‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 88 sur 186 · NOUVELLES D AMERIQUE COMMENTEES EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

NOUVELLES D AMERIQUE COMMENTEES EN ANGLETERRE

de qui une confiance présomptueuse ne voilait pas la gravité de la situation.

Arrivèrent des nouvelles saisissantes, inattendues. Heade était vainqueur; Lee avait battu en retraite, au moment où il sentait la victoire lui échapper, laissant sur le champ de bataille une montagne de morts et de mourants; Grant tenait enfin cette forteresse de Vicksburg, si longtemps déclarée imprenable; la chute de Port-Hudson était annoncée comme certaine et imminente; l'armée de Bragg, démoralisée, se retirait devant Rosencrantz, abandonnant aux fédéraux Chat-r tanooga et Knoxville, les clefs du pays, et la défection de la Caroline du Nord paraissait inévitable.

La commotion fut immense. Le président Lincoln saisit l'occasion pour appliquer la loi sur le « Draft », votée depuis des mois par le Congrès. Le moment sembla venu où Ton allait pouvoir couper la tête de l'hydre de Lerne.

C'en était fait de la faction des démocrates, s'ils ne tentaient un suprême effort : la levée de trois cent mille hommes, c'était, selon toute apparence, la défaite décisive du Sud, et, le Sud une fois désarmé, les démocrates, comme parti, cessaient d'avoir leur raison d'être. Ils résolurent d'agir sans perdre un instant, et ils comptèrent, pour semer le désordre, sur Télément irlandais.

Le nombre des Irlandais, h New- York, ne s'élève pas à moins de vingt mille. Grâce à cette loi de la naturalisation qui, en Amérique, appelle et absorbe tous les étrangers, ces vingt mille Irlandais ont droit de vote et constituent de la sorte une vraie puissance. Or, leur majorité est l'écume de la population au delà de l'Atlantique, comme elle l'était en deçà. Êtres ignorants, brutaux, superstitieux, la haine du nègre est un des articles de leur Credo ; et cela pour deux raisons : la première, qu'ils craignent, dans les nègres affran-

chis, des concurrents incommodes sur le marché du travail; la seconde, que, se voyant à Tavant-dernier échelon de l'échelle sociale, ib tiennent à avoir au moins une classe audessoits d*eux. Pour les démocrates ou, comme on les appelle en Amérique, pour les Copperheads, c'était une armée toute trouvée que ce ramas d'Irlandais, à moitié sauvages, et, malheureusement, la loi sur la conscription, en permettant aux riches le rachat du service personnel moyennant trois cents dollars, ne fournissait que trop aux instigateurs du désordre le thème dont ils avaient besoin! Quoi! on proclamait chair à canon quiconque n'avait pas trois cents dollars dans sa poche, et cela dans le but de finir une guerre à laquelle les pauvres Irlandais devaient de n'avoir pas à lutter contre la concurrence de quatre millions de niggers t Jugez s'il fut facile de faire sauter la mine.

Le tirage au sort avait commencé le samedi 11 juillet, au milieu d'un calme profond; mais ce calme était celui qui annonce la tempête : elle éclata le surlendemain. On sait le reste; on sait comment les émeutiers prolestèrent contre la loi par l'incendie; par le pillage, par regorgement, regorgement des nègres surtout. Mais ce qu'il importe de bien constater et ce qu'il ne faut pas qu'on oublie, c'est la conduite du gouverneur Seymour, haranguant les assassins, dans la journée du mardi, de sa voix la plus douce, et les appelant ses amt>.

Maintenant que la sédition est étouffée et qu'il n'en reste que le déshonneur, les démocrates voudraient bien faire croire qu'ils n'y étaient pour rien. Mais trop de faits les accusent pour qu'il leur soit possible de se soustraire à cette responsabilité sanglante. NVt-on pas entendu le cri de c Vive Jefferson Davis! i se mêler aux hurlements de l'émeute?

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