‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 67 sur 186 · CE QUE LANGLETËRAE CRAINT ET CE QU*ËLLE DESIRE 2'H · texte numérisé non relu

CE QUE LANGLETËRAE CRAINT ET CE QU*ËLLE DESIRE 2'H

bef la tête sous le joug que k diplomatie a eu la bonté de forger pour elle, et pour peu qu^dlle s'obstioât dans la résistance, prétaut main-forte aux Russes? Mézence faisait mourir ses viclimes en les attachant à des cadavres; mais il ne prétendait pas que ce fût dans leur intérêt et par sentiment de philanthropie. Aussi est-ce là une hypothèse ridicule. Et dès lors nous voilà rejetés dans un labyrinthe sans issue.

Au fond, c'est, soyez-en sûr, ce que le gouvernement anglais sent fort bien. Rien de plus frappant que Témotion a\'ec laquelle, dans la séance du 8 juin, le comte Russell avouait ses doutes, son embarras, ses perplexités. Il y a eu un moment où son éloquence, ordinairement grave et froide, a eu des accents pathétiques, et lorsque , prononçant le mot humilité comme celui qui peignait le mieux sa situation morale, il s'est plaint de porter,'à l'égard de cette tragique question polonaise, une charge trop lourde, je ne sais vraiment s'il n'y avait pas des larmes dans sa voix.

Le fait est qae le gouvernement anglais, en voulant le salut de la Pologne, sans vouloir l'indépendance de la Pologne, et en se déclarant décidé, quoi qu'il arrive, à ne pas aller jusqu'à la guerre, veut une chose impossible et fait une chose absurde.

M. Forster, comme amendement à la motion de M. H. Hennessy,, demande que la reine d'Angleterre dise à l'empereur de Russie : « En violant le traité de Vienne, vous avez dégagé la Grande-Bretagne du contrat par lequel elle avait sanctionné votre souveraineté sur la Pologne. » Cela est infiniment plus raisonnable et vaut infiniment mieux de toute façon que de baser des négociations, à l'efficacité desquelles personne ne croit, sur un arrangement qui a déjà été foulé aux pieds, et ne peut qu'être foulé aux pieds, tant il est contraire au bon sens! Ce qui est certain, c'est que l'idée émise par M. Fors-

ter a fait fortune ici. On y voit un moyen de flétrir officiellement la conduite de la Russie, ce que tout le monde en Angleterre désire, sans cependant avoir à tirer Tépée, ce qu'en Angleterre tout le monde craint.

24 Juin.

Ce que Taat roptalon dans un pays libre.

Dans mon avant-dernière lettre, après avoir rendu compte de la tragédie qui s*est dénouée par la mort du sergent-major Lilley, je vous disais que le duc de Cambridge, pressé par les clameurs de Topinion, avait enfin donné l'ordre de traduire le colonel Crawley devant une cour martiale; mais qu'aux termes de cette décision, l'affaire devant se juger dans les Indes, il s'était élevé à cet égard bien des protestations et des murmures. Singulière et admirable 'puissance de l'opinion publique en Angleterre ! Si j'avais tardé un jour de plus seulement k vous envoyer ma Ic^ltre, j'aurais pu y ajouter en posl-scriptum : « On vient de décider que l'affaire serait jugée ici et non pas aux Indes. »

Le procès, en effet, n'aurait pu avoir lieu, dans une contrée aussi éloignée, sans fournir aux coupables ou au coupable un moyen facile d'échapper aux rigueurs de la justice. Aux Indes, Tissue de ces sortes de procès dépend en grande

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