‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 91 sur 186 · UNE LETTRE DE LA REINE · texte numérisé non relu

UNE LETTRE DE LA REINE

nationales, la jouissance qu'ils trouvent daas des ^ctaclei? que rbumauté désavoue et dont Ta civilisation rougit.

Sous ce rapport, je le répète, il n'y a rien que de très^ louable dans rinspiralioa qui a iicié la lettre de la reine au maire de Birmingham.

Mais, ainsi que je le disais en commençant, le fait de cette lettre soulève une question grave, non pas précisément de droit constitutionnel, mais de pratique constitutionneUe.

Dans un régime qui repose sur Tirrespoosabilité du pou* voir royal, et qui par^ de cette supposition, artificiellement érigée en principe, que le « roi tie peut mal faire d, n'y a-t-ii aucun inconvénient à laisser la royauté jeter dans la balance de l'opinion publique le poids de son a{^robation ou de sa désapprobation, exprimées d'une manière éclatante et péremptoire?

Et cet inconvénient ne doit^il pas être surtout pris en considération, là où les habitudes aristoci^tiques, la dictature dece qu'on nomme le bon tou, la puissance de reKemj)le donné par les grands, et Tesprit d'imitatioa qui, chez les petits, est entretenue par la vanité, assurent aux idées qui, du trône, descendent dans les salons, des salons dans les boutiques, et des boutiques dans les ateliers, une influence sociale presque irrésistible? Voilà ce que de forts bons esprits se demandent, et le dernier numéro du Spectator contient, à ce sujet, un article très-digne d'être médité. « La reine, dit-il, a été, sans aucun doute, aussi touchée du sort de Mary-Ann Walkley que de celui de M"® Gencive; mais deux lignes de condamnation venant d'elle, et signées sir C, Phipps, auraient irrévocablement ruiné M™^ Elise, et peutêtre changé le cours d'un important commerce. »

Le fait est que l'exercice d'un grand pouvoir doit être jugé, non d'après le bon elTet qui en résulte dans un cas donné,

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mais d*après les conséquences qui en découleraient, s*il cessait d'être guidé par des intentions droites ou une saine appréciation des circonstances. L^abus, qui n*estpas à craindre de la part de la reine actuMe, ne sera-t-il à craindre de la part d'aucun de ses successeurs? Qui le sait? Qui se croit autorisé à en répondre? Les précédents sont choses auxquelles on ue saurait regarder de trop près. La conséquence rigoureuse de Tirresponsabilité serait l'inaction. Pour que, logiquement, le roi ne pût mal faire, il faudrait — étant donnée la nature humaine — que le roi ne fit absolument rien. •

Si donc, dans un régime constitutionnel, le pouvoir royal agit, il importe que ce soit, en tout cas, le moins possible. Or, de quelle puissance d'action la royauté ne serait-elle pas investie, s'il lui était loisible d'user à son gré de son prestige, dans un pays aussi profondément aristocratique et monarchique que l'Angleterre?

Que le danger y ait été entrevu, cela prouve combien on y a de bon sens; et qu'il y ait été signalé, cela prouve combien on y est libre.

7 tout.

Ua ftTertlsaemeBt doBsé aax AnipUds.

J*ai entendu ici maint personnage politique exprimer l'opinion que le pamphlet publié par M. Dentu sous ce titre : r Empereur, la Pologne et V Europe, a été écrit à l'adresse de l'Angleterre, si tant est que ce pamphlet soit, comme on Ta dit, de H. Mocquard.

II est bien vrai que la suscription de la lettre porte .Saint- Pétersbourg et Berlin. Mais c'est au contenu qu'il faut regarder.

En supposant, — et c'est probable , — que Napoléon ne se soucie pas de s'engager seul dans une guerre contre la Russie et tienne à traîner TAngleterre à sa suite, quelle marche aurait-il à tenir pour amener TAngleterre h ses desseins? Il aurait à l'inquiéter de son mieux sur les conséquences de l'isolement armé de la France. Eh bien ! c'est précisément ce que semble avoir eu en vue l'auteur de la brochure en question.

Non pas que Thypothëse de l'isolement armé de la France y suit le sujet mis en lumière. Non; le but poursuivi serait, dans ce cas, trop manifeste; et la menace risquerait de manquer son effet, si elle était directe.

