LA SCIENCE SOCIALE A L ETUDE
jperait la solution de ces vivants problèmes, et là on devait attacher à faire jaillir la lumière d'une discussion appro- »iidie de tous les points obscurs et douteux. Il fut décidé ne TAssociation se diviserait en cinq départements, et qae : direction en serait confiée à lord John Russell pour celui 3 la jurisprudence; à sir John Packington pour celui de îducation ; h l'évéquc de Londres pour celui de la réforalion des criminels ; à lord Stanley pour celui de la salurite publique ; à lord Lyttleton pour celui de Téconomie iciale.
Voilh comment le mouvement prit naissance, et vous oyez à quel rang appartiennent ceux qui furent, dès cette poque, désignés comme propres à le conduire.
Ceci est caractéristique de Taristocratie anglaise, et montre ù gît sa puissance. Loin de s'opposer systématiquement au rogrès, ainsi que notre ancienne noblesse française, qui se mait retranchée dans ses vieux préjugés comme dans un [lâteau fort, raristocratie anglaise épie le progrès de maière à le prendre habilement à son service.
Parmi les questions de nature à préoccuper ou à émouvoir t peuple, on en citerait peu qui ne se trouvent associées h D grand nom. S'agit-il d'ouvrir des écoles aux indigents, 'assainir les quartiers qu'habitent les pauvres, de limiter le "avail des enfants et des femmes dans les manufactures, de énéraliser l'instruction, les noms du comte de Shasftesbury, u comte de Cariisle, du comte Crey, de lord Stanley, de ir John Packington, de lord Brougham, etc., etc., viennent B présenter conmie d'eux-mêmes h la pensée. N'est-ce pas bose saisissante que des personnages ainsi placés sur les auteurs soient amenés à en descendre pour visiter les pro- Mideurs de l'ordre social, une lampe à la main?
Non qu'il faille les supposer avides de la gloire périlleuse
02 LBTTBES SUR l' ANGLETERRE (l862)
qui attend et punit les novateurs. S*il m* est permis de dire toute ma pensée, je soupçonne au fond de la tentative même dont je vous parle l'intention cachée d'opposer ï Tinflueuce de certaines idées qu on redoute une influence rivale se développant avec éclat. Mais qu'importe ? L'essentiel, c'est que les problèmes a résoudre soient, d'une manière ou dune autre, abordés. L'essentiel, c'est que la vérité ne coure risqne, ni d'être étouffée par le silence, ni de rester trop longtemps reléguée dans la nuit. Qu'on allume tous les flambeaux : la vérité se charge du reste. Elle reconnaîtra les siens.
Le gouvernement Impérial et l'Angleterre
au llexiqne.
Les Anglais, à Orizaba, se sont retirés de l'action commune, parce que l'article â de la convention du 3i octobre, qui déterminait le but et réglait les conditions de l'action commune, est conçu en ces termes:
« Les hautes parties contractantes s'engagent h ne rechercher pour elles-mêmes, dans l'emploi des mesures coertilives prévues par la présente convention, aucune acquisi — linn (le territoire ou aucun avan tage particulier, et à n'exercer^ dans les affaires intérieures du Mexique, aucune influence (le nature à porter atteinte au droit de la nation mexicaine de
LE GOUVERNEMENT IMPERIAL ET l'aNGLETERRE AU MEXIQLF 93
dioisir et de constiUier librement la forme de son gouvernemeut. ^
Les Anglais se sont retirés, à Orizaba, de l'action commune, parce que, pour eux, le but de Texpédition au Bfexique, tel qu'il a été défini clairement par la reine d'An- ^eterre dans le discours d'ouverture, était d'obtenir par la . f(H*ce, s'il le fallait, du gouvernement mexicain des réparations jusqu'alors refusées à la diplomatie : rien de moins, nais rien de plus.
Les Anglais se sont retirés, à Orizaba, de l'action commune, parce que, dès le 30 septembre 4861, le comte Russell, dans une très-remarquable dépêche de lui au comte Cowley, exposait dans les termes que voici la pensée de l'Angleterre :
. € En principe, le gouvernement de Sa Majesté est opposé à toute intervention par la force dans les affaires intérieures d'une nation indépendante. Reste à savoir si le Mexique fait exception à la règle générale. Sans doute, eu égard aux maux qu'il s'agit de guérir, on citerait peu de faits d'anarchie intérieure, de sang versé, de meurtre, qui dépassent les atrocités commises au Mexique ; mais, de l'autre côté, il n'est pas de cas où l'intervention étrangère paraisse présenter moins d'espérance de succès {appears so hopeless). Les factions en lutte sont répandues sur un vaste territoire ; elles n'obéissent pas à un chef, à deux ou trois chefs, mais se divisent en petits détachements dont chacun vole, pille et lue pour son propre compte. Il n'y a pas d'armée étrangère qui se puisse flatter d'établir une autorité permanente sur des corps ainsi dispersés. En outre, les troupes espagnoles, qui constituent la force la plus disponible pour Toccupation des forts et positions dont il y aurait à s'emparer, sont un objet de répulsion ou d'appréhension pour Tun des deux
•4 .LBTT1B8 8VB L'AXOJmHttl (lMfe>
part»9ii dhrîfleBt It tontrée. Cda tmàk k qij«to poufoir d*uDe Église dominante ne soit rétabli aree la» et rintolénnce religieuae qui aoeompagnent im povrair ee genre.
