‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 103 sur 169 · GOUVERNEMENT IMPERIAL ET L ANGLETERRE AU MEXIQUE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT IMPERIAL ET L ANGLETERRE AU MEXIQUE

is jusqu'à rétablissement d'un gouvernement tel qu'il ivsdt le désirer.

f M.Calderou a répondu que non ; que Toccupation espa- \\e ne durerait que le temps nécessaire pour obtenir et "éparation des griefs dont avaient à se plaindre les sujets l'Espagne, et aussi la satisfaction à laquelle l'Espagne titdroit* par suite d'actes où sa dignité était engagée; et, 5, s'il était possible, le séjour des Espagnols, soldats et lelots, ne se prolongerait pas au delà de Tépoque où le cat rendrait cette prolongation dangereuse à leur santé et eor sûreté (1). »

Telles sont les pièces du procès. Je ne multiplierai pas extraits : ce qui précède suffit.

Les Anglais, au surplus, ne me paraissent pas s'irriter lucoup de l'expédition française au Mexique, non ; ils n'ont » grand'peine h en prendre leur parti, convaincus qu'ils it que les suites ne peuvent qu'en être funestes pour nous.

Times a exprimé à cet égard la pensée publique, quand nous a crié dernièrement : « Allez, messieurs, ne vous nez pas ; ceci, après tout, est votre affaire, et, s'il vous

cuit, il n'y aura pas eu de notre faute. »

La question, en effet, n'est pas de savoir si nous enfleus la liste de nos succès militaires; si notre incomparable anée se montrera, une fois de plus, telle que le monde Ta leeu Crimée et en Italie ; si elle poussera tout devant elle ; elle entrera triomphante à Mexico : qui donc aurait jamais 1 mettre ces choses en doute ! Mais après? Est-il sûr que l'opinion des peuples, concernant le méte d'une telle entreprise, sera celle du gouvernement fran-

(I) Correapondence respecting the affairs of Mexico, p. 99-100.

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des peuples du nouveau inonde : tout cela est parfaitemeik. du goût des Anglais, et ils ne peuvent que nous être re connaissants de la peine que nous prenons pour conduit les destinées de la terre.

Ainsi parle le Tintes^ ou peu s'en faut.

Il est vrai qu'il lui est arrivé de commettre de singulier inadvertances.

Il dit^ par exemple, dans son numéro du 21 mai : « Mexique, la France peut faire beaucoup de bien, avec i^< de chance de faire du mal à qui ([ue ce soit, si ce n*e&^ J elle-même {except to herself). » Except io herself, voi.Ii des mots qui, si je ne me trompe, valent leur pesant d'os-.

Je lis en outre, dans un autre numéro, celui du 27 mai, i propos des révélations du procès-verbal de la tonférenc^r^ d'Orizaba, le passage on ne peut plus caractéristique que voici :

« Nous savons maintenant l'origine de toute l'affaire. L-^ monarchie, avec l'archiduc autrichien pour roi, était Yiàée de certains réfugiés mexicains, membres du parti réactionnaire ou ecclésiastique au Mexique, et parlisans de Marquez et autres coquins {other ruffians), dont les méfaits ont été parmi les principales causes de notre intervention. Si Ferdînand-Maximilien va au Mexique, il trouvera ses amis l<^ plus actifs parmi les hommes qui ont fusillé, torturé, volé, jusqu'à ce qu'enfin l'Europe ait perdu patience (l).»

Serait-ce d'aventure pour que la France, guidée par le général Almonte, figure aux yeux du monde en si bonne compagnie que le Times brûle de nous voir maîtres de Mexico ?

(Il Tiines du 27 mai 186-2.

: GOUVERNEMEiXT IMPÉRIAL ET L* ANGLETERRE AU MEXIQUE 101

dsque décisifs. C*estle nouveau monde criant à l'ancien Qde : « Prenez-y garde ! Si vous prétendez vous mêler de » affaires, nous nous mêlerons des vôtres ! » Il quelles complications tout ceci ne peut-il pas donner ssance? et quelle source d'embarras pour l'avenir ! L'Es- ;iie, qui était abhorrée par les Mexicains sans nul doute, usant de douceur à leur égard prépare les voies à une idnciliation dont nous risquons, en tenant une conduite itraire, d'avoir tôt ou tard à payer les frais. Dussions-^ous idre service aux Mexicains en leur donnant des maîtres, en les leur donnant à grands coups d'épée, un cadeau de tta espèce est de ceux qu'un peuple ne pardonne jamais h autre peuple.

