‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 82 sur 186 · COTE ELROPEEN ET ANGLAIS DE LA QUESTION DE POLOGNE · texte numérisé non relu

COTE ELROPEEN ET ANGLAIS DE LA QUESTION DE POLOGNE

insensiblement glisser par faiblesse sur la pente des compromis, et finit par manquer tout à fait du courage de ses convictions. Quant au ministre prussien, le prince Hardenberg, les motifs qui le poussèrent à céder témoignent i la fois d'une grande sagacité et d*un grand fonds de cynisme. Dans un mémorandum confidentiel, adressé à lord Castlereagh le 21 novembre 1814, le prince Hardenberg s'exprimait en ces termes ; « Plus j'y réfléchis, plus je sens que nous ferons bien de céder sur la question politique. Je vois à cela moins de danger que de profit pour le repos de TEurope en général et pour les voisins de la Russie en particulier. J'estime que la force et le pouvoir de la Russie seront plutAt diminués qu'accrus par la constitution d*un royaume de Pologne sous le sceptre d'un même souverain. Les Polonais jouiront de privilèges qui sont refusés aux Russes. Bientôt le génie de chacune des deux nations entrera en lutte avec f^eiui de Vautre; les jalousies feront obstacle à Tunité; des embarras de toute espèce se produiront... Bref, j*ai Tintime conviction qu*en essayant d*empécher l'empereur de rétablir le royaume de Pologne sous son sceptre, nous travaillons contre nos propres intérêts. »

Le prince Hardenberg voyait très-juste quand il prédisait que la Pologne violemment rivée à la Russie causerait I cette dernière puissance de cruels embarras, mais il se trompait dans ses calculs égoïstes en se figurant que ces embarras seraient conciliables avec le repos de TEurope. Ses prévisions sous ce rapport reçoivent un démenti décisif de Tétat violent d'incertitude et d'agitation où l'insurrection de la Pologne jette en ce moment tous les peuples.

Quoi qu'il en soit, il ne dépendit pas de lord Castlereagh que la Pologne ne fût, dès cette époque, rétablie dans ses anciennes limites et proclamée indépendante.

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II est \Tai qu*eu cela il n'était ^idé ni par de hautes cod* sidératioDS de justice ni par Tintérét que pouvait inspirer à une âme honnête le spectacle d'un peuple opprimé : ce qu'il considérait dans la question polonaise, c*était son rapport avec Taccroissement de la puissance russe, c'était soir côté européen. Or, ce côté européen de la question, voilà ce que les hommes d*État d'aujourd'hui, en Angleterre, semblent avoir presque entièrement perdu de^ue; et c'est ce qui explique leur répugnance absolue à courir les risques d'une guerre dont ils s'imaginent que le profit serait tout pour lar Pologne et pour la France.

En 1815, le pouvoir que l'Angleterre redoutait le plus, c'était la Russie. Ses récentes acquisitions dans la Finlande^ dans Ia« Bessarabie, et sur les frontières de la Perse; sa persistance à étendre les bras vers Constantinople ; le rôle.' éclatant qu'elle avait joué dans le drame de la chute de Napoléon, tout contribuait à l'entourer d'un inquiétant prestige. De là les efforts de lord Castlereagh, d'abord pour lui opposer, dans l'existence d'une grande Pologne indépendante, une barrière capable de la contenir, et ensuite, quand il lui fallut abandonner ce projet, pour rendre aussi petite que possible sa part de la Pologne dépouillée. Mais aujourd'hui, le pouvoir dont l'Angleterre suit les mouvements avec anxiété, ce n'est plus la Russie, c'est la France. On se plaît à croire ici que, depuis la guerre de Crimée, la Russie ne mérite pas qu'on lui fasse l'honneur d'avoir peur d'elle. Jamais M. Urquhart n'a eu plus de raison de se lamenter sur ce qu'il appelle l'aveuglement de ses compatriotes. M. Horsman, il faut lui rendre cette justice, ne partage pas à cet égard les illusions dont se bercent tant de gens : « Si Ia Russie, » disait-il dans la séance de lundi dernier, « avair eu des chemins de fer, Sébastopol ne serait pas tombé, et

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