LES INSTITUTIONS CHARITABLES ET L INCOME-TAX
comme la lance d'Achille, par faire la blessure, sauf à la guérir ensuite.
A la dernière catégorie appartiennent les hospices d*enfants trouvés, qui ne font que substituer au crime de Tinfanticide matériel celui d'une sorte d'infanticide moral, assurent le bénéfice du mystère k la maternité qui s'abdique, et oifrent une prime au concubinage, en dégageant les se- 4uctipns du plaisir de la crainte des charges qu'il impose.
A cette dernière catégorie appartiennent aussi certaines donations du genre de celles de Jarvis, dont M. Gladstone a fort à propos rappelé l'exemple. Elle était destinée à soulager les pauvres de certaines paroisses, et elle eut pour effet de les changer en autant de nids du paupérisme. Il est des charités qui démoralisent le peuple, lui enseignent à tendre la main sans rougir, le familiarisent avec l'idée d'une dégradation originelle, lui font perdre plus de temps à courir après Taumône espérée qu'il ne lui en faudrait pour se mettre, par le travail, en état de la dédaigner. Quel droit ces sortes de charités ont-elles a un encouragement social?
Ce qui est à encourager, c'est la charité des vivants, qui s'adresse aux besoigneux, non celle des morts, qui offre une tentation périodique à l'importunité et à l'indolence ; c'est la charité qui entraine un sacrifice et a sa source dans un sentiment d'humanité et de justice, non celle qui ne coûte rien au donateur, et qui ne vise qu'au triomphe soit de sa vanité ou de ses aversions, soit de ses idées particulières.
M. Gladstone a signalé avec force l'inconvénient de ces charités dont la condition sine quanon est que ceux qui en veulent profiter iront à l'église : admirable moyen, en effet, de salarier l'hypocrisie et de faire dépendre de l'appétit temporel l'appétit spirituel ! Il a cité, comme étant à sa connais-
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sance personnelle, le fait d'un legs de 150,000 livres sterL laissés aux pauvres saus autre motif de la part du donateur «pie sa haine pour ses proches.
A cela vous devinez la réponse; on dit :
t Qu'importe le motif, si le résultat est avantageux? Pourquoi détournerait-on les hommes de faire le bien, alors même qu'ils le font sous Tinfluence de mobiles condamnables? Ce qui est à considérer ici, ce n*est pas rintention;pIu^ ou moins pure, de celui qui donne; c'est l'intérêt de celui qui reçoit, l'intérêt du pauvre. »
Oui, sans doute; mais la question, telle que M. Gladstone l'a posée, est celle-d ; les fondateurs d'établissements charitables mettant presque toujours à l'avantage de profiter de leurs dons des conditions qui consacrent la dépendance de l'obligé, n'y a-t-il aucuu moyen meilleur de pourvoir à Tintérét du pauvre, et Texcellence de celui-là est-elle donc si manifeste, si incontestable, si absolue, qu'on lui doive immoler les lois de la justice distribuiive et le principe qui interdit d'imposer le pain du travail au profit du pain de l'aumône?
Sans doute, il y a des établissements charitables qui appellent la protection de l'État; mais l'État ne saurait accorder sa protection au Jiasard, les yeux fermés. C'est bien le noins que ceux qui veulent être favorisés par lui acceptent son droit de contrôle, et il ne lui est pas loisible de disposer de l'argent du public sans en surveiller l'emploi. Si des corporations dont l'existence a jusqu'à ce jour échappé au contrôle duPariement, à celui de la presse, à celui de l'opinion, peavent prouver que l'exemption dont elles demandent le maintien est d'intérêt public, très-bien; mais alors qu'elles montrent leurs comptes.
LES INSTITUTIONS GHâRITABLEâ ET L'INVSOIIE-TAX IH
Le discours de H. Gladstone a été beaucoup admiré; mais ses conclusions étaient condamnées d^avance par la Chambre des Commuues, et il y avait à cet égard parti pris. Lord Palmerston est donc venu déclarer , que le gouvernement retirait le projet. Cette déclaration, le premier ministre Ta faite avec beaucoup de courage et de dignité, attestant que l'opinion de M. Gladstone était l'opinion de tous les membres du cabinet, et ne se cachant pas de Fespoir que l'opinion serait un jour ramenée à des idées plus saines.
Un doute me reste. H. Gladstone et le gouvernement dont fl a été en cette occasion l'organe, ont-ils bien mesuré Fimmeiise portée de la question qu'ils viennent de poser devant les philosophes et les penseurs? Car ne voir en ceci qu'une affaire de finance et d'income-tax est puéril. Se soni-ik refidit bien compte des conditions d'une société dans laquelle on n'aurait pas à signaler les vices de certaines fondations charitables, ou baptisées telles? Onv-ils compris à quelles hauteurs il faudrait placer le travail pour avoir le droit de guerroyer contre ce que le travail, assuré et rémunéré, rea* drait absolument inutile? M. Gladstone est homme, je croîs, à avoir entrevu les conséquences, profondément démocratiques, de ridée qu'il vient d'émettre. Mais lord Palmerstonf Mais ses coUègues?...
1100 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)
15 I Une étrange sentence.
Douze hommes mariés constituent-ils le meilleur jury qui se puisse trouver quand il s'agit d'une cause qui touche aux choses matrimoniales? Le contraire semblerait prouvé par le résultât d'un fort amusant procès qui occupe ici, en ce moment, les mille trompettes, non pas précisément de la renom* mée, mais de la chronique.
Il s'agit d'une affaire qui, menaçant de tourner au drame, se trouve, pour le public au moins, avoir tourné à la comédie. Voici le fait.
Le monde des auteurs qui sont acteurs compte en Angleterre, parmi ses représentants les plus connus, un M. Dion Boucicault. Comme acteur , M. Boucicault a fait preuve de talent. Comme auteur, il a fait preuve de succès. CoUeen Bawnl Quelle femme de Londres ne sent pas son cœur battre à ce nom-: Colleen Bawn? Quels prodigieux triomphes ce nom ne rappelle-t-il pas au directeur c d'Adelphi-Theater » ? Colleen Bawn était une jeune Irlandaise , une pauvre petite paysanne, qui avait su toucher le cœur d'un jeune homme de famille, au point de se faire épouser par lui secrètement. La mère du jeune homme.... mais, Dieu me pardonne! j'allais vous donner une analyse de ce drame, grâce auquel le Slrand, à Londres, s'est placé d'un bond à la hau-