C*est ce que comprend à merveille, en Angleterre, quiique est jaloux de la France, et c'est pourquoi on y est B aise, au fond, de la savoir embarquée seule dans cette ^édition lointaine.

Sspérons, puisque rien ne semble encore tout à fait idé, espérons qu'il n'est pas dans l'intention du gouverlent français de demander au Mexique autre chose que la e réparation de nos griefs.

iLUssi bien, pourquoi, si cette réparation est obtenue, le vernement de Juarez serait-il renversé? Ne représentepas, ce gouvernement, les idées de liberté et de progrès? •t-il pas arboré sur son drapeau ces principes de 89 s l'invocation desquels se place le pouvoir impérial en nce? N'est-ce pas de notre révolution de 1789 qu'il a PTunlé la sécularisation des biens de l'Église ? '1 est très-vrai qu'au Mexique, depuis longtemps, le urtre et la rapine se sont donné carrière ; que les étrans résidant au Mexique n'y ont pas joui d'une sécurité usante ; que ceux d'entre eux dont le gouvernement mexi-

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ca» était Mbiteur ■'ont été juqiirkt payé* ^a ■e Fiot pas été; qa'en pins d*iiie oenÛM le amMm del des agents étnngers n'a pas été respecté: ai qfikii règne an Mexique on grand désordre.

Mais, entre que le Mexique en est enenre h traverser ks heures toujours eritiqnes de renfantement, et qu'9 Inytte de remarquer, c*est que les brigandages dont on pnvle tant, ont été commis précisément par la fiietion opposée an fouvemement de Juarez; c'est que les toIs^ les i^^tiono en grand, les assassinats, qui ont fait aree raison la matièie de tant de plaintes, ne sont en aucune sorte imputables an vemement actuel ; c*est que Tanarebie qui désole le est justement Tœuvre de la faction qui, sous le « cburch-party, » j agite Tétendard de ta superstition et di^ fanatisme.

le TOUS donnerai de ced, dans une prochaine lettre, preuves officielles et diplomatiques.

H Jdo.

Vous avez mis sous les yeux de vos lecteurs le pr verbal de la conférence tenue h Orizaba le 9 avril 19 janaîs document diplomatique put se passer de cor taires, c'est celui-là. le n*en parle donc que pour ve

3IÈX3 SUJET 103

emarqiier jisqu*à quel point it confirme ks appréeialions cntenaes dans ma dernière lettre. Hsis il est nne cbose ur laquelle il importe d'appeler Tattention . du publie en •'rance.

Il y a quelques jours, le Times déclarait que TAnglelerre oyst avec le plus, grand calme se défouler les phases de lotre in(er>'ention au Mexique : hier, le leading journal îoufnal dirigeant), comme on l'appelle ici, allait beaucoup àm lob : non-seulement il donnait son visa volontiers à 'expédition française, mais il nous encourageait, il nous MKsait, il nous pressait. Il voudrait pouvoir déjà saluer loire drapeau flottant victorieux sur la ville de Montezuraa.

Sî vif est son désir de nous voir iastallés au delà des mers, i grande est sa crainte qu'il ne nous vienne quelque doute iur la justice de notre cause, qu'au mépris des affîrmatioujs lent fois répétées de l'Angleterre, et quoiqu'il ait devant lui es dépêches de lord Russeil et le procès-verbal de la confé* ence d'Orizaba, le Times insinue qu'en effet le renverseoent du gouvernement de Juarez et une intervention poliique d'un caractère bien marqué, d'une nature bien décisive, loivent avoir été, dès l'abord, dans la pensée des trois ;oavern£ments. En d'autres termes, le Times s'étudie à ions alléger, de son mieux, le poids des scrupules qui HHirraient gêner ou ralentir notre action, tant il est impaient d'avoir à nous féliciter de notre triomphe!

Au fait, pourquoi pas? Les Anglais redouter Tngranlîssement de la France ! allons donc l Cela était bon du emps de Napoléon I^ ou du temps de Louis-Philippe ; mais aujourd'hui, en Tan de grâce 1863? Non, non. Que la France s'étende tout à son aise; quelle passe les mers; ({u'elle décide souverainement de la fortune des empires; qu'elle fasse tenir dans le creux de sa puissante main la vie

l'oiir amener siri^n. \\\Ke a laire, en laveur vernemcnt de Juarez, une déclaration aussi père aussi solenncite, il a fallu rirrésistible force de Tévi la connaissance, acquise par un séjour prolongé, fable état des choses au Mexique. Car les premières sions de sir Ch. Wyke étaient loin d'être celles que les lignes que je viens de citer. Il est clair que le d a été conduit par rcxpérience à modifier complélei premier point de vue, et qu'une étude plus attenli situation Ta éclairé sur les dangers d'une révolulioi fit de Marquez et des siens.

