‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 96 sur 186 · LA NOUVELLE DE L ARREST.VTIOX DE XANA SAHIB · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE DE L ARREST.VTIOX DE XANA SAHIB

contre lui la vigilance des Anglais aiguillonnée par la haine ; loin d'être en peine de sa nourriture et de son gîte, il portait avec lui force joyaux et roupies ; loin de s'absorber dans le soin de sauver sa léte, il s'occupait de rassembler les éléments d'une seconde révolte contre « le peuple au visage jaune et à l'esprit étroit. » C'est par des officiers de Bombay qu*il aurait été arrêté dans la capitale même d'Ajmere.

Et, six années durant, il a pu de la sorte parcourir l'Inde, se mettre en rapport, — on Tassure, — avec des princes indiens, organiser un corps de cipayes fugitifs, remuer la cendre des guerres civiles, sans qu'une voix Tait dénoncé, sans qu'un secret, nécessairement connu de tant d'Indous, l'ait trahi !

Se dérober longtemps aux poursuites d'un inexorable ennemi, quand cet ennemi est tout un grand peuple et qu'on est seulement un homme, cela est difficile partout ; mais, ainsi que Vobserve fort Men le Speetatarj cela est particulièrement difficile dans l'Inde, à cause de la mise en œuvre du système des castes. Là, quand il se présente dans un lieu où il n'est point connu, c un indigène ne saurait avoir à manger, à boire, à s'abriter, qu'après avoir subi, de la part d'autres indigènes, un rigoureux examen touchant sa caste, sa naissance, son rang, sa famille, sa résidence habituelle, son droit à porter son nom. » Si donc Nana Sahib est parvenu, depuis la compression du soulèvement des cipayes jusqu'à cette heure, à déjouer toute poursuite, Wen que sa tête fût mise à prix et que jamais bête fauve n'ait été plus vivement traquée par de plus puissants chasseurs, il n'est à ce fait extraordinaire qu'une explication possible. L'ardente sympathie de la population native, voilà ce qui lui a servi de rempart, comme elle sert de rempart, en Iriande, au tenancier qui a tué son landlord, et comme elle servait de rem- T. in. ac

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L'argent ne court-il pas se placer dans l'emprunt indien avec une ardeur que ne découragent ni le chiffre élevé de la prime ni la crainte d'un prochain remboursement? N*a-t-on pas construit, en douze ans, dans ces régions où le génie de l'immensité est un des ennemis à vaincre, 2,S00 milles de chemins de fer, et, dans quelques mois, la distance entre Calcutta et Bombay ne sera-t-elle pas franchie en quatre jours?

Rien de cela n'est à nier. Mais cela n'empêche pas que l'Angleterre, aux Indes, ne soit appuyée en partie sur des baïonnettes, — situation que le prince de Schwartzemberg déclarait impossible, — et, singularité menaçante, sur les baïonnettes d'un peuple qu'elle a vaincu, mais qu'elle ne s'est jamais assimilé.

On ne prétend plus aujourd'hui que le soulèvement épique de 1857 fut le résultat éphémère d'une circonstance purement accidentelle, — de Tidée répandue parmi les cipayes que leurs cartouches avaient été frottées avec une graisse sacrilège et qu'en y touchant ils encouraient l'irréparable malheur d'être déchus de leur caste. Si la révolte fut si terrible, c'est qu'elle eut, quoi qu'on en ait dit, un caractère national ; c'est qu'entre les brahmes, qui, d'après les croyances indiennes, sont sortis de la tête de Dieu ; les chactryas, qui sont sortis de sa poitrine; les veysiahs, qui sont sortis de ses cuisses, et les sudras, qui sont sortis de ses pieds, il y avait de commun, outre le fanatisme de la caste, une haine invétérée à l'égard des étrangers, leurs maîtres, et une haine basée sur de justes griefs.

Voilà ce que l'Angleterre se doit de prendre en sérieuse considération. Elle a des bras, c'est vrai, qui peuvent, pardessus les océans et leurs abimes domptés, atteindre aux extrémités de la terre; et les Indous, s'ils essayaient d'une

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