‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 165 sur 169 · LES PAUVRES ET LA LOI DES PAUVRES · texte numérisé non relu

LES PAUVRES ET LA LOI DES PAUVRES

introduire dans le workhouse uoe discipline d'airain ; il a fallu y briser les affections de famille, parce qu'elles contienneui trop de consolations; il a fallu y séparer le mari de sa femme et les enfants de leur mère ; il a fallu y transformer la charité en châtiment et y traiter la pauvreté comme un criine !

Précautions inutiles! plus inutiles encore que nécessaires! Elles pouvaient bien écarter le travailleur qui avait de remploi; mais que pouvaient-elles pour écarter celui qui, avec la volonté bien ferme de travailler, manquait de travail ? De \hj impossibilité d'arrêter la marée montante du paupérisme. Dans le débat auquel donna lieu la première présentatioiv du bill de M, Villiers, une parole terrible fut prononcée. Comme résumé de ses convictions sur le résultat définitif de la loi des pauvres, un des membres de la Chambre des Communes, M. Beuverie, s* écria d'une voix émue : c Si vous n'y prenez garde, la pauvreté mangera la propriété. »

Voilà sous quel aspect s'offre h certains esprits l'action, effectivement dévorante, de la loi des pauvres.

En conclurons-nous que, devant la pAle multitude des affamés, le devoir de l'État est de se croiser les bras et de dire : c Laissez passer la justice de la misère? > A Dieu ne plaise I Le plus noble penseur de l'Angleterre contemporaine, M. John Stuart Mill, a écrit : « Il est des choses dont l'État ne se doit point mêler et dautres dont il est essentiel qu'il se mêle. < La question est desavoir où gitla distinction.

Page 1