Ceci j)osé, voyons ce que nous apprend le Lir « Blue Book. »

La première dépêche est datée du 30 mars 1» porte la signature de lord John Russell, et contient • tructions que, comme ministre des affaires étrani donne à sir Ch. Wyke, chargé d'aller représenter terre à Mexico. Les passages suivants vous donne idée de l'esprit dans lequel ces instructions fnre! gées :

« La politique dir goiiyernement britannique à !*< içouvemement de Mexico est une politique de non-ii tion. Ce que le gouvernement britannique désire, voir le Mexique Hbre, indépendant, capable de ré{

VÉME SUJET 107

parti dans les questions politiques qui peuvent surgir entre les partis en lutte.

« Un ministre anglais ne saurait sans inconvénient intervenir dans des choses de ce genre. — Une fois à Mexico, voas devez, tout d'abord, porter votre attention sur la question des réclamations de l'Angleterre. — Si vous éprouver te la résistance, vous préviendrez le gouvernement mexi- <^ÎB que vous êtes autorisé, en cas de nécessité, à employer 1* force. Quant au temps h accorder au gouvernement mexi- ^n, le gouvernement de Sa Majesté (la reine dAngleterre) n'ignore pas qu'un certain degré d'indulgence peut être nécessaire. Les troubles qui ont, pendant tant d'années, <iésolé la république, ont eu pour résultat naturel de Tap- P^iivrir, et le gouvernement constitutionnel a dû, conséqoemuient, trouver difficile de pourvoir aux besoins immédiats de Tadministration civile, et de satisfaire aux réclamante des créanciers étrangers.

^ « Toutefois, vous aurez soin qu'on ne prenne pas pour de ' nidifférenee la tolérance momentanée dont vous |>ouvez . ^® preuve en pressant la liquidation des créances britan- Bt^iU». — Vous connaissez trop bien le caractère espagnol P^Ur que j'aie besoin de vous dire quelle est fa meilleure *Hon d'agir avec les personnes auxquelles vous allez avoir ^^tre. Un langage modéré, une conduite pleine d'égards, ^^^^ ce qui influence les Espagnols : si l'on cherche à les •■tiowder, à les contraindre, ils vous résistent et vous dé- ■••t. — Vous vous efforcerez de vivre en bonne intelligence *^^c les représentants des puissances étrangères aarédités *P^è8 delà république. Va«is ne perdrez jamais de vue que ^ gouvernement de Sa Majesté ne tend k conquérir une in- Quence politique exclusive ni à Mexico, ni dans aucune ^^tre partie du monde, et qu'il n'est pas d'avantage com-

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iiiercial qu'il ne soit prêt k partager avec toutes les nat (le la terre (1). »

Quel sage et noble langage ! Lord John Kussell rec mande la fermeté, mais il la veutennoblie par la modérât Créancier généreux, il insiste sur la nécessité de I compte des embarras du débiteur. Parlant au nom des forts, il semble redouter un recours trop hâtif aux proe de la force, il écarte l'idée d'une intervention qui change entièrement la nature des réclamations qu'il est en c d'adresser, risquerait d'élargir les plaies qu'il est ques de cicatriser, et compromettrait TAngleterrc dans des ({ relies qui ne la regardent pas.

Environ quinze jours après l'envoi de ces instruetioi sir Ch. Wyke, et au moment où ce dernier arrivait à Hei en qualité d'envoyé extraordinaire et de ministre pléni tentiaire, M. Hathew, qu'il venait remplacer, adressa lord John Russell une dépèche où l'état des choses au Mex était décrit en ces termes :

« La situation n'a guère changé pendant ces deux i niers mois. Senor Mata a succédé comme ministre finances à senor Prieto... La mort de senor Lerdo de Fej le plus habile, sinon le seul habile tinancier de la républi est une perte qu'on a vivement ressentie dans la crise luelle... Senor Fuente, jurisconsulte de quelque réputai a quitté Mexico par le dernier paquebot, avec une miî pour Paris, et probablement pour l'Espagne. Une chc retardé son départ : la difliculté de se procurer la f; somme nécessaire pour subvenir aux dépenses du voyage

a C'est à cet extrême dénûment qu'il faut attribuer W lence prolongée et l'accroissement des corps de guéi

(!) Correspondence respectiug thc affairs of Aleocico, p. 1-4.

