‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 164 sur 169 · LES PAUVBES ET LA LOI DES PAUVRES · texte numérisé non relu

LES PAUVBES ET LA LOI DES PAUVRES

frapper tout observateur attentif : c*est la contradiciioo qui existe entre une loi de ce genre et le principe général sur lequel repose la doctrine en vogue dans ce pays. S'il est bao que chaque paroisse se suffise à elle-même, pourquoi le système des Unions de paroisses? Et si, au contraire, on admet qu'en certains cas il est bon que plusieurs paroisses s'unissent pour empécber une d'elles de tomber écrasée sous son fardeau, pourquoi ce qui est vrai, appliqué à un nombre déterminé de paroisses, ne le serait-il pas, appliqué à toutes les paroisses du royaume? Pourquoi un comté, quand une calamité résultant de causes générales Taccable, ne serait-il pas reçu à invoquer Tappui de la nation, comme chacune des paroisses dont il se compose est reçue, eu certaines circonstances critiques, à invoquer son propre appui? Pourquoi cette injonction adressée au principe de solidarité dans les limites d*un même pays : c Tu iras jusque-là, et tu n iras pas plus loin ? »

Dira-t-on que les paroisses formées en Unions sont censées avoir toujours des intérêts identiques ou presque identiques, ce qui écarte la crainte qu'une injustice ne soit commise dans la répartition des souffrances d'une paroisse entre les paroisses voisines?

Mais, d'abord, il est faux qu il en soit toujours ainsi, et cela se trouve faux précisément dans le cas dont il s'agit; car le bill présenté par M. Yilliers, et adopté, l'année der- •iëre, par la Chambre des Communes, appelle les districts agricoles du Laucashire et du Cheshire h porter leur part du fardeau qui pèse sur les districts manufacturiers» bien que la source où les seconds puisaient leur richesse, avant la guerre d'Amérique, n*ait jamais été à la portée des premiers, lesquels ne se chauffaient au soleil que de loin, quand !e soleil luisait sur le rovaume du coton.

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Et puis, qu'est-ce à dire? Est-ce que, dans un pays, les intérêts d'une classe nombreuse de citoyens peuvent être lésés sans que, tôt ou tard, et d'une manière plus ou moins directe, les intérêts des autres classes en souffrent? Quelle injustice y a-t-il à m'imposer l'obligation de faire pour vous aujourd'hui ce que vous aurez à faire pour moi demain? Depuis quand le système de l'assurance mutuelle a-t-il été regardé comme une invention du génie de l'iniquité?

La contradiction que je signale ne saurait donc être niée; elle est flagrante.

Mais, que voulez-vous? C'est ici le pays des contradictions de ce genre. N'est-ce pas l'Angleterre qui a élevé un trône à l'individualisme, et n'est-ce pas elle qui a mis h la cliarge de la société l'individu réduit à chercher son pain sans pouvoir le trouver? N'est-ce pas l'Angleterre qui, après avoir proscrit sous tant de formes le principe de l'intervention de l'État, a mis ce principe en mouvement dans son application la plus exagérée, la plus ruineuse, la plus absurde : la loi des pauvres, — celte loi dont l'étranjçe logique est que chaque membre de la société a droit de lui demander, non le moyen de vivre en travaillant, mais le moyen de vivre sans travailler?

Il V aurait un livre navrant a écrire sur les résultats tristes et singuliers auxquels l'Angleterre s'est vue acculée par la loi des pauvres. Elle présente des dangers si grands, cette législation inconséquente, que, pour les éviter, il a fallu rendre la condition du pauvre nourri par la paroisse aussi affreuse que possible. Oui, pour que le travailleur ne fût pas tenté d'envier la table et le lit du pauper; pour que l'octroi du moyen de vivre sans travailler n'empêchât personne de chercher le moyen de vivre en travaillant; pour qu'en un mot, le workhouse ne se fit pas préférer ii l'atelier, il a fallu

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