LE NEUF NOVEMBRE DANS LA CUÉ
lord, gros comme le bras, le neuf novembre est Tépoque, bien autrement épique, où ce souverain de Londres qui n'est plus Londres, ce roi de la Petite-Bretagne, s*en va prêter à Westminster, devant les barons de la cour de TÉchiquier, les serments d'usage, ou, en d'autres termes, se faire sacrer; et cela, en pompeux appareil, dans un carrosse attelé de six chevaux, le long de rues que le peuple inonde, et au bruit des trompettes, des fifres, des tambours.
Je respecte trop les autorités, municipales ou autres, pour me permettre de comparer la procession du lord maire à iK)tre ancienne procession du bœufgras; mais qu il y ait un ûrde famille entre ces deux augustes solennités, c'est ce «pela vérité veut qu'on reconnaisse. Seulement, les choses se foot encore mieux, si je ne me trompe, de ce côté du déiroit. Quel cortège, bon Dieu! Et, pour le voir passer, quelle fwle! Avec quel pittoresque de bon goût le présent se marie tt passé dans cette fête, sur laquelle plane si manifestement fe génie qui, en France, préside aux destinées du Cirque- Wympique! J'aime à voir dans l'uniforme des volontaires et dans celui des « life-guards », rapprochés des armures du Dwyen âge, la preuve que les traditions de la guerre ne se continuent qu'avec les modifications nécessitées par le progrtsdes temps; j'aime h apercevoir le lien qui unit la matière de tuer d'autrefois à celle qu'on pratique aujourd'hui; ^U i part l'intérêt que présente cette leçon d'histoire, il ne ^ déplaît pas d'admirer un casque de forme antique sur la tête du cocher qui me conduisit avant-hier au théâtre, et que je reconnais très-bien, malgré ses airs de héros.
Oui, c'est bien beau, tout cela ! Et dire que, chaque année,
'^ peuple de Londres est assez heureux pour jouir de ce
^Ucle! U y a quelques jours, le bruit courait de je ne sais
1^1 projet de supprimer le « lord Mayor's day » (jour du lord
maire). Dieu soit loué ! révénement a fait mieux que déroei (ir ces rumeurs sinistres, et jamais le « lord Mayor's day > i € lord Mayor*s sbow » n'a été pins spleodide.
La raison qu*on donne, dans la Cité, de ce supcmH magnificence, est que le maire élu, ou, pour parler fi eiacteoMut, réélu, sfi nomme Cubitt; notez bien qu*eii a glais cubit signifie coudée, d*où il résulte évidemment q« par son élection, la Cité de Londres est devenue plus grao d'une coudée. Je ne sais si vous trouverez c^da spiritac mais la Cité n'en fait jamais d'autres, et je dois aj«ul qu'elle a de tout temps cultivé avec succès la mytholegi l'allégorie ei le calembour.
En 1415, par exemple, lors de la réception faile par J citoyens de Londres à Henry V, qui revenait victorien hélas ! des plaines ensanglantées d* Azincourt, il se ivêu que le lord maire était un nommé John Wells (nooi qui i gnifie en anglais put^, fontaine)^ et que, de plus, il appa tenait à la compagnie des épiciers. Que firent ceux-ci? établirent dans Cheapside trois fontaines qui founûasak il tout venant du vin en abondance, par le gracieux iolera diaire de trois jeunes filles personnifiant la Miséricorde, Grâce, la Pitié. Ce D*est pas tout, on avait eu soin d'entoiu les trois fontaines d'arbres chargés d'oranges, de limoi d'amandes, de dattes, etc.. : délicate allusion à la proft sion dudit Johu Wells. Voilà pour l'allégorie et le calei bour; voici pour la mythologie : en 1629, les ferromiû donnèrent une représentation de la forge de Vulcaiu. Qf voyait le forgeron de Lemnos à l'œuvre, au milieu de i noirs assistants, tous en manches de chemise et en taUif de cuir. Le feu flambait dans la fournaise, les écia brillaient, le tonnerre grondait, et, d'intervalle en iate valle, on entendait les sons d'une musique infernale <
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iébrer les louanges du fer, de renclume et du marteau.
lais revenons à h fête d*hier. Elle a été, comme je vous disiis, très-brillaote... daus son genre, bien entendu.