coinmaDdés par les Espagnols Cobos et Vic^rio, et par Tinfâme Marquez, qui poursuit le cours de ses assassinats et de ses rapines. Deux misérables tentatives ont été faites pour créer du trouble dans la capitale : elles ont été découvertes 6t réprimées à temps. Â part cela, la tranquillité publique n*a pas été troublée, et, quelque défectueux, quelque faible ^e puû^se être le gouvernement d'aujourd'hui, ceux qui ont sous les yeux les meurtres, les actes atroces, les brigandages, commis presque journellement sous le gouvernement du général Miramon et de ses conseillers senor Diaz et le S^Déral Marquez, ceux-là ne peuvent qu'apprécier le règne de la loi et de la justice. Les étrangers, surtout ceux qui ont souffert si cruellement sous le pouvoir arbitraire de Miramon, et par suite de la haine, de l'intolérance, qui, h leur égard, <^Qstituent un des dogmes du parti de l'Église à Mexico, ne auraient s'empêcher de faire une distinction profonde entre le passé et le présent.

« Le président Juarez, quoique dénué de Ténergie que réclame la crise actuelle, est un homme droit et bien intentionné (an upright and well intentioned man)^ excellent dans tous les rapports privés de la vie. Mais ce seul fait qu'il ^ Indien Texpose à l'hostilité et aux railleries de ce qui est l'écume de la société espagnole, et aussi h l'hostilité de ceux de sang mêlé, lesquels prétendent, fort grotesquement, V'îls occupent la plus haute position sociale à Mexico.

• J'ai déjà fait connaître à Votre Seigneurie mon opinion ^r ce qui prête aux objections dans la nature de la Consti- Iptiou fédérale aujourd'hui en vigueur {my opinion of the ^V^ctionahle nalure of the fédéral Comtilution now in force) ^ et je n'ai pas cache les craintes que m'inspirent, '^iativeraent au maintien de la paix dans le Mexique, l'ab- ^^co totale de patriotisme chez les hautes classes, et la

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démoralisation, l'insomnie morale {restltssness) ^ qu'a {i^endrées chez toutes un étal prolongé de guerre cÎTOe. assure que le désir dun changement existe déjà dans ce taines régions, et l'idée d'élire un dictateur militaire a mise en avant; mais â peine est -il besoin d'observer cela ne servirait ni à pallier les maux présents, ni à préveo ^^ les dangers futurs.

<c Le général Santa-Ânna était l'homme le plus capa de cette catégorie que le Mexique ait produit, et l'on ne sai rait nier les bons effets momentanés de son énergique ca tère; mais une saine appréciation de la justice, des d sociaux, de la prospérité fondée sur la paix: voilà ce que forte main du pouvoir arbitraire ne saurait créer. L' du Mexique repose sur le maintien de la paix. La li civile et la liberté religieuse ont été assises sur une lai base ; la paix est la seule chose requise pour ie développa — ment des principes constitutionnels et les progrès inlelle^î— tuels du peuple. Mais voyant, comme je fais, tant d'éléments à la fois indigènes et étrangers occupés à troubler le prescrit ordre des choses, je ne puis que nourrir cette conviction z « le gouvernement actuel, ou les principes actuels de gouvernement, ne sont pas soutenus de quelque manière onverCe' ment par l'Angleterre et les États-Unis, soit au movend'unc alliance protectrice, soit au moyen d'une déclaration qu'aucun mouvement révolutionnaire ne sera permis dans aucun des ports situés sur Tun et Taulre océans, de nouvelles et déplorables convulsions affligeront ce malheureux pays, an grand dommage des intérêts britanniques, au grand détri" ment du commerce et à la honte de l'humanité. »

Il importe maintenant do savoir en quoi consistaient 1^^ griefs de l'Angleterre à l'égard dif gouvernement nteMcain.

MÈNE SLJKT 111

13 juin.

Même sojet.

L«OTsqu*il y â trois ou quatre ans, le parti connu sous aom de « parti de ]*Église » était maître à Mexico, il ivit sursoit drapeau, il adopta pour cri de guerre : « Mort ^ étrangers !» Et les faits ne tardèrent pas à prouver que n^était point là une menace vaine. Un consul anglais et coDsul français furent odieusenoent assassines; cinttile-trois personnes furent saisies et massacrées; il se aiait des horreurs. Forcé de quitter la capitale, M. Ma- W, chargé d'affaires de la Grande-Bretagne, avait laissé is une chambre de la légation, qu*il crut suffisamment ^tégée par Tapposition de sou sceau sur la porte, une nme de 660,000 dollars appartenant à des citoyens anus : le sceau fut insolemment brisé, la porte fut enfoncée, lomme fut enlevée.

