‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 83 sur 186 · COTE EUROPEEN ET ANGLAIS DE LA QUESTION DE POLOGNE · texte numérisé non relu

COTE EUROPEEN ET ANGLAIS DE LA QUESTION DE POLOGNE

rinsurrection actuelle de Pologne n'aurait pas duré un mois. €e qui affaiblit la Russie, c est son étendue ; mais le fer et la vapeur auront bientôt abrégé, pour elle aussi, les dislances, €t il n*y a pas de raison alors pour qu'elle ne soit plus formidable que jamais. »

Ainsi pensent quelques hommes à vue perçante; mais, je le répète, Fopinion générale est que le danger aujourd'hui n'est pas à Saint-Pétersbourg. Dernièrement encore, lord Ellenborough n'est-il pas allé jusqu'à dire, eu pleine Chambre des Lords, que la grandeur de la Russie importait à la balance des pouvoirs européens?

Ne vous étonnez pas, après cela, si l'Angleterre refuse de se joindre autrement que par voie de protocoles à la France contre la Russie, c'est-à-dire à la puissance qu'elle craint davantage contre celle qu'elle craint moins. Outre que les résultats de l'expédition du Mexique, d'abord entreprise en commun, l'ont éclairée sur le danger de certaines alliances militaires, elle ne se soucie en aucune façon de contribuer à affaiblir un pouvoir que, bien à tort selon moi, elle s'ac- ^coutume à ne plus craindre, au profit d'un autre pouvoir que jsa tendance actuelle est de craindre à l'excès.

A la vérité, — et c'est ce que M. Horsraan a fait l'autre jour ressortir avec beaucoup de force, — l'Angleterre ne iiaurait se tenir à l'écart, si l'orage éclatait, sans abandonner il la France un rôle qui serait d'autant plus considérable que la gloire n'en serait point partagée. C'est là> pour l'Anglelerre> une des difficultés de la situation.

SSjoillflt SystAne 4e déaii^rememf en ee qui tosehe les ffédéraax*

L'accueil fait en Angleterre à la nouvelle des grands succès que viennent d'obtenir les fédéraux suffirait pour montrer, si cela était aujourd'hui nécessaire, dans quelle direction coule le torrent de l'opinion.

Cette nouvelle, je me hâte de le dire, a excité des trans-* ports de joie dans la classe ouvrière et dans ceux des oignes de la presse anglaise qui représentent le cAté généreux des tendances de la nation. « C'est avec une joie profonde, passionnée, reconnaissante, que nous enregistrons la nouvelle de victoires qui annoncent l'approche d une heureuse paix. % Ainsi parle le Moming Star; et il se félicite de la proteotion accordée aux armes de la république des États-Unis par le « Dieu de miséricorde et de justice >.

Ce sont là des paroles qui éveilleront des échos innombrables et sonores dans le Lancashire, dans ce Lancashîre où, comme M. Conningham le constatait dernièrement en pleine Chambre des Communes, il ne s'est pas tenu ea faveur du Sud plus de trois ou quatre meetings sur plusieurs centaines auxquels les événements d'Amérique ont donné lieu.

Malheureusement, dans un pays tel que celui-ci, ce n'est pas sur les battements de cœur de la foule innoomiée que se

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règle ce qu*OD appelle ropinioB. Si Ton veut savoir de quel côté souffle ce veut puissant de Y opinion qui eutraine tout, c'est sur le sommet de la moutagne qu'il faut se placer et non daos la plaine. Or, daos les hautes régious, jamais, dob jamais la sympathie pour le Sud ne s'estdéclarée d'une manière plus frappante qu*à Toccasion des récents avantages remportés par le Nord.

Le flot d*ttne invasion formidable refoulé; les charges furieuses, désespérées, de l'infanterie du Sud venuit se briser, l'une après l'autre, contre les bataillons inébranlables de l'armée fédérale; Lee, le plus renommé des capitaines oon- (éàéxés^ pliant devant Meade , un général dont, hier encore, personne en Europe ne connaissait le no(n; Washington, Baltimore, Philadelphie, hors de danger; et, le jour même où Lee était forcé de reculer vers le Potomac, la forteresse de Vicksburg réduite à se rendre, le cours du Mississipî conquis, et le domaine des contédérés séparé violemment d'avec les États de TOuest.... Qu'imaginer, sinon de plus décisif, au moins de plus éclatant et de plus considérable? Certes, avec un pareil tableau sous les yeux, il est ladle de concevoir que l'enthousiasme à New- York ait succédé aux noirs pressentiments; que le langage de la presse fédérale respire l'orgueil du triomphe; que des députations aient élé envoyées au président Lincoln pour le féliciter ; que la prime sur For, aux États-Unis, soit tombée de 40 à 31, et que, pour mettre à profit l'élan du peuple , le gouverneoient de Washington ait décrété une levée de trois cent mille hommes.

