SYMPATHIES DE L ANGLETERRE POUR LA POLOGNE
leur sang a coulé, mêlé au sien, sur vingt champs de bataille; des souvenirs ineffaçables, d'impérissables liens, unissent les deux pays. Toutes les fois que la Pologne, un instant debout, a été terrassée, qu*a-t-elle dit ? < Dieu est trop haut et la France trop loin! » Et toutes les fois que la France Ta s», qu'a-t-elle fait? Elle a pris le deuil. Qui n^ se rappelle avoir vu, sous Louis-Philippe, des milliers dViLHlifinis tra-* versant Paris, le regard morne, la pâleur des grafides émotions sur le visage, et le crêpe au bras? La Pologne venait ^ de succomber. On peut hardiment ranger air îiombrc des fe ^ causes qui ont précipité la chute du trône de Liitiis^Plnliiipti, cette fameuse phrase du général Sebastiani : c L\wdre règne à Varsovie. » Et en 1848, est-ce que h j(Kjr oii l'on a parlé d'aller présenter à l'assemblée une pétition en faveur de la Pologne, tout Paris n'a pas été sur pied? mouvement à jamais lamentable, si l'on en considère les résultats, mais qui montre assez quelle place la Pologne occupe dans le cœur de la France.
D'où viendrait l'opposition, s'il s'agissait de secourir la Pologne? Elle est catholique, et les cléricaux soupirent après sa délivrance. En réalité, la question de la Pologne est la seule qui offr^ à tous les partis en France un terrain absolument commun, la seule dont la solution promette au gouvernement qui oserait l'aborder une popularité sans nuage.
La tentation est forte; d'autant plus forte, que la Russie et la Prusse semblent naguère avoir prisa tâche d*armer contre elles tout ce qu'il y a en Europe d'instincts généreux; d'autant plus forte, que l'Autriche elle-même se tient à l'écart avec une sagesse très-généralement admirée; d'autant plus forte, enfin, que la cour de Berlin s'est chargée d'alléger à l'empereur des Français le fardeau des soucis dont la vigilance inquiète et la jalousie de l'Angleterre auraient été
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fOur ki la source, san& ee prodigieux concours de circonslances {avoTâbles.
Cependant, et quel que soil ici l'élan des sympathies publiques en faveur de la Pologne, il ne faut pas croire que les conséquences possibles d*une intervention de la France, pour peu iju elle fût effective, y soieot envisagées de sangîmi. L'Empire sur le Rhin est une perspective qui cause de sérieuses alarmes à ceux des Anglais qui aiment l'Angleterre iion-seuteinant parce qu'elle est leur pays, mais parce qu'elle représente dans le monde le principe de liberté. Il leur s,^y^ii dur de voir ce principe rejeté dans l'ombre par réclai ({ue lépaiii Irait autour de lui le principe contraire se mett inf au servite d'une cause juste. La perle ou l'ajournement de la liberté est le grand danger qui s'attache au fait des aventures militaires, même quand leur but est condamnable; à plus forte raison quand il est véritablement glorieux.
Que désirer? Qu'espérer?
Peut-être dépend-il du parti libéral en Prusse de détourner le génie de la coïkquéte, en servant la cause de ki justice avec un courage digne d'elle. Les libéraux prussiens peuvent beaucoup pour la Pologne, ils peuvent tout, peutêtre; et, en ce moment, leur responsabilité aux yeux du monde est immense. Par la convention militaire, objet d*une protestation si générale et si véhémente, ee n'est pas seulement ta Pologne russe qu'on frappe, c'est la Pologne prussienne qu'on outrage. L'appui des députés polonais ne saurait donc manquer, dans le parlement de Berlin, aux députés allemands, dans le cas où ces derniers comprendraient que l'intérêt bien entendu de leur pays est invinciblement lié, et cette occasion, au triomphe de la justice. Si l'énergie de leur attitude, si la puissance de leurs efforts, facilitaient un
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résultat qui répondit aux sympathies des amis de la liberté sans donner Heu à leurs alarmes» Us auraient rendu k l'Europe un service inestimable, dont l'Angleterre, plus particuliàremeuty leur garderait une reconnaissance éternelle. Que le ciel les in^irel II s'agit d'assurer au principe de liberté et, s'il est possible, à lui seul, la gloire d'avoir démenti cette parole, Caussemeot attribuée à Koseiuzko vaincu : Finis PoUniœ.
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sn lévrier.