A cette époque, le gouvernement constitutionnel, celui B représentait et que représente encore Juarez, était établi '^^era-Cruz : il n'hésita pas à conclure avec le capitaine mlop une convention par laquelle il s'engageait, une fois >^ en pleine possession du pouvoir, h payer tout ce qui citait être dû aux Anglais résidant au Mexique, et à ^cter à ce payement le produit des douanes de Vera-Cruz ^c Tampico.

^^ parti constitutionnel triompha, mais le parti vaincu

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ne Tétait pas à ce point qu'il ne lui fût possible de troiibleri de désoler, d'ensanglanter le pays. Au sein de ce gmn^ désordre, il arriva qu'une somme d'argent considénbl^t dont une portion était la propriété de citoyens anglais i ayant été dirigée vers la côte sous la protection d'un conwîi le convoi fui attaqué et Targent enlevé par le général Dep»V" lado, lequel était au service des autorités constituées. IHS& représentations lui furent adressées par M. Glennie, cons^sal a Mexico, et il y eut restitution d'une partie de Farg^^i^ saisi; mais réparation plus ample était naturellement ft.^' tendue et exigée (1).

Voilh ce que le gouvernement anglais avait à dire, ^i voici ce que le gouvernement de Juarez répondait :

< Il est trop vrai que des meurtres abonnnables ont été commis; mais par qui l'ont-ils été? Est-ce par nous, hommes du parti libéral? Non ; les coupables, ce sont précisément nos ennemis. Lorsque, le H avril 1859, le docteur Duvai, médecin anglais, fut arrêté à Tacubaya et fusillé, en violation de toutes les lois divines et humaines, quel était le parti qui venait de s'emparer de Tacubaya et y commandait? Le pnrii de l'Église. Et par qui fut donné Tordre barbare ?Ptr le farouche héros de ce parti, le général Marquez. C'est ce même Marquez qui, se voyant refuser par M. Newal mo somme d'argent que ce dernier avait en dépôt, s'écria, dans un accès de rage : <r Qu'on traîne cet homme aux Capil!^ (place assignée aux criminels qu'on va exécuter), et qttc (leniain, avant six heures, on le fusille; » ce quiauraiieu lien si des amis de la victime n*étaient parvenus à désanncr In cru.'iiité de Marquez en satisfaisant sa rapacité. Qn'on

(l) (orrespnndcnce re^tpectiny thc a/fairs of Mexico. Passim, Ùùp^^ voir aiiïsi les débats qui eurent lieu, sur la question du Mexique, (UB* ■* séance du 10 mars 18()2.

sttc les yeux sur le sombre journal des violences dont DM. Pitnaan, Davis, Whitehead, Jools, George Selly et ant d'autres ont eu à souffrir, on se heurtera partout et oujoursà ces uoms funestes : Miramon, Marquez, Zuloaga! *ar quelle fatalité sommes-nous appelés à rendre compte au Qonde civilisé de leui-s meurtres et de leurs rapines, nous eurs adversaires déclarés? Le vol commis dans la légation iritannique fut leur œuvre. Qu'on nous demande de rendre « qu*ils ont volé, aujourd'hui que le pouvoir est entre nos nains, soit ; mais du moins qu'on ait l'équité de nous épargner une flétrissure que nos ennemis seuls ont méritée. Ce Itti peut légitimement nous être imputé à nous, et ce dont nous nous reconnaissons responsables, c'est la saisie d'espèces opérée par Degollado. Aussi sommes-nous prêts à tous les ucrificcs pour expier ce tort d'un des nôtres et le réparer. Be notre bonne volonté n'a-t-on pas un gage dans notre conduite à l'égard de la veuve du docteur Duval, à laquelle MUS n'avons pas hésité à offrir, comme indemnité, une valonr de 25,000 dollars à prendre sur le domaine national ? Nous savons que c'est à ceux qui ont le pouvoir qu'il appar- ^•t d'indemniser les étrangers des maux dont une anarchie Prolongée est la source, si le* gouvernement se trouve imr F'^ssant à la réprimer; mais qu'on nous laisse donc respirer '"'^peu; qu'on n'ajoute pas, par des exigences trop pres- ^^^tes, inexorables, aux embarras d'une situation déjà si "'''ficile. Nous avons a défendre la liberté contre un parti P®**r qui l'anarchie la plus sanglante n'est qu'une route vers ^éiabiissement de la tyrannie. Nous avons à tenir télé au ^^tisme religieux armé de poignards. Nous avons à pré- ^■"Ver Tordre avec des finances délabrées; à réorganiser ^dnainistration qui est en ruines ; à fermer enfin Tinimense ^^^ qu'une longue guerre civile a ouverte aux flancs du T. n. s

