M. ROEBUCK DANS LE ROLE DE CONFIDENT
« qu'il ne le pouvait pas, et qu'il m'en dirait la raison. II me € dit en effet qu'il avait adressé une demande formelle à « l'Angleterre, il y a quelques mois; que cette demande « avait été envoyée en Amérique et montrée par M. Seward « à Tanbassadeur français ; qu'il estimait qu'en cela on avait «r mal agi à son égard, et qu'il n'entendait pas s'exposer de « nouveau au danger d'un semblable traitement; mais qu'è « part cela, son désir, sa volonté, étaient d'agir d'accord « avec l'Angleterre en toute chose, particulièrement en ce t qui concernait l'Amérique, ce que j'étais libre de déclarer € dans la Chambre des Communes. »
11 se trouve qu'il jae peut y avoir un mot de vrai dans le rapport fait par H. Rœbuck à la Chambre des Communes. Non qu'il soit capable de trahir sciemment en quoi que ce soit la vérité : jamais homme, qu'il ait tort ou raison, ne fut plus sincère. Hais il est clair que, dans la circonstance dont il est question, M. Rœbuck s'est trompé du tout au tout sur le sens des paroles qu'il a entendues. Et c'est ce que, dans la séance d*hier, M. Layard, portant la parole au nom du gouvernement, a démontré d'une' manière péremptoire.
Des explications de H. Layard, il résulte :
1^ Qu'aucune communication relative à un projet de médiation en Amérique n'a été faite au gouvernement anglais, depuis celle que, le 13 novembre dernier, le comte de Fiahaut lui lut, sans lui en laisser copie ;
S? Que la divulgation de cette dépêche eut lieu, non du fait de lord Russell, mais de celui du Moniteur, qui la publia, avant même que le gouvernement anglais y eût répondu;
3® Que ce fut précisément cette publication de la dépêche française dans le Moniteur qui détermina la publication de la réponse anglaise dans la London Gazette;
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4^ Que la propaslUon faite à TAngleterre, k)io d'avoir été comiBUDiquée ea Amérique par Tambassadeur anglais à M. Seward, avait été oemmuDiquée par JM. Seward à l'ambassadeur aaglais.
En d'autres termes, cet iofortuué M. Rœbuck se trouve avoir mis dans la bouche de l'eaiperenj' des paroles qui sont en opposition absolue avec les faits. On citerait peu d'exemples d'un démenti aussi complet, aussi décisif, aussi écrasant, que celui dont M. Rœbuck a eu à subir Tennui. Cela lui apprendra que le rôle de questionneur et de confident a ses dangers quand on a l'oreille dure, l'esprit distrait ou la mémoire infidèle. Il est bien évid^it que M. Rœbuck a entendu tout de travers ce qu'on lui a dit.
Rude est le châtiment qui vient de lui être infligé. Il Je sentait venir, quand M. Layard s'est levé. De là ses efforts pour y échapper ; de là ses interruptions, ses exclamaiions, ses cris désespérés de : / rise to order. Mais le « speaker » a été aussi inOexible que le destin. « A l'cM^dre! » s'est écrié le patient hors de lui. « J'insiste, i» « Et moi aussi; « a crié aussitôt M. Coningham, « je demande le rappel à « Tordre. L'honorable membre n'est pas dictateur ici. »
M. Rœbuck vient de faire, sous tous les rapports, une triste campagne. On a trouvé d'une impertinence rare sa prétention d'initier les débiles humains au secret de la pensée des dieux. Puis, on s'est demandé de quel droit il essayait de faire peser sur les délibérations de la Chambre des Communes, la plus indépendante assemblée qui soit au monde, l'opinion d'un souverain étranger. Le Daily -Telegraph l'appelle plaisamment « le membre pour Paris » , etM. Bright, l'autre jour, disait en parlant de lui : « l'envoyé exlraordi- « dinaire, ou, plutôt, très*extraordinaire de la cour de « France. »
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Quant à la façon doot il a dévébippé sa motton, mardi dernier, tout ee qu'oo peut dire, c*i^t que rav<)cat, cette fois^ a été digne de la cause.