Le prochain mariage du prince de Galles tourne ici toutes les têtes. On ne penserait pas à autre chose; n'était l'insurrection de Pologne, qui, pour Fhooueur de la gravité anfraise, est venue fort à propos réclamer sa part des préoccupations générales. C'est pour le rA)up que l'Angleterre a droit de se qualifier, en dépit de ses brouillards^ la c joyeuse Angleterre » {merry England]^ Le bonheur y est k Tordre du jour; et la raison; c'est que le prince de Galles se marie.
Pas un gros village qui n'ait son < comité d'organisation », en vue des réjouissances attendues. Dans les villes qui ont une cathédrale, les chœurs de musique sont déjà prêts. Là où il y a un corps de volontaires tant soit peu pr^ntable,
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on De rêve que parades. Dans chaque hôtel de ville, la table est dressée pour des banquets dignes de Gargautua, tels que les Anglais ont seuls le pouvoir de les payer et de les dévorer. Aux pauvres — et c est la partie du programme qui est le plus de mon goût — des « dîners substantiels » sont promis. II y aura d'un bout à Tatitre du royaume^ c'est certain, des bals, des concerts, des feux de joie, toutes sortes de jeux athlétiques, toutes sortes de merveilles pyrotechniques, toutes sortes de fêtes champêtres.
Quelques vieux « clergymen » hochent la tête d'un air boudeur, et trouvent mauvais qu'on ait fait du Carême la saison du rire ; mais on les laisse murmurer dans leur coin, les Anglais ne pouvant croire que Dieu les damne pour s'être montrés les loyaux sujets de leur reine.
Quant aux présents sur lesquels la princesse Alexandra a droit de compter, ils pleuvront comme grêle. Et d'abord, il y a le cadeau de noces de la reine. C'est un collier contenant S,000 brillants et 118 perles. Un fragment de la croix attachée au collier a, dit-on, appartenu à la vraie croix. 0 Calvin, si, lorsque tu écrivais ton terrible livre sur le culte superstitieux des reliques^ tu avais pu prévoir qu'au dix-neuvième siècle il y aurait des gens qui croiraient cela dans la prolestante Angleterre! Passe encore pour le morceau de soie tiré du tombeau du roi Canut, patron du Danemark. Autre cadeau de grand prix. Sur la proposition de lady Kachel Butler, les blondes tilles de la verte Èrin ont décidé qu'elles feraient présent à la princesse de Galles, comtesse de Dublin, d'une toilette complète composée de la plus belle dentelle qu'il soit donné à l'Irlande de produire. Une souscription est ouverte à cet effet, et les dames irlandaises de souscrire en foule.
C'est le 7 mars que la jeune princesse est attendue à
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Gravesend, où doit la poi*ter un vaisseau de guerre danois, le Schlesioig. Toute la ville est déjà en rumeur, toute la ville est sur pied Les maisons devant lesquelles la fiancée du prince de Galles passera jusqu'à la station du chemin de fer ont été confiées à un décorateur de profession. Le long de la route, elle s'avancera, presque à la lettre, sous un toit formé de guirlandes. Il va sans dire que le « town clerck t est cjiargé de présenter uoe adresse à la reine future des Anglais, mais il a. été convenu que ce morceau d'éloquence ne lui serait pas lu, attention délicate que certainement elle appréciera.
En attendant, Londres s'apprête i étonner la jeune fiancée par un étalage de magnificence dont elle n'a proba* blement pas d'idée. De la station de « BricUayers arms t jusqu'au chemin de fer de Paddington, elle va avoir à traverser un océan de peuple ; elle va se convaincre que Londres est plus peuplé que le Danemark. 40,000 liv. st. (1,000,000 de francs), tel est le chiffre auquel est évaluée la dépende des préparatifs faits par les souverains de la Cité, maire, aldermen, et le reste. Le luxe des illuminations s'annonce comme devant être si énorme, que les compagnies de gaz se déclarent d'avance incapables de siifBre aux demandes dont elles sont assaillies. On parle de transformer l'église de Saint-Paul en une véritable moutape de feu, semblable à ce qn'est Saint^Pierre de Rome dans les grandes solennités papales. Les fenêtres qui se trouvent sur le passage de l'heureux couple, dans Londres, se louent avec fureur et sont payées des prix fabnleux. J'en sais une, dans mon voisinage, qui a été retenue pour 30 liv. st. Vous figurezvous qu'on paye 750 fr. le privilège de se mettre à la fenêtre pendant deux heures ?