114 LETTRES SUR L* ANGLETERRE (l862)

Mexique : qu'on ne nous rende pas impossible, en nous prenant à la gorge, une besogne où sont engagés tant d*inténél» qui doivent être chers aux amis de la civilisation et de Tbumanité (1). »

. Tel était Tétat de la question, lorsque sir C. Leoso^t Wykc fut envoyé au Mexique en qualité de minisire plési^ potenliaire. Dès ce moment, tout est changé dans les rà^^ tions des deux i>ays. Autant M. Mathew s'est montré biec»^ veillant et modéré, autant sir C. Lennox Wyke va se montr^^ intraitable.

Arrivé à 3Iexico le 9 mai 1861, il n*a pas été quinze jooiC^ au Mexique que son hostilité au gouvernement de Juar^^s se fait jour. Parlant d'une conversation qu'il vient d'avi^Sr avec le ministre mexicain, don Guzman, il écrit à lord Jol Russell. « Je vais bientôt mettre sa sincérité à Tépreuve (i). Puis il reproche au gouvernement sa lutine aveugle pour parti de TÉglise. L'homme que M. Mathew appelait Fti fâme Marquez n'est plus pour C. Lennox Wyke que 1^ fameux (nolorious) (3) Marquez; et peu s'en faut qa^il n'admire le génie du twtorious Marquez et ses manœuvras militaires, qu'il qualifie de maslerly (4). Ce qui parait siiï"— tQut ranimer contre le gouvernement de Juarez, c'est (|ue gouvernement lui fait l'effet d'être ultra-libéral (5), et il pardonne pas au Congrès de passer sou temps h discuter clc

prétendues théories de gouvernement reposant sur principes ultra-libéraux. »

(i) Voyez dans la Corr^sponfrt^c^ relative aux affaires dn Mexiq la coiTcspontiance de Manuel de Zamacona avec l*envoyé britanoiq*'^ « page 3i) ut suivantes ; et, pour ce qui est des autcuri de la plupart attentats commis, un exirait du Mexican extraordinary^ pagrsSS-î^-

(2) Correspondcnce respccting Uieaffairs of Mexico^ page 11.

(3) Ibid., page 13.

(t^ De main de maiti'e. Ihid., page 29. [b^ Ibid., page .

Qu'attendre d'un horame ainsi disposé? Sa correspondance avec le ministre mexicain est sous mes yeux : rien de plus impérieux, rien de plus dur; pas un mot sous Ictpiel ne gronde une menace, sir C. Lennox Wyke sait fort bien que les finances du Mexique sont dans un état d'épuisement absolu; il Tignore si peu, qu'en mandant ii lord John Kussell comme quoi la tête de Marquez a été mise à prix par le Congrès pour une somme de 10,000 dollars, il dit sur un ton ricaneur : « Il y a peu d'apparence que cet arjrent soit féclamé, circonstance, du reste, heureuse pour le Congrès; cap pareille somme, aujourd'hui, ne se trouverait pas dans K trésor national ?» El c'est à un gouvernenienl dont il ^ril lui-même de la sorte l'extrême pénurie, qu'il adresse, ^te son arrivée, des sommati(ms à bref délai , dont Shylok >* aurait pas désavoué le style, et qui rappellent les mots ^lèbres : c La livre de chair (|ue je réclame de cet homme, je l'ai payée d'un haut prix : elle nrapparlient. Je veux mtui ^*^- » Il lui faut les 660,000 dollars que les rebelles ont ^'^l^vés de la maison de la légation britannique. Vainement ^^uv Guzman lui fail-il observer qu«' les coupables sonl sous •* iiiaîn de la justice; (pie leurs propriétés |)arliouli{îres ^^îvcnt répondre du remboursement des sommes dont ils se f^^t indûment emparés, et que, si ces propriétés se trouvent "^Suffisantes, le Trésor fournira le surplus (1) : sir C. Lennox ^ yke n'est pas homme h se contenter de si peu : (pie "^* importe par qui le vol a été commis? Il a été coiumis, ^^la suffit. Le loup disait à l'agneau : « Si ce n'est toi, c'est ^**Uc Ion frère ; » ici, on dit au gouvernement mexicain : * Si ce n'est tiu, c'est donc ton ennemi. » Et en effet, dans ^ dépêche du 24 juin 1861, sir Ch. Wyke lui-même •'îrit à

<•) /6i(i., page li.

