LA DIPLOMATIE ANGLAISE DANS L EMBARRAS
(portant sur la réalisation pratique des six points) avec l'esprit et le texte du traité de Vienne.
La conséquence logique d'une stricte adhérence à la méthode suivie dans les traités de Vienne eût été que les résultats de la conférence limitée trouvassent place dans une convention générale h laquelle auraient été appelés à prendre part tous les pouvoirs liés par les engagements de 1815 : lord Napier pria le vice-chancelier de dire sans ambiguïté si c'était bien de la sorte qu'il voyait la chose. Celui-ci, sans se prononcer absolument contre une pareille conclusion, refusa de l'accepter, et déclara à plusieurs reprises qu'il n'accéderait à rien de ce qui tendrait à reconnaître aux puissances occidentales le droit de s'ingérer dans les affaires intérieures de l'empire russe, dans lequel einpire il sembla comprendre le royaume de Pologne, etc.
Quand on rapproche cette attitude hautaine et cç langage péremptoire des préparatifs militaires de la Russie et de l enthousiasme sauvage qu'on assure s'y être emparé de la population, il est difficile de ne pas proclamer l'œuvre de la diplomatie un avortement. Et à quel autre résultat pouvaitelle aboutir? Comment concilier des intérêts radicalement inconciliables ? Comment croire que la Russie se laisserait contester ce que, depuis 4831 surtout, elle s'est plu à regarder comme lui étant acquis par droit de conquête ? Comment croire que les Polonais, au moment même où, saisis d'un désespoir héroïque, ils veulent l'indépendance ou la mort, se courberaient en silence sous le joug de ces traités de Vienne qui furent la part scandaleusement prise par la diplomatie européenne dans le crime de leur asservissement?
Aussi, pendant qu'on rédigeait des dépêches et qu'on rêvait de protocoles, la Pologne redoublait d'énergie guer-
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rière ; la Russie passait de la colère à la rage; le sang versé par r assassinat se mêlait au sang versé par les combats ; les deux peuples enaeinis n' aspiraient à s'embrasser que pour s'étouffer, et il se creusait entre eux un abime impossible i combler, impossible à francliir.
Aujourd'hui, que se passe-t-il en Russie? Les rapports à cet égard ne s'accordent que trop. Le peuple, transporté de fureur, cherche des armes ; les souscriptions belliqueuses affluent; les volontaires accourent; les prêtres soufflent dans les âmes le feu d'un patriotisme farouche et prêchent la ff guerre sainte » ; plusieurs milliers d'hommes sont employés fortifier Cronstadt; l'élan est, dit-oo, général; Les armements sont immenses.
Tout cela, l'Angleterre le sait, et tout cela M cause un inexprimable tourment. Poussée par les dépêches de lord Russell sur une voie où elle sent bien qu'elle ne saurait reculer désormais qu'au prix de sa dignité, elle trembla, d'un autre côté» d'être précipitée dans une guerre dont elle n'apei*çoit pas les avantages et dont elle ne mesure la portée qu'avec un violent battement de i^Bur. Qu amènerait-elle, cette guerre, en la supposant heureuse t L'abaissement de la Russie ? Mais l'abaissement de la Russie, que lea Anglais, depuis la chute de Sébastopd, ont cessé de craindre, serait l'élévation de la France, qui seule aujourd'hui inquiète les Anglais. Us n'ignorent pas quel surcroit de force la Pologne reconstituée apporterait à cette France sous les drapeaux de laquelle elle a si longtemps combattu, dont elle a partagé si complètement les triomphes et les revers, qui l'appelle sa sœur et l'aime effectivement comme une sœur. Est-ce pour cela que l'Angleterre donnerait son sang et son or? Et s'il arrivait que la Prusse, entrant dans la lice, offrit ainsi à Napoléon l'occasion, tant désirée, de saisir la rive gauche
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àu Rhin ? 11 n'est pas ici un homme politique à Tesprit duquel ces considérations ne soient présentes. < L'Angleterre n'a aucun intérêt h une guerre de ce genre, et elle y courrait des risques inealeulables. » Voilà le root qui est sur toutes les lèrres dans les salons, dans les elobs, partout où la politique n'est pas affaire de pur sentiment. Prene2 les journaux : combien en est-il qui soient décidiément à la guerre? C'est à pme si j'en pourrais nommer un ou deux. N'est*il pas remarquable que, soit à la Chambre des Lords, soit k la Chambre des Communes, pas un orateur n'ait osé jusqu'ici eondure à la guene d'une façon biai nette, même parmi cenni qui ont bhs le plus d'emport^nentà dénoncer les griefs de la Pologne, à flétrir les cmantés de la soldatesque russe, à blâmer la marche hésitante du ministère et ses confessions pusillanimes, à recommander enfin l'énergie comme une marque de sagesse?
Il est vrai qu'il s'est tenu des meetings guerriers. Mercredi dernier, par exemple, Saiut-James'Hall a été le théâtre d'un enthousiasme dont on ne peut nier que le caractère ait été belliqueux. Qu'on y eût applaudi avec ivresse l'apparition du général comte Zamoïski, cela eût été tout simple ; mais on a fait plus. Sir John Shelley, membre du Parlement, occupait le fauteuil. Il a dit qu'on lui avait demandé à quoi servirait ce meeting, et s'il était résolu à aller jusqu'à la guerre. Or, h cette question le meeting a répondu par un oui formidable. Se trouvaient là six ouvriers français, accourus de Paris pour associer au caractère de cette ma&ffeslation l'idée d'une alliance militaire et popuian*e avec la France : MM. Pert^ichon, monteur en bronze; Anbert, mécamcieir; Totain, ciseleirr en bronze; Murât, (isseur en soie; Bil>al, chemisier; Cohadon, maçon; et leur présence n'a pas peu coi^frihaé à l'effet de ee om, qui du cœur des
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assistants est monté si vite à leurs lèvres. Mais ce n'est pas le peuple proprement dit qui décide, en Angleterre, des destinées de TAngleterre. La pensée de raristocratie et des hommes d*État, en qui sMncarne la volonté des « classes gouvernantes », voilà le baromètre à consulter, quand on désire savoir si le temps est à l'orage.
Au reste, il y a des situations fatales. Si les classes gou* vernantes en Angleterre ne veulent pas d'une guerre k entreprendre conjointement avec la France, elles ne veulent pas non plus d'une guerre que Napoléon ferait sans l'Angleterre; et il ne serait pas impossible qu'elles fussent amenées à se résigner au premier inconvénient pour éviter le second. Ce qui me parait sûr, c'est que, si le signal est donné, il faudra qu'il parte, non de Downing-street, mais des Tuileries.
29 Juiflet Un homme ^u'on appeUUl honorable.
Vous souvenez-vous qu'il y a onze mois environ, je vous racontai un drame affreux dont un certain William Roupell était le héros? Triste héros, en vérité! Ce William Roupell, homme jeune encore, d'une intelligence vive, et qui avait le rare privilège d'exercer un grand ascendant sur