le f)ense. Mais, cela étant, y a-t-il lieu de s'étonner de l'altitude hostile des Américains du Nord?
En vérité, il ne manquait plus que l'affaire'de YAlabama pour combler la mesure de leurs griefs. A la nouvelle de cha(|ue coup frappé par le pirate Semmes, à la nouvelle de chaque bâtiment capturé et incendié par Y Alabama,i\s ont pu s'écrier : t C'est à TAngleterre que nous devons ces désastres; c'est dans un port d'Angleterre qu'a été construit et d'un port d'Angleterre qu'est parti ce maudit navire; ses sinistres exploits accusent une violation flagrante des propres lois de l'Angleterre et, de la part de son gouvernemem, une négligence que ses sympathies avouées pour le Sud nous rendent suspecte. »