‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 86 sur 186 · UN HOMME QU ON APPELAIT HONORABLE · texte numérisé non relu

UN HOMME QU ON APPELAIT HONORABLE

quiconque rapprochait, n éblouissait la ville de Téclat de ses dépenses : il avait maîtresses, chevaux et laquais ; il faisait excellente figure dans les salons et dans les clubs ; il occupait un siège au Parlement, où il représentait une des divisions électorales les plus considérables de Londres. Un beau jour, cet homme parut aux assises d'été de Guilford, volontairement, spontanément, pour dire ceci en substance :

c Je suis un voleur, je suis un faussaire. Quand mon père vivait, j*ai abusé d'une manière infâme de la confiance illimitée qu'il avait en moi. J*ai réussi, en imitant sa signature, à vendre ou à hypothéquer de riches domaines, dont j'ai pu de la sorte dévorer à mon aise le produit. Quand mon père agonisait, j'ai, à deux pas de son lit de mort, dérobé son testament, et, à Taide d*un faux, je l'ai remplacé par un autre, où je donnais tout à ma mère, parce que mon influence sur elle me garantissait la jouissance absolue de tout. Les biens que j'ai vendus ou hypothéqués ne m' appartenant pas, ceux qui aujourd'hui croient posséder des titres valables n'ont entre les mains que des chiffons de papier. Le propriétaire légitime de ce qu'ils s'imaginent avoir acquis, c'est Richard, mon frère, héritier de mon père, Palmer Roupell. »

Et en effet c'était à l'appui du droit réclamé par Richard sur un domaine hypothéqué par William que ce dernier venait lire aux juges, épouvantés, la longue liste de ses crimes.

Jamais, depuis qu'il y a des procès dans ce monde, on n'en avait vu un qui fût plus étrange.

Pour que l'avocat de l'acheteur de bonne foi sauvât la fortune de son client, il lui fallait prouver que William Rou* pell n'était pas le faussaire qu'il prétendait être.

Et par contre, il fallait, pour que Richard gagnât son pro*

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ces, que William fournît uoe démonstratiM hîea claire, bien ottiiduaDte, une déaioikstralîoD décide» de son iofaoûe.

Cette déffioosiratioa, WilUam Roupell oui k TéoUir use ardeur passioaAée. U fit preuve d'uoe Mémoire étooaante; il déploya pour se salir des ressources d'esprk el ua (afeat d'ai^uiiiefttatioD extraordÎAaires; il fut d'uoe pnécisioDe{» froyaMe; il ae laissa rien passer; il B*o«iUia rtea; à diaqae déuégatioi^ de l'avoeat adverse, il opposa une preuve : «Ah ! vous préieodez que je ne suis pas un misérable? Eh bien, qu*avez*vous à répondre à ce fait, et à cet autre! et à cet autre ? Ab ! vous niez ? eh bien, je jure ! ... »

Le chitimeftt doAt ee malheureux semblait avoir soif lui fut accordé; et, sans regret visible^ sans émoti(m apparente, H échangea les honneurs de sa position parlementaire contre les horreurs de la servitude pénale, les plaisirs et les triomphes de rbomme du monde contre Topprobre d'une vie de forçât.

Quel motif l'avait conduit à se livrer ainsi à la jnstice ?

Le remords d'avoir dépouillé les siens ï Mais il ne pouvait remettre sa famille en possession des bieas dont il avait frau* duleusement disposé, qu'à la coadition de consommer la ruine de ceux qui avaient traité avec lui. Ce n'était pas réparer ses vols, c'était en déplacer les effets; c'était changer de victimes. Il est vrai ^ue, par là, il arrachait ses proches à la ruine, en ruiasuit des étrangers. Mais ses. pro^bes^ il avait commencé par les tromper, il avait commencé par les voler : sous respire de quel sentiment ou de quelle pensée en étaitil venu, depuis; à vouloir r^arer ses turts envers eux, en appelant sur sa télé un châtiment terriUe, et en courant h l'ignominie? GonuHent un repentir d'une énergie aussi pro-digieuse, un dévouement aussi absolu, avaient-ils pu trouver place dans le cœur d*uA égoïste sans entratil«s?

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