‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 92 sur 186 · L ACTION SEPAREE · texte numérisé non relu

L ACTION SEPAREE

idenltquie avait été adopté. On crut cela vingt-quatre heures duraot.

Le lendemain, changement de scène. II fut semi-officiellement annoncé que TAngleterre ne voulait pas d'une note identiqtie et écrirait au czar avec une encre'prise dans sa propre écritoire. Fort bien. Le surlendemain, ce fut autre diose. Des personnages bien informés nous apprirent qu'on pouvait compter sur les avantages inappréciables de Y action commune. Ce fut nié le jour suivant, puis réaffirmé, puis nié encore.

Aujourd'hui la version dominante, et qui, cette fois, parait être la bonne, est que les tentatives faites par H. Drouyn 4le Lhuys pour établir Y action commune ont abouti à ce qu'on nomme en Angleterre à failure; qne les Anglais désirent parler à la Russie un langage qui soit le leur et non celui 4'autrui, afin de rester libres d'agir à leur guise, c'est-à-dire de ne pas agir; que des notes séparées ont porté à Saint- Pétersbourg la très-encourageante assurance qu'une entente réelle entre les trois pouvoirs n'existait pas, ou existait dans un cercle fort étroit seulement, et enfin que la Russie tient une plume d'une main, et de l'autre une épée.

Mais cette réponse du prince Gortschakoff à M. Drouyn <le Lhuys, que le Journal des Débats annonçait comme l'aurore de la conciliation et de la paix? Encore un plat servi à la crédulité des gobemouches. On l'a enfin cette réponse, dont voici l'aimable conclusion : « Notre tâche serait difficile si la France méconnaissait les nécessités que nous imposent les sentiments nationaux qui se rattachent aux traditions ai aux intérêts vitaux du pays, » ce qui signifie , traduction libre : N'irritez pas outre mesure cet ours que, selon madame de Staël, on est toujours sûr de trouver en grattant un Busse. Il est déjà suffisamment en colère, et il ne dépendrait

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fêb de nous de k retenir. Quant k b cpiestion de savMT qnt serait vainqueur, c'est matière d'opiniou. En fait de traîi-' liofu, nous avons caUe de Moscou mis en flammes, quand les intéréis inUntx du pays l'ont exigé ; et l'incendie, si nous avons bonne mémoire, ne nous a pas mal servis contre Napoléon, qui vous' valait bien. »

Nous voilà donc replongés dans les ténèbres. La Russie le prend de haut. M. Drouyn de Lhuys tient ferme pour la politique de ractioa commune, comme seul moyen de mettre la Russie k la raison. Mais l'Angleterre n'entend pas s'enipager dans l'action commune, ni rAutricbe non plus, parce que ni l'Angleterre ni l'Autriche ne se soucient de tirer du feu des marrons que mangerait la France* Que sortira-t-ii de cet imbroglio ? La carrière est ouverte derechef à toutes sortes de rumeurs et de oontre-rumeurs, de suppositions et de contre-suppositions, jusqu'à ce que le sphinx des Tuileries ait daigné parier, ou, ce qui revient au nnème, jusqu'à ce que la presse semi-officielle française ait parlé à sa

Pendant ce temps, tous les intérêts sont en souffrance,, tous les esprits inquiets ; et les hypothèses d'aujourd'hui ne pouvait convaincre de fausseté les hypothèses d'hier, sauf à itre eUes-mémes convaincues de fausseté par les hypothèses de demain, sans qn'Q en résulte un grand trouble dans les aCures et nn grand malaise.

Ce qui m'âonne, c'est que, dans l'immense bavardage auquel donnent lieu les incertitudes de la stuation, les e^nnces des uns, les craintes des autres, les diances de paix^ ks chances de guerre et le reste, il y ait si peu de pbce ponr cette simple quesliott : « Mais les Polonais, eux, que pensent* ib de rinterveotion des puissances? >

ITest-il pas quelque peu étrange que ceux qui, concernant

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la Pologne, se préoccupent tant de ce qu'on veiit pour dl^ ou contre die, se préoccupent si peu <te ce qu'eÛe-mâme veut ou ne veut pas?

Plusieurs joionaux anglais ont publié un manifeste qu'on dit émané du gouvernement mystérieux qui dirige , en ce moment, les efforts de Tiusurrection. Il porte : « Le gouvernement national restera sourd à toutes les voix qui lui crieront de déposer les armes avant l'accomplissement du but final, la reconstitution de la Pologne dans les limites de 1712. 11 n'y a pas de Polope sans Lidiuanîe et sans les Russies, trinité indivisible. » Qu'imaginer de plus décisif contre l'intervention européenne, en tant qu'elle part des traités de 1815 et qu'elle a pour objet l'acceptation des six points par la Russie? Dans sa dernière réponse à H. Drouyni de Lhuys, le prince Gortschakoff dit : « Si le gouvernement russe ne répudiait pas la mauvaise foi et les voies détour-* nées, il aurait peut-être montré de T habileté en acceptant catégoriquement les six points, y Eh! sans doute; car que serait-il arrivé alors? Que l'acceptation des six points, au lieu d*étre imposée par les puissances intervenantes à la Russie, aurait dû être imposée par elles à la Pologne, de sorte que la' diplomatie se serait trouvée, — position à la fois ridicule et odieuse, — dans la nécessité logique de traiter ses protégés en adversaires et de combattre leurs aspirations vers l'indépendance, après en avoir proclamé solennellement la légitimité !

Que la proclamation sus*mentionnée soit authentique, je n'ai pas qualité pour l'affirmer ; mais ce qui est certain, c'est ({u'elle a été publiée ici comme telle; et ce qui est non moins certain, c'est qu'elle exprime, en tout cas, avec une préci* siou tragicpie les vrais sentiments des Polonais. A cet égard, pas de doute poeâUe. U y a un mois, j'eus à Londres, avec

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un représentant accrédité de Finsurrection polonaise, une conversation dans laquelle mon interlocuteur justifia TaYorsion de ses compatriotes contre toute intervention, diplomatique ou armée, des gouvernements despoliques, par des considérations qui me frappèrent. Depuis, dans le meeting de Saint- James-Hall, le prince Zamoïski s'est exprimé sur le même sujet en termes péremptoires : « Tout ce que nous demandons, a-t-il dit, c'est que l'Europe déclare que la Russie n'a aucun droit sur la Pologne. »

Les Polonais patriotes ne veulent ni rien de plus, ni rien de moins. Ils sentent d'instinct qu'ils n'ont rien de bon à attendre d'une intervention qui coûterait peut-être à leur liberté ce qu'elle rapporterait à leur indépendance.

il août.

. Les Intérêts msses servis par les ssellhitlsiis de la poUaque anglaise.

Tout le monde sait que la diplomatie russe est la première diplomatie du monde.

Ainsi que le fait remarquer un historien moderne, les nobles russes, par cela môme qu'ils n'ont aucune part, — si ce n'est dans la sphère officielle, —7 au maniement de la politique intérieure de leur pays^ dirigent vers la politique étrangère leur attention, leurs préoccupations, leurs efforts.

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