€ Pour des motifs opposés, rintervention anglaise tant aossi odieuse au parti de FÉglise. Je puis i^jmrttf k nusens l'alarme universelle qu'exciterait, et aux Élals-Dus et dans les États du Sud, le fait d*ttne interrentioa péenne dans les querelles domestiques d'une répvUi américaine indépendante. Au point de vue d'une poliliq^Mcn purement pratique, et sans qu'il convienne de plier devr — ^ les prétentions extravagantes impliquées par la doctrine Monroë, il ne serait pas sage d'éveiller dans rAmériqoe Nord un seutimeni hostile, à moins d'avoir en vue un d'une importance hors ligne, et qu'on pût raisonnaUeok* se promettre d'atteindre.
c Le gouvernement espagnol est d'avis qu'une beaietnBt contrainte exercée par la Grande-Bretagne, la France at l'Espagne» dans la poursuite de leurs justes rédamatioflA porterait les Mexicains à instituer un gouvemenent ptas capable que celui qui a dernièrement existé de préserver ési rapports de paix et d'amitié avec les puissances étrangers* Si tel devait être Teffet indirect d'opérations navales et militaires, le gouvernement de Sa Majesté s en réjouirait cordialement ; mais il pense qu'on a plus de chance d'atteinAr 4*e résultat en s'étiidiant à observer le respect dû à mw nation indépendante qu'en s'efforçant d'améliorer, à l'ai' d une force étrangère, les institutions intérieures du Me: que (1). »
Voilà ce qu'on lit dans le c Blue Book » relatif
(1) Correspondence rcspecting the affairs of Mexico, p. 91.
G0UVERNB1I£31T IMPERIAL ET l' ANGLETERRE At' MEXIQUE 95
iaires du Mexique, que j'ai sous les yeux, et que je traduis ttéralement.
Et on y lit aussi, dans une dépêche du comte Cowlcy au »iDte Russell, en date du 3 octobre, les explications suiantes, données par M. Tliouvenel à Tambassadeur anglais :
t H. Thouvenel a dit qu'il n'avait pas proposé d'imposer \M d'influencer par la force des armes un arbitrage dans les ïâires intérieures du Mexique. Il avait cru très-probable Lie remploi de la force dans la poursuite du but légiiime que îS gouvernements d'Angleterre et de France ont en vue icouragerait la partie bien disposée (well disposed) du ^uple mexicain, celle qui se sentirait froissée par le jouf,' (quel elle est soumise, à profiter de la circonstance pour couer et mettre quelque chose de mieux h la place (1). » Qu'on rapproche ces paroles de M. Thouvenel du lan- SQ du comte Russell, dans sa dépêche du 30 septembre ^i, et de la rédaction de l'article 2 dans la convention du ^ œtobre, et Ton aura le secret des motifs qui ont mis fin ^'action commune entre le gouvernement français et le ^uvernement britannique. La raison est assez claire, et la ^otrie n'avait en vérité nul besoin d'eu chercher d'autres.
On se demandera peut-être pourquoi le comte Russell, ^chant en quoi ses vues différaient de celles de M. Thouve- Id, ne s'est pas tout d'abord refusé à entrer dans un concert impossible ? 11 est à croire que cela est arrivé par suite l'un malentendu dont la dépêche suivante du comte Cowley lu comte Russell semble donner la clef; elle porte la date lu 10 octobre 1861 :
t J'ai vu M. Thouvenel, cet après-midi, au sujet de la îonvenlion par laquelle il s'agit de régler o l'action com-
(1) IM, p. 05.
