UN HOMIIË QU ON APPELAIT HONORABLE
FaUaUril croire que, dans Tuoique but de rendre à sa famille une splatdeur évanouie, il s^était accusé de torts imaginaires, s'était chargé de faux qui n'avaient pas été eomoHs, s*était noirci de toutes sortes de crimes, inventés, enebainés Fun à Tautre, décadrés, et rendus vraisemblables^ avec Fart d*un ronaancter de premier ordre? Même dans ce cas, ce héros de Tamour filial eût été un odieux coquin ; ce frère héroïque eût été un scélérat, puisque son amour filial et son dévouement fraternel auraient consisté k dépouiller des tiers à force de mensonges et de parjures- William Roupell avait-il, à agir comme il Ta fait, quelque intérêt puissant, eonciliable avec la supposition d'une nature profondément égoïste, profondément perverse, et que ren« drait seule impossible à deviner l'ignorance de certains faits qu'il serait nécessaire de eonuaitre? Ou bien sa conduite n'était-elle qu'un chapitre de plus à ajouter à votre mysté* rieuse histoire, ô contradictions du cœur humain? On se perdit en conjectures.
Eh bien, William Roupell vient d*étre ramené sur la scène; et ce second procès, qui a disputé Tattention publique aux affaires de Pologne et aux luttes du nouveau monde, ce second procès ne fait, sur le point à éclaircir, que rendre la nuit plus noire.
Du vivant de son père, William Roupell, ayant besoin de 42,000 liv. st., songea, pour se les procurer, à hypotbéquer denx domaines appartenant au vieiUard, et affermés, l'un k 250 liv. st., l'antre à 70 liv. st. Prêter là-dessus une somme aussi considérable que 12,000 liv. st., personne n'y aurait consenti. Que fit William Roupell? Il substitua d'abord aux baux véritaUes des baux forgés par lui, et daos lesquels il avait élevé les fermages en question dé 250 liv. st. à 500 liv. st., et de 70 liv. st. à 170 liv. Restait à persuader
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aux préteurs que les domaines destinés à garantir le prêt appartenaient bien réellement k Temprunteur. Pour un homme de la trempe de William Roupell, cette difficulté n'en était pas une. Sur le vu d'une lettre, qui était censée venir de son père, que sa sœur écrivit et que lui-même dicta, un solicitor, nommé Witaker, prépara un acte de donation, qui transférait au fils la propriété des biens à hypothéquer, et au bas duquel la signature du père figura. Quelque temps après, le vieillard mourut, et, armé de l'acte de donation, William Roupell obtint de MM. Freeman les 12,000 liv. st. qu'il désirait.
Maintenant, la question est de savoir si la signature apposée au bas de l'acte de donation est véritable, auquel ' cas MM. Freeman ont des titres en règle ; ou bien si elle est fausse, comme William Roupell l'affirme, auquel cas les domaines appartiennent à Richard, h^éritier de Palmer Roupell.
Ainsi s'est reproduite, cette singulière interversion des rôles dont nous avions eu déjà le spectacle. Appelé en qualité de témoin, William Roupell a juré qu'il avait commis un faux, et les intéressés ont dû s'étudier à prouver qu'il était innocent du crime dont il s'accusait. < Je suis un faussaire et non pas un parjure », tel a été le thème développé par le témoin, c Vous êtes un parjure et non pas un faussaire », tel a été le thème développé par la partie adverse.
Pendant ce débat, qui avait lieu à Chelmsford, l'attitude de William Roupell n'a pas été moins inconcevable que tout le reste. Ce n'était plus à coup sûr l'homme brillant d'autrefois; barbe et moustaches étaient tombées sous le rasoir; les mains avaient cessé d'être accoutumées aux gants ; l'élégant millionnaire avait disparu. Mais, sous le poids de sa honte, ce malheureux se tenait aussi droit que jadis; sou
UN HOMME QU ON APPELAIT llONOHABLE STS
visage ne trahissait aucun trouble; la parole ne tremblait pas sur ses lèvres ; c'est avec le calme d'une résolution indomptable qu'il a consommé l'œuvre de son lent suicide. Il y a eu un moment, un seul, où la force Ta abandonné. Quand Sarah, sa sœur, l'a efOeuré, en se rendant au siège des témoins, il s'est évanoui et on a dû l'emporter. Jusqu'alors, la sympathie du public avait été toute pour la partie adverse : en cet instant, elle s'est trouvée comme combattue par un involontaire et rapide mouvement de pitié, que H. Bovil, avocat de MM. Freeman, a prolongé plutôt que refroidi, en concluant de cette scène qu'il devait exister entre le frère et la sœur quelque noir secret.
Une autre scène, émouvante et mystérieuse aussi, a été celle de la belle-sœur du vieux Palmer Roupell, mislress Watts, venant déclarer qu'elle était fière d'avoir des relations de parenté avec William Roupell, malgré ses « mdheurs » et tombant dans une violente attaque de nerfs au moment où elle s'écriait : « Son père avait coutume de dire qu'il serait un jour un grand homme; et c'est ce qu'il est, c'est ce qu'il est.... »
De fait, rien n'a manqué au ténébreux intérêt de cette affaire, pas même l'indistincte, silencieuse et effrayante figure qui, dans certains drames, laisse deviner son action en laissant à peine entrevoir sa présence. Seulement, ce rôle ici a été partagé entre un M. Watts, oncle du témoin, qui n'était point là, et un soliciter, que les deux parties semblent avoir également craint de faire comparaître.