Aussi parie-t-on d'une flotte anglorfranco-suédoise qui pourrait bien un beau jour paraître dans la Baltique, et d'une flotte anglo-franco-italienne qui pourrait bien un beau jour

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paraître dans la mer Noire : toutes choses qui se rapportent à l'idée d'une action commune. Mais attendez ! Pourquoi le roi de Prusse est-il, dans la brochure dont il s'agit, pris si vivement à partie ? Pourquoi lui recommande-t-on de ne pas oublier les leçons de l'histoire, et de ne pas courir, h travers une seconde bataille d'Iéna, au-devant d'une seconde bataille de Friedland? Pourquoi évoque-t-on le souvenir des malheurs terribles que la Prusse s'attira en changeant h son égard la bienveillance de Napoléon P' en colère? Pourquoi ajonte-t-on que la France, une fois son épée hors du fourreau, se croira dans l'obligation de délivrer la Li- Ibuanie comme elle a délivré la Lombardie ? On sait parfaitement aux Tuileries que la grande peur des Anglais est de voir la Prusse mêlée à toute cette affaire, parce que la Prusse appuyant les Rosses en armes, c'est l'aigle impérial déployant ses ailes sur lé Rhin. On sait aussi fort bien aux Tuileries que la régénération de l'ancienne Pologne n'e*l pas du tout ce qui tente l'Angleterre, pour qui les traités de 1815, fidèlement observés, sont la limite extrême de l'intervention. Ainsi donc, rappeler des victoires, des conquêtes, des vengeances, dont on n'ignore pas que Timage fait frémir tes Anglais, n'est-ce pas leur dire : c Si, la guerre éclatant, vous refusez de vous joindre à nous, soit. Mais alors attendez-vous à ce que nous fassions la guerre non pas selon vos visées, mais selon les noires ; non pas comme vous l'entendez, mais comme nous l'entendons. Nous n'avons nul sonci, nous, des traités de 1815, qvenous abhorrons, au contraire, et que nous avons coadineneé à déchirer à coups de baïonnette. Ce qu'il nous faut, c'est la Pologne reconstituée sans égard à ces traités, et de teHe manière qu'il y ait une autre F^rance sur les bords de h Vistule. La Prusse y contredira, nous respéroas bien. Kapeléon V trouva le

UN AVERTISSBIIENT DOKNB AUX ANGLAIS 887

Rhin bon à prendre, il le prit, e( noas nous appelons l'Empire. »

Il serait difficile de mettre d'une façon plus adroite sous les yeux de l'Angleterre les inconvénients immenses que pourrait avoir pour elle l'isolement armé de la France ; il serait difficile de lui suggérer un plus puissant motif d'entrer, l'épée au poing, si c'est nécessaire, dans l'action commune. Est-ce là le but de la brochure? Je le répète, telle est Topinion de gens très-au fait de la stratégie politique.

Ce qui est sûr, c'est que le danger de laisser la France agir seule, en eas de guerre, parait avoir vivement frappé d'importants organes de la presse anglaise. Ce danger, le Morntng Post le signalait hier, dans un article où il reprochait au Times de s'endormir avec une tranquillité béate dans la politique de Fabstention quand miw^. Et cet article ^t d'autant plus à noter, que le Moming Fosi est le journal de lord Palmerston.

Au reste, ce n'est pas d' aujourd'hui qu'on soupçonne le chef du cabinet d'avoir, sur la question polonaise, des idées <lifférentes de celles que lord Russell représente et a exprimées. Pas plus que le second, je crois, le premier ne voudrait d'une guerre avec la Russie; mais si Napoléon, tirant l'épée, en jetait au loin le fourreau, lord Palmerston ne serait peut-être pas aussi disposé que lord Russell à regarder faire, et préférerait à une abstention qui laisserait le champ libre à l'ambition impériale, une alliance armée qui donnerait du moins à l'Angleterre le droit de eontr&ler et de contenir.

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CLxxxin

10 aoAt.

L*aeU»K séparée.

Grâce au télégraphe électrique, le dix-neuvième siècle pourra s'appeler dans l'histoire le siècle des gobemau^ ches.

Que de nouvelles contradictoires avalées jour par jour, heure par heure ! Et quel insatiable besoin ne montre pas la curiosité publique d'être nourrie coûte que coûte, fût-ce par des contes à dormir debout! Grimm nous apprend que le baron d'Holbach, ce grand sceptique, était crédule comme un enfant dans les petites choses, et avide de nouvelles à ce point,^ que cette passion absorbait chez lui toutes les autres. Si Grimm a dit vrai, le digne baron aurait dû s'arranger de façon h vivre dans le siècle où nous sommes : en venaut au monde, il s'est trompé de date.

Il y aurait un plaisant livre à faire de toutes les rumeurs^ diverses auxquelles donne lieu quotidiennement la question polonaise.

Il y a huit jours, un journal français qu'on croit un* habitué des coulisses dans le théâtre où se joue la comédie de l'histoire, affirma pompeusement que les trois puissances intervenantes allaient adresser à la Russie des notes d'un caractère analogue. De son côté, le Mémorial diplomatique assurait que le projet d'une note eoUeclite ei

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