96 LETTIIES SUR L*ANGLETBRRE (iSCd)
inune » de In Grande-Bretagne, de la France et de TEspagne, dans Texpédition entreprise contre le Mexique, et je lui ai lu la dépêche de Votre Seigneurie, en date du 5 de ce mois. M. Thouvenel a dit qu'il était prêt à s unir au gouveroement de Sa Majesté (la reine) en signant une convention pour les objets indiqués par Votre Seigneurie. 11 a dit qu*il adhérait entièrement aux principes posés par Votre Seigneurie comme étant ceux qui devaient guider l'action des pouvoirs alliés. M. Thouvenel a répudié, ainsi qu'il l'avait fait dans une précédente occasion, tout désir d'imposer une forme particulière de gouvernement au Mexique. (M. Thouvenel disclaimed, as he had done, on a former occasion ^ any désire io impose any parlicular form of governmeni in Mexico) (1). » '
Le comle Russell crut sans doute, d'après cela, que les tleux gouvernements étaient parvenus à s'entendre sur la question qu'il avait tant h cœur. Toutefois, et pour qu'aucun nuage ne restât sur sa pensée, il répondit au comte Cowley, le 1 2 octobre 1 861 :
« j'ai à notifier à Votre Excellence que le gouvernement de Sa Majesté considère l'engagement de ne pas intervenir par la force dans les affaires intérieures du Mexique comme faisant partie essentielle de la convention. (/ hâve to slate your Excellency that her majestys government considei — an engagement not to interfère by force (â) in the inier — nal affairs of Mexico^ to he an essential part of the Con — vent ion). »
Quant à l'Espagne, ce qui résulte de l'étude du « Blu Book », c'est que son opinion, avant d'Olre acquise à l'An
(1) Correspondence respectivf/ the affairs of Mexico, p. ÎW. (2; Jbid, p. 98.
UVERNEMËNT IMPl^RIAL KT L* ANGLETERRE AU MEXIQUE 07
e, avait flotté entre celle de M. Thouvenel et celle du Russell. A cet é<^ard, tout ce qu*on pourrait dire se eiposé avec cette phraséologie lourde et traînante qui Msele style diplomatique, mais néanmoins d'une façon mment claire, dans une dépêche du 9 octobre 186i, ie par sir Crompton au comte Russell : •' M. Calderon a dit que le gouvernement espagnol ts-disposé à conclure avec l'Angleterre et la France Bvention relative aux objets à lui spécifiés de la part iferaeraent de Sa Majesté (la reine d'Angleterre). Le liement espagnol est d'avis qu'on insère dans la con- 1 un article stipulant que les forces des hautes parties étantes ne seront employées |)our aucun autre obje nr.
Espagne, a remarqué Sun Excellence, n*avait en vue objet de cette espèce ; elle ne clrerchait ni à reconune partie quelconque du Mexique, ni à y rétablir la monarchique, soit en faveur d'un ])rince européen, faveur de toute autre personne. Et elle n'entendait pas ige s'efforcer de mettre à la tête du gouvernement de ibliqueTun ou l'autre des partis en lutte dans ce pays, ivernement espagnol ii'éprouvait donc aucune difil admettre, comme le gouvernement de Sa Maa reine d'Angleterre), qu'il ne fallait tenter aucune ntion armée dans le gouvernement intérieur de •
I seul point sur le([uel on pût discerner une ojnbre de ICC entre les vues de l'Angleterre et celles de l'Es- Stait celui* ci : la gouvernement de Sa Majesté Cathotait d*avis que, considérant la grande influence que cessairement avoir sur l'état intérieur du Mexique le I delà présence des forces combinées de T Angleterre, T. n. 7
98 LETTRES SUR L* ANGLETERRE (l862)
de la France et de l'Espagne, il serait bon de profiter 4e rimpression produite pour exercer une influence morale «iir les partis en lutte, dans le but de les porter à mettre bas les armes et h s'entendre sur la formation d'un goiivememeni propre à offrir quelque garantie aux alliés, en ce qui touche rexérution des engagements du Mexique; une plus grande fidélité h remplir les devoirs internationaux et la cessation des maux auxquels cet infortuné pays a été ex|K)sé pendant si longtemps. Ceci, a ajouté Son Excellence, les trois pouvoirs étaient liés d'honneur h le tenter^ par humanité, par ]>olitique, et peut-être ])Ius encore par humanité que par politique...
« J'ai répondu que je ne doutais pas que le gouvernement <lo Sa Majesté la reine d'Angleterre ne jugeât que le but indiqué ])ar Son Excellence était h la fois conforme à la politique et à l'humnnrté ; et que si, par influence morale, on entendait seulement le conseil donné au gouvernement mexicain de s'abstenir de dissensions intestines, le gouvernement de Sa Majesté n hésiterait pas, j'en étais convaincu, l\ faire, conjointement avec la France et l'Espagne, ce qui avait fait tout seul en plus d'une occasion; mais que, si 1^îTouvemement espagnol avait intention d'aller plus loin j'avais peine à comprendre comment il serait possible d'ame — ner un changement réel dans l'étal des choses au Mexique^ sans recourir à la force, et sans employer l'influence des puissances intervenantes en faveur de l'une ou «le l'autre des factions adverses. J'ai ajouté qu'il me paraissait évident qu l'objet en vue, s'il y avait possibilité de l'atteindre, ne pou — vait être, en tous cas, que l'ouvrage du temps; de sort^ qu'on ne devait pas s'attendre à le voir se réaliser dans une ]>ériode déterminée. J'ai demandé, en conséquence, si le gouvernement espagnol se proposait d'occuper les ports mexi-