116 LETTIŒS SUK L AXGLETF.UIŒ (lJS62)

lord John Russell, à propos de celte affaire : « J'ai dît aiu senor Guzman que j'avais tout simplement ;i insister sur l»^ reslitution de l'argent volé, sans m'inquiéter le moins ài^ monde des m<»yens par lesquels on peut se le pn»curer (1).

La correspondance du ministre plénipotentiaire anglar avec le ministre mexicain n*est pas moins remarquable, ce cjui touche l'enlèvement des espèces sous convoi, imp table au général Degollado. Dans une lettre qiril adrei sur c^ point îi sir Ch. Wyke, senor Guzman, après avoir m taté, comme une cliose connue de t<»ut le monde et biei connue de sir Ch. VVyke lui-même, que le Trésor est zmvx abois, s'exprime en ces termes :

« Le gouvernement reconnaît les justes droits des créanciers, et il est bien résolu à s*imposer, pour les satisfaire, t<iiLs les sacrifices possibles. Il a à sa disposition des couvents et d'autres propriétés qui ont de la valeur; il les offre va créanciers ; il leur offre même le Palais National : ils peuvent faire leur choix, et ce qu'ils auront choisi leur sera délivré à un prix convenu et équitable. De plus, le gouvernement s'engage à accepter leurs créances pour argent comptant, soit dans racquiltement des impôts, soit dans toute autre circonstance liée à leurs rapports avec lui (2). »

(Jue pouvait faire de plus un débiteur obéré? C'était Antonio découvrant sa poitrine pour qu'on y taillât une livre de chair.

Non ([ue je prétende donner cette comparaison comme tout à fait exacte, ou mettre en doute le moins du monde les bonnes intentions de sirCh. Wyke. Je suis très-disposé à admettre que, s'il crut devoir être si pressant, si ioflexible.

(-J) Ibid., page 28.

Sment parce qu*il s'agissait d*unc question qui en aucune sorte personnelle. Représentant d'inlient, non les siens propres, mais ceux de ses i, il ne pouvait être aussi facile en ce qui les qu'il l'aurait été sans doute s*il ne se fût agi que le. Tout ceci, je le crois volontiers; mais il n'en lins vrai que sa conduite h Tégard du gouverne- UGaiu témoigne d'un excès de rigueur qui a été icoup dans les complications dont nous sommes lui témoins. SU eût mieux saisi l'esprit des sages lias dans lesquelles lord John Russell lui disait 'ciertain degré d'indulgence pouvait être nécessaire of indulgence may be necessary)^ » il est proie les choses auraient pris un autre tour. Au lieu de correspondance nous le montre se plaisant à voir }[ noir, toujours prêt à imputer à la mauvaise foi les manifestes de Timpuissance, ne parlant que de rel^aux moyens coërcitifs, excitant lord John Russell m rapports sombres, et finissant par lui souffler ses

décret rendu le 17 juillet 1861, décret qui proclamait Ddu pendant Fespace de deux années le payement de i était dû aux Anglais porteurs d'obligations, et, en ai^ à tous ceux qui étaient intéressés dans les convendîplomatiques, fut la goutte d'eau qui fit déborder le

Ch. Wyke est informé de l'existence de ce décret par fk publique , et aussitôt il écrit à senor Manuel de eona, qui était alors à la tête du gouvernement : « il ; que le Congrès a jugé h propos de faire cadeau de la iété d'autrui au gouvernement de la république... Juste que j'apprenne de vous le contraire, je suis obligé

118 LETTRES SUR L ANGLETERRE (l862)

(le regarder cette nouvelle comme fausse ; car je ne puis croire ([u'ud gouvernement qui se respecte en vienne à sanctionner une aussi flagrante violation des engagements sacrés qui le lient h Tégard des autres peuples (1). »

Quelque dur que fût ce langage, il n'aurait rien eu d'excessif, si le décret de suspension eût été, de la part du Congrès, un acte libre et volontaire ; si le Congrès n'eût pas obéi, en le rendant, à la plus inflexible des lois : la nécessité, et s'il eût été possible d'élever à cet égard le moindre doute. Mais quelle était la situation ? Le gouvernement avait fait jusqu'alors, pour satisfaire les créanciers étrangers, des efl*orts inouïs, n'ayant pas reculé même devant le déplorable et ruineux expédient des impôts forcés. Pour paver la dette étrangère, il s'était condamné à Timpossibililé absolue, soit de tenter les réformes les plus indispensables, soit de déployer les forces qui auraient pu mettre Jn à une anarchie dévorante. Toutes les fois qu'un abus élait signalé, on tonnait contre les vices d'une administration qui, disait-on, était h refondre, et h laquelle le gouvernemeni ne louchait ])as. Toutes les lois que les bandits du parti dcTÉglise commettaient quelque acte de spoliation ou quelque meurtre, — un M. Beale venait justement d'être assassiné en défendant sa maison envahie (^:2), — on ne manquait pas de demander compte au gouvernement de son impuissance. Quand donc la vie, quand donc la propriété des étrangers résidautau

