‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 55 sur 186 · LES INSTITUTIONS CHARITABLES ET L INGOME-TAX · texte numérisé non relu

LES INSTITUTIONS CHARITABLES ET L INGOME-TAX

mettent à la disposition d'un certain nombre de personnes riches un patronage considérable; et enfin, que les avantages qui en résultent se trouvent mêlés de beaucoup d'abus.

.Ceci posé, il faut savoir en outre que les fondations charitables sont exemptées de Tincome-tax.

Cette exemption est- elle juste? Est-elle commandée par une saine politique? Repose-t-elle sur un principe vraiment philosophique, sur l'intérêt social bien entendu?

M. Gladstone pense que non.

Il part de ce point qu'une exemption pareille est en réalité un don fait par l'État aux établissements en question. Ce qu'ils payent en moins, la masse des contribuables a nécessairement à le payer en plus; et ce n'est pas une bagatelle, puisque l'income-tax étendu aux fondations charitables produirait annuellement au Trésor public 230,000 liv. st.

ïl s'agit donc de décider s'il convient, oui ou non, d'accorder à tel ou tel individu, au moment de sa mort, le pouvoir de faire passer à son gré, selon sa fantaisie, et sous couleur de charité, sa fortune ou une partie de sa fortune, ' de fa catégorie des revenus imposables dans celle des revenus non imposables.

Que le droit de tester soit reconnu comme conséquence du droit de propriété, soit*, mais qu'on y ajoute l'exorbitant privilège d'une exemption qui ne saurait profiter aux uns sans aggraver le fardeau des autres, c'est ce que M. Gladstone trouve ef déclare inique.

En réalité, un homme qui, sur le point de quitter la vie, soustrait à Tiinpôt une propriété dont il ne dispose, après tout, en faveur d'un établissement que sous Finfluence de certaines vues, conformément à certaines idées, et moyennant certaines conditions dont il n'a à rendre compte qu'à lui-même, cet homine-là lève sur ses concitoyens un impôt T. m. ]8

IM L&TTBBS' SUR l'aRCLETBRRE (iSflS)

«^valtfit ^ celui Mquel sa donation échappe; il les force de ft'as6«cieff à ses inlentions; il le«r impose loUigatioii d*avoir leur pari dans des géoérosités sar la mlure ou le but desquelles il ne les a pas consullés, et dont il entend garder l'honneur pour lui seul; il est charitable à tenrs dépens. Voici un pauvre petit empio^Fé qui travaiUe jour et nuit, gagne à graid'peine ses SOO livres par an, et se tronve chargé de famille. Faudra-t-il qu'en ajoute à TiDCoiDe-tax qui pèse sur son revenu, parce qu'il aura plu ^ tel opulent personnage d'attribuer à sa mort l'importance de sa vie, de se créer une clientèle par delà le tombeau, et de continuer à faire de la dépense après avoir cessé de vivre?

Il 7 aurait d'ailleurs ï s'entendre sur ce qu'on doit saluer du nom de charité. La charité, dans la graude et belle acception du mot, implique l'idée de privation ; elle suppose une personne qui reçoit, mais die en suppose une autre qui donne. Que donne celui qui, en donnant, ne se prive de rien?

C'est pourtant ce genre de charité qui, en Angleterre, est aujourd'hui exempt de Tincome-tax, tandis que la taxe poursuit inexorablement la charité véritable, celle de Thomme qui, plein de vie et de santé, retranche de ses propres jouissances tout ce dont il grossit la part du pauvre.

Ainsi pense M. Gladstone; ainsi pense lord Palmerston : ainsi pensent tous les membres du ministère. Et c'est pourquoi le gouvernement avait résolu de présenter'au vote de la Chambre des Communes l'extension de l'income-tax aux fondations chariiables.

Mais h peine a-t-on eu vent du projet, qu'une immense clameur s'est élevée. Queil taxer le pain de l'indigent, le lit du malade, le fauteuil de l'infimie, . le bâton de l'aveugle, l'éducation de l'eniant du pauvre! Voilà le cri qu'ont poussé

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de concert princes, lords, évéques, archidiacres, les âmes pieuses d*Exeter-HaIl et les philanthropes du Times.

La rapacité financière deM. Gladstoneet sa dure philosophie ont été dénoncées bien haut par les gouverneurs de « Christ'hospital», qui, fondé autrefois pour les plus malheureux d entre les malheureux, en est venu, par rdccroissement de - ses richesses combiné avec Taction du patronage, à élever, au lieu d^orphelins pauvres, des enfants de personnes qui possèdent 200, 300, 400, et jusqu'à 500 livres de revenu. Les doctrines matérialistes de M. Gladstone ont été traitées comme elles le méritent, par les administrateurs de <r Saint- Bartholomew's », déclarant qu'un income-lax de 820 livres sterling les obligerait à renvoyer 500 malades; et, oubliant qu'à ce compte — la remarque et le calcul sont de M. Gladstone — ils dévorent, eux, 150 malades dans des fêtes qui leur coûtent 230 livres sterling ! Bref, il y a eu contre, ce pauvre ministre des finances, qui ne s'était jamaisdouté qu'il fût coupable à ce point, un soulèvement d'humanité à faire frémir.

Mais voyez un peu ce que c'est que l'obstination d'un financier! M. Gladstone a persisté; il s'est juré à lui-même que la Chambre des Communes, si elle lui refusait son approbation, aurait du moins à l'écouter parler ; il a dit, comme le métromane de Piron :

, Dftt-il dormir debout,

L'auditear entendra ma pièce jusqu*aa bout.

Hais, loin d'endormir ses auditeurs, M. Gladstone les a tenus terriblement éveillés. Jamais sa parole n*avait été aussi inutilement puissante. Cette tendance à la subtilité,

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dont il lui est impossible de se défaire entièrement, était^ cette fois, couverte par répanchement d'une sorte de colère sourde qui perçait à chaque phrase. 11 savait d'avance que son projet devait être retiré; il sentait que s'il avait pour lui la vérité, il avait contre lui son auditoire; et la certitude de sa défaite imprimait à son éloquence un caractère de passion et de fierté tout à fait émouvant. Il parlait, — en l'écoutant, on ne pouvait s'y méprendre, — non pas à la Chambre, mais à une assemblée bien autrement nombreuse et bien autrement imposante, qui siégeait loin, bien loin de la Chambre, et plus haut !

On avait fait un bruit énorme des pauvres que chaque hôpital allait avoir à renvoyer, des orphelins du clergé qui allaient perdre leur chétlve pitance, des veuves de ministres dissidents auxquelles allait être enlevée leur misérable pension de 30 à 40 livres sterling. En réponse à ces doléances, M. Gladstone a spirituellement comparé les manœuvres de « l'armée charitable » à ces revues où Ion met au premier rang les hommes grands 61 forts, et derrière ceux de piètre apparence, ou bien encore à ces batailles que gagnent à distance de vieilles femmes et des enfanis habillés en guerriers farouches. Il a montré qu'on s'était étudié à ne plaider que la cause des « charités » en effet recommandables, et qu'on avait eu soin de rejeter dans J'ombre celles qui méritent tout au plus d'élre tolérées. Car, en fait de charités, il y a d'importantes distinctions à établir, et c'est ce dont ne paraissent pas se douter ceux qui, l'autre jour, ont assailli Downing street.

Turgot et le docteur Chalmers ont très-bien prouvé que les charités utiles sont celles qui ne tendent pas à créer le mal même qu'elles ont pour but d'adoucir, et que les charités funestes sont celles qui, au contraire, commencent.

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