Eh bien, le croiriez-vous? la presse anglaise, à part trois ou quatre journaux, nous dédare gravement qu'il n'y a riev de fait. Écoutez le Timeê, par exemple. La bataille de Cettysburg est partie nulle (a drawn battlé). Le champ de ba* taille est resté aux fédéraux, c'est vrai; mais qu'est-ce que

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c<»la? Qui sait? Peut-être Lee n'a-t-il reculé que pour choisir un terrain plus favorable à l'attaque. C'est un tacticieu si habile ! D'ailleurs, la question de savoir si Tinvasion de la Pensylvanie est une expédition manquée dépend de la question de savoir dans quel but elle avait été entreprise. Si, comme il est permis de le supposer, le but du général con* fédéré était simplement de vivre sur les terres de l'ennemi en attendant mieux, et de s'en revenir au bout d'un certain temps chargé de dépouilles, sa retraite ne prouve rien, sinon que son objet était rempli.

Quant à la prise de Vicksburg, c'est un rayon de succès (a gleam of success) \ toutefois , les fédéraux n'auront pas le Mississipi tant qu'ils n'auront pas Port-Hudsou. Hais où le Times cherche et trouve un sujet de consolation pour les gens bien pensants, c'est dans ce fait, que les « incidents » de la campagne ont montré sous un jour « pitoyable » le président Lincoln et ses principaux ministres. De ce que le général Halleck s'est félicité d'avoir conservé à Grant son commandement, le Tintes conclut que le général Halleck s'attribue tout l'honneur de la prise de Vicksburg, et il le signale h la risée de l'Europe. Il ne peut pardonner au président Lincoln d'avoir reçu une sérénade. Il fait un crime h M. Stanton de n'avoir pas su résister à la tentation de décocher un trait satirique à l'adresse des avocats de la paix, des Coperheads, et, pour ce qui est de M. Seward,il raccuse, sur la foi de son correspondant, à lui le Times^ de s'être comparé à Jésus-Christ! Bref, tout ce que le hading journal de l'Angleterre veut voir dans les derniers triomphes du Nord, c'est h preuve irrécusable de la dégénérescence des hommes d'État de l'autre côté de i 'Atlantique.

Voilà pour le Times; mais que dire du Morning Herald?

SYSTÈME DE DÉNIGREMENT EN CE QUI TOUCHE LES FÉDë'rAUX 3C1

La feuille du parti tory conteste de son mieux, elle aussi^ les succès des fédéraux, mais c'est sur le ton de la rage. A l'entendre, la guerre peut encore durer vingt ans, et M. Seward est un imbécile s'il croit le Sud épuisé parce que Washington n'est plus en danger, parce que Piiiladelphie n'est pas encore en flammes, et parce que, dans Baltimore, les canons du fort Mac-Henry tiennent en respect les tendances sécessionistes de la population. Ce qui exaspère le Morning Herald^ c'est Tidée que la prochaine malle lui apportera d'Amérique des nouvelles de nature à confirmer ses espérances : allusion au refus du gouvernement anglais de reconnaître le Sud. « Oui, s'écrie tout frémissant de colère le journal aristocratique, encore quelques jours, et M. Seward apprendra qu'il a encore six ou neuf mois pour l'achèvement de son < œuvre infernale » (fiendish loork) ; il apprendra qu'on a refusé ici de prononcer le mot qui pouvait donner la paix à un continent et sauver peut-être la vie à cinquante mille hommes. » Comment la reconnaissance du Sud aurait mis tin à la guerre, au lieu de la rendre plus terrible, ainsi que le croient beaucoup de bons esprits, c'est ce que le Morning Herald ne daigne pas nous expliquer. Il ajoute, hors de lui : c On sacrifie à des intérêts de parti « lapltis sacrée des causes » (the holiest of causes). Il faut que le Lancashire meure de faim pour que le comte Russell reste en place. * Ici encore, le Morning Herald, oublie de nous dire par quel genre de prodige la reconnaissance du Sud donnerait du pain aux ouvriers du Lancashire. Si celte reconnaissance n'entraînait pas la guerre avec le Nord, le blocus continuant, pas de coton après comme avant. Si, au contraire, la guerre avec le Nord suivait, les ouvriers du Lancashire, qui manquent de coton, risqueraient en outre de manquer de blé. Mais que vous semble de « la plus

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sacrée des causes » ? Quoi ! c'est en ces teraies que la cause de l'esclavage est définie en ABgleterre par ud Anglais! 0 Wilberforce, recoonaUrais-tu ton pays si tu sortais du tombeau?

Je pourrais pousser plus loin cette lamentable revue des organes de 1 opinion ; je pourrais mettre sous le regard des lecteurs les mille sophismes auxquels se comptait la presse anglaise, dans son ardeur de prouver à tous, et peutêtre, hélas ! de se prouver à elle-même, que les fédéraux ne sont pas plus avancés aujourd'hui qu'hier, et que « la plus sacrée des causes » a encore toutes les chances de son côté. Hais je m'arrête de tristesse et de dégoût; -^ de tristesse, car, de la part de l'Angleterre, cette étrange façon d'observer la neutralité entasse dans le cœur des Américains du Nord des ressentiments immortels, les dispose à tourner vers l'Europe la pointe de leurs épées quand ils en pourront maoier la poignée selon leur désir, et prépare ainà des malheurs dont la seule idée donne le frisson.

LA DIPLOMATIE ANGLAISE DaXS L EMBARRAS 3C;»

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