Mexique serait-elle garantie? Cependant il était bien niaoïfesie (|ue, si le gouvernemeni était forcé d'employer au payement de la dette étrangère la [dus grande partie des ressources qui étaient, de notoriété publique, insuffisantes, il n'aurait pas les moyens requis pour le maintien de l'ordre.

(1) Correspondance, etc., paî:e37.

(2) Ibid., page 31.

VÈMB SUJET 119

Ah fondp cela revenait à le sommer de combattre Tennem i st il le désarmer. Réduit de la sorte h choisir entre deux saox, le Congrès pensa que, dans Tintérél des créanciers sia-mémes, ce qu'il y avait de plus pressant à faire, c*était l'employer toutes les ressources disponibles au rétablisseaâe&t de l'ordre, si profondément troublé, et à l'extinction 3e la guerre civile. Par le décret du i7 juillet 1861, il ne QÎait en aucune sorte la dette : il la reconnaissait, au con- Iraire, en termes formels ; il déclarait sa ferme résolution de s'acquitter. Seulement, il faisait ce que fait tout négocknt aux prises avec une gène extrême : il demandait du lemps.

Telles furent les considérations que Manuel de Zamaeona soumit à sir Ch. Wyke dans une lettre dont le style grave, peliet mesuré, contrastait étrangement avec celui du ministre plénipotentiaire anglais.

U est curieux de voir de quelle façon sir Ch. Wyke répond à Targument tiré de la nécessité :

c Un homme affamé peut se croire justifié h ses propres yeux du fait d'avoir volé un pain, par le motif qu'il y a été poussé par une nécessité impérieuse; mais un pareil arganent ne peut, à un point de vue moral, l'absoudre d'avoir violé la loi qui, toute sentimentalité mise à part, reste aussi posiltve que si le crime avait été sans excuse (1). »

La réponse que le ministre mexicain fit h ce raisonnement, 9n étaitune insulte, mérite d'être rapportée :

€ Son Excellence compare le gouvernement, en ce mo- Kient, à un homme qui, poussé par la faim, attaque et vole Un marchand de provisions. Hais, dans un acte semblable, il y a deux choses qui ne se trouvent aucunement dans la

(i) Correspondance, etc., page iâ.

130 LETTRES SUR L^ANGLEIERRE (1863)

conduite du gouvernement à Tégard de ses créanciers, savoir : un fait d'agression et de vol. Les créanciers dont il s'agit n'ont pas été dépouillés d'une pièce de six sous; non^ pas d'une pièce de dix sous; et la comparaison à employer: serait plutôt celle d'un père de famille qui, succombant sou: le poids de ses charges et n'ayant à sa disposition qu'une tite somme â peine suffisante pour faire vivre ses enfant&^j s'en sert de préférence à leur acheter du pain.

< Si le représentant de Sa Majesté Britannique était de T ^ famille, aurait-il hâte de donner à la conduite du père nom de spoliation ? Chaque jour, nous voyons des personn que leurs embarras Gnanciers contraignent de suspem leurs payements, et pourtant personne ne s'avise de t^ /^ traiter de voleurs (i). »

 la suite de cette correspondance, trop longue pour è=r tre donnée ici en entier, toute relation officielle fut rom^zBoe entre l'envoyé britannique et le gouvernement mexicain ^ 3).

Encore un mot : à en juger par le procès-verbal d^ h conférence d'Orizaba, il parait que l'amiral Jurien repro4^ au gouvernement mexicain « d'étouffer par une pressîoi systématique la libre expression des désirs de la partie intet ligente et modérée de la nation, j» Il est possible que l'arnih/ Jurien ait, à cet égard, des renseignements qui nous roanquenl ; mais ce qui est certain, c'est (|ue le reproche adressé au gouvernement de Juarez par sir Gh. Wyke dans ses déjpèches est, au oonlraire, qu il n'a pas la vigueur requise pour la répression de l'anarchie, et qu'il est ulira^-libéraL Convenons que voilà des accusations (jui ne s'accordent guère.

Quant à la partie intelligente et modérée de la natiov voici de quel côté elle est rangée, selon le TimeSj parla

(t) Ibid., page 44.

(2) Ibid., page 52.

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