Ce n'est guère qu'à nûdi et demie que la procession 8*est mise en marche*
Ici, un détail caractéristique. Avant le départ, le lord naire, conformément à un ancien usage, s'était rendu à Goildball, pour y recevoir les félicitations des divers membres de la corporation : les civilités d^usage à peine échangées, Sa Seigneurie n*a eu rien de plus pressé que d* aller inspecter b arrangements faits pour le banquet qui, invariablement, eauronne les splendeurs et les jouissances du neuf no-vmbre.
' Db coup d*Œil jeté sur les tables a sur-le-champ convaincu le digne magistrat, ainsi que les dignitaires à sa suite : diflmier/ain, reeorder^ remembrancery town clerk, et le nsie, que tout était pour le mieux dans le meilleur des iMdes possibles. Mais, en attendant les plaisirs gastrono- ■tqoes de la soirée, et afîn de se mettre en état de supporter b tourments de 1 attente, les hauts fonctionnaires dont il s*<git sont allés, en hâte, dans la chambre du comité, dire ^B mot aux bouillons fortifiants et aux vins épicés que récla- ^ la gravité des circonstances. Ainsi lestés, ils ont pris ^gdans la procession, et le déGlé a commencé.
Au temps jadis, et jusqu'en Tannée 1711, le lord maire, ei ces occasioBS, faisait la route à cheval ; mais cela était l^dans les époques de barbarie. Les lords maires de nos J^vs ont des idées de confort beaucoup plus saines. C'est P^^irquoi ils se laissent doucement trainer dans une voiture, fû, par parenthèse, est une des pièces principales de la pa- ^e dont je suis en train de vous parler.
Cette veitore, doni Fige est vénérable, puisqu'elle fut
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construite en 1757, est bien la chose la plus affreuse qu'i soit possible d'imaginer; mais il est juste d'avouer que le dorures n'y ont pas été épargnées, qu'elle fut acheté 1,065 liv. st. 3 sh., et que son entretien annuel ne coût pas moins de 400 livres sterling. Voila, j'espère, d'impor tantes considérations en sa faveur. Quoi qu'il en soit, c'eî là que Sa Seigneurie prend place, le jour de la processioii en compagnie de son chapelain, du mace-bearer et de notr ami 31. Stcord-bearer^ pour qui j'ai toujours eu un faible à cause de son air placide.
Un autre signe de la dégénération des mœurs, c'est qu du temps d'Anne Boleyn, par exemple, le soin d'écarter 1 foule, sur le passage du cortège, était confié à des sauvage tout couverts de poils, monsieur, sans compter une ceinlur de feuilles vertes; ces sauvages étaient armés de massues, c il leur était adjoint, eu vue de l'ordre public a préserver, de hommes dont un masque effrayant cachait le visage, et qt faisaient faire place, à l'aide de pétards. Cedx qui avaien charge de protéger la marche du cortège contribuaient de ! sorte à l'orner; aujourd'hui, nous n'avons plus, en fait d sauvages couverts de poils, que des « police-constables » C'est bien dommage.
J'aurais aussi voulu voir passer, hier, les géants de GuîH hall, Gog et Magog, ces deux géants qui firent si bonn ligure dans la procession de 4857. C'étaient, dit-on, de figures admirablement réussies, (jue faisaient mouvoir de individus placés dans l'intérieur ei qui, ayant quinze pied de haut, pouvaient regarder par la fenêtre ce qui se passa au premier étage des maisons. A quoi pense la corporatîo de Londres, de n'avoir rien de semblable à nous offrir, e cet âge de perfectionnements mécaniques?
Mais trêve de remarques chagrines, trêve de regrets su