Il s'agissait de vérifier une signature. On a consulté des experts; on a interrogé les témoignages avec anxiété; on les a pesés avec soin : tout a été inutile, la vérité n'est pas sortie de son puits.
On se demande comment il se fait que le solicilor qui pré-
para l'acte de donation n'ait pas eu l'idée, dans ce tempslà, de s'assurer si la signature était valable en allant trouver et en interrogeant le signataire, puisqu'il vivait encore. Oq se demande, en outre, quand on embrasse l'ensemble de» circonstances révélées antériettrement, comment il se fait que "William Roupell ait pu, du vivant de son père, qui était no ^vare et devait avoir l'œil de lynx d'un avare, disposer, au moyen de faux, de tant d'argent, sans que ce dernier en ait jamais eu le moindre soupçon ?
Quoiqu'il en soit, le jury, après une première consultation de trois heures, est venu proclamer l'impossibilité absolue où il était djarriver à une décision quelconque. Invité par le juge à se retirer de nouveau dans la salle de ses délibérations, il y est resté jusqu'au soir, et le résultat a été cette déclaration formelle, que les jurés ne pouvaient tomber d'accord, et qu'il n'y avait aucune chance qu'ils tombassent d'accord, dât-on les tenir enfermés toute la nuit. Il a fallu les renvo^^er. Les choses en sont là.
A l'argent amassé par son père d'une façon sur laquelle les paroles ambiguës d'un témoin ont paru répandre quelques Quages, William Roupell avait dû d être accueilli et fêté dans le monde, d'avoir accès dans Belgravia, d'obtenir les suffrages du quartier de Lambeth, que sais-jc ? Avant qu'il se f&t fait l'historien de sa propre histoire, il avait rang parmi les t honorables ».
NOUVELLES f»'AMÉflIQ€E COMME.NTI^CS EN ANGLETERRE %1%
3 août.
CoBunest les n^iiYelles apportées d'Amérique sont eommentées en Angleterre.
L'émeute qui d^nièrement a ensanglanté New- York a mis en verve pour quelques jours le parti qui, en Angleterre^ déteste le Nord, appuie le Sud et soupire après la séparation comme moyen de rendre à jamais impossible la résurrection de la grande république des États-Unis. « Eh bien, disent-ils d*un air triomphant k ceux du parti contraire, prétendrez-vous encore que c est dans l'intérêt de la race noire que Tétendard de TUnion s'est déployé? Nîerez-vous encore Tayersion profonde ou plutôt Timplacable haine du Nord pour ces pauvres esclaves dont vous avez la naïveté de croire que les fédéraux poursuivent la délivrance, au prix de tant de sacrifices? Le mouvement populaire qui vient d'éclater à New-York, la ville unioniste par excellence , tranche la question. II est clair que le peuple, dans le ,Nord, ne veut pas d'une guerre dirigée par les abolitionnistes, puisqu'il s'arme contre la conscription, dont le but est d'y mettre fin; il est clair que, dans le Nord, le peuple est contre les nègres, puisque c'est surtout du sang des nègres que Téroeute, à New-York, a rougi le paré. »
Une lettre que m'écrit d'Amérique un de mes amis, témoin oculaire des événements, se trouve précisément servir de réponse à cet argument des sudistes. Permettez-moi de
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VOUS donner la substance de cette lettre , où les choses sont présentées sous leur vrai jour par un homme qui est sur les lieux, qui a tout vu et qui est capable de bien apprécier ce qu'il voit.
Lorsqu'il débarqua en Amérique, le 1*'' juillet, l'armée du Sud était campée dans une situation d'où elle menaçait à la fois Washington, Baltimore et Philadelphie. Les fédéraux venaient de passer sous le commandement de Meade, dont nul ne connaissait au juste la capacité comme général en chef et qui avait à faire ses preuves* L'armée du Potomac, si souvent battue, pouvait essuyer une nouvelle défaite, et dans ce Vas, malheur au Nord! car quelle force arrêterait la marche de Lee?
El toutefois, chose étrange ! on eût dit que New-York avait pris son parti de mourir gaiement, s'il fallait mourir. Comme les convives de la citadelle de Thèbes, New-York, la tête couronnée de fleurs, semblait dire : A demain les affaires sérieuses! Le peuple encombrait les théâtres; la ruche active des spéculateurs bourdonnait, plus ardente que jamais, dans Wall-Street.
Le i juillet, anniversaire du grand jour de la déclaration d'indépendance, on put remarquer que, dans la 5® avenue et autour, peu de drapeaux flottaient aux fenêtres. La foule avait envahi les parcs, en apparence absorbée par le plaisir d'entendre la musique. Le soir, dans la ville, des hommes, évidemment poussés par une influence hostile, se mirent à jeter çà et là des pétards, a faire partir des fusées, à tirer des coups de pistolet, qui n'eurent d'autre effet que de blesser des gens inoffensifs. Le visage des démocrates connus rayonnait de joie. Une sombre tristesse régnait parmi les républicains , hommes de sens et de réflexion, aux yeux