CE QUE L ANGLETERRE CRAINT ET CE QUELLE DESIRE
chances qu'un régime semblable h celui qui eut son point de départ dans les traités de 1815 aurait de durer, quand c'est son rétablissement même qui est devenu la chose impossible, — du moins si la di[ilomatie ne se juge pas dispensée d'obtenir le consentement de ces Polonais en faveur desquels elle prétend intervenir.
Ce consentement , les Polonais ne peuvent pas le donner ils ne le donneront pas. L*abime creusé entre les deux peuples par la guerre actuelle et les atrocités qui la caractérisent est de ceux qui sont absolument infrapcbissables. Dans la séance d'hier, H. Layard d'abord et lord Palmerston ensuite ont, il est vrai, démenti, sur la foi d'une dépêche reçue du gouvernement russe, le fait de l'indécente et barbare menace attribuée au général Mourawieff, concernant les femmes polonaises en habits de deuil; mais M. Layard et lord Palmerston ont l'un et l'autre déclaré qu'ils avaient, relativement à d'autres cruautés imputables aux soldats russes, la confirmation des rapports antérieurs. C'est avec un frémissement d'horreur que la Chambre des Communes a entendu, de la bouche môme de lord Palmerston, le récit des faits suivants: « Non loin de Wilna, un corps d'insurgés polonais, composé d'environ cent vingt hommes , avait été entouré par une force supérieure. Les insurgés mirent bas les armes et se rendirent. On envoya sur-le-chaipp demander au commandant ce qu'il fallait faire, et, sur sa réponse, les soldats russes se précipitèrent, la pointe de la baïonnette en avant, sur ces hommes qui s'étaient rendus, qui étaient désarmés! Quarante furent égorgés sur place; vingt allèrent mourir à l'hôpital des blessures qu'ils avaient reçues. »
Et c'est au premier de ces peuples qu'on demande d'accorder une constitution libérale au second, avec l'espoir que cela les rendra désormais bons amis! Oh ! que lord EUenbo- T. m. 18
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rough avait raison de s*écrier, il y a quelques jours, dans la Chambre des Lords : « Si Tempereur Alexandre tend la main au peuple polonais, comment voulez-vous qu'on la lui prenne? Elle est toute rouge du sang polonais, cette main! »
Donc, même en supposant que la cour de Saint-Pétersbourg accepte, sauf à les violer en temps utile, les engagements par lesquels on Tinvite à se lier, le problème reste sans solution. C'est l'acceptation des propositions par les Polonais qui est le point difficile. Cette difficulté, Ta-t-on prévue ? Et si on l'a prévue, de quelle manière compte-t-on la surmonter ? Chacun ici hausse les épaules quand on lui parle d'un armistice à observer jusqu'à ce qu'on ait réussi à s'entendre.
A quelle autorité polonaise reconnue ou seulement connue s'adresser pour obtenir que les Polonais posent les annes et pour être sûr qu'ils ne les reprendront sur tous les points de la surface du pays insurgé qu'à l'expiration du délai convenu? Où est le pouvoir central qui garantira la stricte observation de l'armistice par une multitude de petits corps détachés, combattant à de grandes distances les uns des autres, et sans moyens réguliers de communication, soit avec le centre, soit entre eux? Dans cette voie des compromis diplomatiques, on ne peut faire un pas sans se heurter à un obstacle insurmontable.
Que si l'on entend traiter uniquement avec la Russie, et, dans le cas où elle se prêterait à un arrangement, imposer la décision aux Polonais, oh! alors, la question se simplifie, mais alors nous entrons dans l'horrible. Se figurc-t-on les protecteurs de la Pologne arrivant à se faire contre elle les complices de ses oppresseuis, lui enjoignant d'une voix rude de jeter au loin sa fiiux vengeresse, lui ardonnant de cour-