Vous n'imagiueriez jamais pourquoi M. Roebuck déclare légitime la recofinaissânce du Sud : ses deux motifs sont que le Nord a, en ce moment, le dessous^ et que rAngleterre a intérêt au triomphe du Sud. A la bonne heure ! J'aime cet aveu dépouillé d'artifice. Vive la force, et place à l'égoîsme uatMiml! La religion du droit est cdle des petits esprits. D'ailleurs, que sont les hommes du Sud? De vrais Anglais. £t de quoi se composent les armées du Nord? De l'écume de l'Allemagne et de l'écume de Tlrlande mêlées à l'écume de l'Amérique.
Mais je me trompe : l'orateur a, lui aussi, prononcé le mot droit. Je dois même à la vérité de reconnaitre que ce mot figure dans son exorde. « Toute fraction d'un peuple qui veut se détacher de la masse, eu a le droit si elle en a la force. » Voilà, selon H. Rœbuck, le principe des principes; voilà la base de ce qu'il nomme « la moralité internationale». L'Irlande fera bien de se souvenir de cet axiome, si jamais il lui prend fantaisie d'imiter les séces^ionistes de par delà l'Atlantique! £t les Indes, donc ! Allons, que les cipayes reprennent courage, qu'ils tentent un nouvel et vigoureux effort : tf. Rœbuck est là, on doit le croire, pour proclamer leur droit et applaudir à leur patriotisme. Seulement, qu'ils s'arrangent de manière à être les plus forts, car la forcé brutale entre comme élément essentiel dans la < moralité internationale » de H. Rœbuck.
Un des passages les plus curieux du discours de ce doc* teur en morale est cdui où il accuse les gens du Nord d'avoir horreur du nègre, de le haïr positivement, parce qu'ils ne le font pas asseoir dans leurs voitures et ne l'admettent pas
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à leur table. Le reproche est plaisant, dans un pays comme celui-ci, où le bouteiller se croirait un homme perdu s*il mangeait à la même table que le valet de pied. Je me plais à croire que H. Rœbuck, lui qui fréquente les souverains, n a pas en horreur, ne hait pas positivement tous les pauvres diables de couleur blanche avec lesquels il n'a pas l'habitude de s'attabler. Mais enfin, si les gens du Nord sont si coupables parce qu'ils ne prennent pas le nègre dans leurs voitures, on ne voit pas bien comment les gens du Sud seraient innocents, eux qui se servent de lui comme ils font de leurs chevaux.
A quoi bon, du reste, réfuter des arguments de cette espèce? Le point que M. Rœbuck se proposait d'établir, savoir l'intérêt que peut avoir l'Angleterre à reconnaître le Sud, est précisément' celui qu'il n'a pas abordé. II a parlé du Lancashire qui souffre, du. coton qui n'arrive point, toutes choses parfaitement connues; mais ce qu'il aurait fallu montrer, c'est en quoi la reconnaissance du Sud empêchera le Lancashire de souffrir et permettra au coton d'arriver. La reconnaissance du Sud mettra-t-elle fin à la guerre? Non. — Résoudra-t-elle la question du blocus? Non. Et, dès lors, que signifie la motion de M. Rœbuck?
Ce qu'elle signifie? Je vais vous le dire. H. Rœbuck, et il ne s'en est pas caché, espère que de la reconnaissance du Sud sortirait une guerre au couteau avec le Nord. C'est à quoi il aspire! La grandeur de la démocratie américaine l'a Jssez longtemps empêché de dormir. Il croit le moment venu d'en finir avec une rivalité importune. « Le Warrior », a-t-il dit avec une aimable candeur, « suffirait pour détruire toute la flotte américaine du Nord; les armées de ce pays sont en traiu de se foudre; Washington est en danger; et mon unique crainte est que le Sud ne conquière son indépendance sans nous. »