Mais une importante question reste à résoudre. Les ma-
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gistrats de la Cité et leur pompeux cortège précédermKHb 00 suivront-ils le prinee et la princesse dans le passage de ceux-ci à travers Londres? Grave difficulté, s*il eu fut! Il n'y a donc pas de ciel sans nuage, hélas! Il faut donc qu*il y ait toujours un point noir k Thorizon ! Le ministre de l'intérieur, sir George Grey, veut que, dans la procession, la corporation de Londres marche k la queue, et la corporation de Londres, elle, veut absolument tenir la tête.
Quoi! le prince et la princesse sersnent obligés de régler leur marche sinr celui du monarque bourgeois de la Cité, et des aldermen, et des conseillers, gens qui, comme on sait, vont à pas de tortue! Les augustes personnages qie nous attendons seraieni forcés de subir Tenniii de fendre des flots de curieux, durant deux nMrtelles heures peut-être, à la manière du lord-maire dans la solennité du « lord mayor's show » ou du bœuf gras à Paris! Allons donc!
Ainsi raisonne sir George Grey. .
Quoi ! vous prétendez mettre la charme devant les bœufs ! Qnand Londres tout entier est sur le chemin de la princesse pour la bien contempler, la bien applaudir, vous prétendez qu'elle passe avec la rapidité de l'éclair! Avez-vous songé au nombre de gens dont vous ruineriez de la sorte les espérances? Ne voyez-vous pas que la procession est une affaire manquée si nous n^tn formons Tavant-garde? Qui restera pour nous voir passer si le prince et la princesse passent les
Aind parle la corporation.
Et, dans sa juste indignation, elle menace, si Ton persiste à lui assigner la place des bagages dans une armée, de s'abstenir fièrement, au risque de compromettre sa réputation de « loyalty ». Fais ce que finis, advienne que pourra. Adiille se retirant sous sa tente n« déploya pas mi plus fa-
m pnecifAiN mariage si
^rouche orgueil. Le mal est que sir Geor^^'Grey s'obstine; sur quoi, le lord maire se propose d*en appeler à lord Palroerston, et, si lord Palmerston donne raison à son collègue, oh, ma foi! alors C4)mme alors!...
Remarquez, monsieur, je vous prie, que de tous les peuples du monde le peuple anglais est encore le plus raisonnable.
Je serais curieux de savoir l'effet que produira sur le prince de Galles la miraculeuse réception qu'on est en train de préparer à sa fiancée. Si une pareille réception ne donne pas à ce jeune bomme Tidée qu'il est un être h part dans la création, qu'il appartient à une espèce dont nous ne sommes ni vous ni moi, il faudra que la nature Jait doué d'une dose de bon sens bien rare.
€ C'est un fait avéré », raconte Chamfort, t que Madame, fine du roi, jouant avec une de ses bonnes, regarda sa main, et, après avoir compté ses doigts, s'écria d'un air surpris : — Comment? Vous avez cinq doigts aussi, absohiroeiit « comme moi! > Mais Chamfort partait ici de h France, et de Tancien régime en France...
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28 fétrier.
■anifesUitioB parlementaire en fk^ew des Paloaais.
L*Angleterre vient de sonner du clairon, et cela de manière à faire tressaillir Saint-Pétersbourg.
S*il est vrai qu'il y ait une vertu souveraine dans la sympathie, hautement et unanimement déclarée, du seul peuple qui, en Europe, soit à la fois puissant et libre, la Pologne soulevée a lieu de se réjouir. Non, jamais la Chambre des Communes, en Angleterre, n'avait d'une voix plus forte, plus passionnée, et avec un plus saisissant accord, exprimé sur une question donnéeies sentiments deja nation.
Fallait-il que la Grande-Bretagne intervint en faveur de la Pologne, au nom de la loi publique, au nom du respect que la conscience humaine doit à des engagements solennels? Cette question, M. Hennessy est venu la poser devant le monde; et, lorsque, dans un discours palpitant d'émotion, il a montré la Pologne livrée à l'influence funeste de Wielopolski sur le grand-duc Constantin; les nobles de Podolie, l^ussés par les conseils du comte Uussell à demander quelques réformes et, pour prix de leur docilité, à suivre les avis d'un homme d'État anglais, enterrés vivants dans une forteresse; le conseil municipal de Varsovie constatant, à la date du 20 juillet i862, que, depuis le commencement de l'année, le nombre des hommes et des femmes entassés dans