‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 51 sur 169 · LE NEUF NOVEMBRE DANS LA CIT · texte numérisé non relu

LE NEUF NOVEMBRE DANS LA CIT

perflus, et sachons borner nos désirs. Après tout, la processioD d'hier a eu son charme. Les iniiombrables spectateurs de tout âge, de tout sexe et de condition équivoque qu'elle avait attirés, ont accueilli sa majesté municipale par une tempête de hourras, de sifflets, de hurlements, de grognements, qui bissait, sous le rapport du bruit, fort peu de chose à souhaiter. Et la vue n*a pas été moins agréablement flattée que Toreille, grâee à une soudaine inspiration d'une partie de la foule*, j'entends cette fouie hâve, déguenillée, Bfl^royable, telle que, seule au monde, la ville de Londres est capable d'en contenir une pareille. L*inspiration a consisté à ne pas souffrir que les têtes ne fussent pas nues. Et les chapeaux de voler dans toutes les directions. Cette gentillesse est le trait par où la procession du 9 novembre 4861 se distinguera de celles qui l'ont précédée, dans les annales de la Cité.

Le soir, il y a eu à Guildliall (ai-je besoin d'en faire la remarque?) un énorme banquet. Comme je n'y étais pas, je ne saurais vous en donner le menu d'une façon bien précise; mais on assure qu'il a dépassé en somptuosité tout ce que s*esl vu, mangé et bu jusqu'à présent. Ce n'est pas peu ^e. Jugez! La carte porte, en général : 250 bnssins de soupe h la tortue, contenant chacun 5 pintes; 60 poulardes rôties; 60 plats de volaille ; S3 jambons ; 80 faisans ; 80 dindes rôties; 6 levrauts; 40 plats de perdrix, etc., etc.. Et quel dessert! Du vin consommé en ces grandes occasions, il n'y a P^ lieu d'en parler : qui peut savoir?

Maintenant, vous le devinez, les toasts ont abondé. Com- "^ntse mettre à bble en Angleterre sans boire à la santé de quelqu'un ou à la gloire de quelque chose? Parmi les convives retrouvaient le duc de Cambridge, lord Palmerston, le duc <l« Somerset, lord Stanley d'Alderley, le ministre de Dane- ^^j les ministres d'Amérique, de Prusse, de Suède; c'est

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assez dire qu'il y a eu des toasts politiques. Dans celui par lequel le duc de Cambridge a répondu au toast que le lord maire avait porté à c nos défenseurs nationaux, — to cwr nalional defenders » , je remarque le passage suivant : c En entrant dans cette salle, j*ai in, à Textrémité supérieure, une inscription qui exprime précisément ce que le peuple d'Angleterre désire : c Defence, not défiance. » De son côté, lord Palmerston, en faisant allusion aux embitoes de paik qui décoraient la salle, n'a- pas manqué de dire : « En en^ trant dans cette enceinte, nous avons vu sous le portail des hommes armés, -^ des volontaires, oui, des volontaires, qù sont des emblèmes de la résolution où est ce pays de barrer le passage à quiconque voudrait, le foulant d'un pas rude et profane, troubler la paix et la tranquillité qut y régnent. » Ces paroles ont été fort applaudies. A bon entendeur, dennmot. Hais Tambassadeur de France n'était pas là, circonstance qui, soit dit en passant, a été notée.

YoiL^ à peu près, monsieur, tout ce qui m*a paru valoir d'être enregistré dans la solennité d'hier. Si je l'ai pris sur un ton un peu léger, c'est qu'à mon avis les hommes de sens ont pour devoir de ne traiter sérieusement que les choses sérieuses. Je ne suis certes pas plus ennemi qu'un autre des fêtes nationales et des réjouissances populaires; loin de là! Je crois même que c'est un puissant moyen d'éducation publique; et n'eussent-elles dautre avantap^e que de faire oublier un instant aux déshérités de ce monde le lourd fardeau de chaque jour, leur justification serait là. Mais ce que je ne saurais approuver, ce sont les parades sans signification oiorale, et qui, laissant le cœur froid, ne disant rien à Tesprit, repaissent les yeux de spectacles grotesques et grossiers. Si, par la procession du lord maire, on prétend célébrer le principe électif, le principe du choix libre des magistrats de la

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Cité pairlei^crtOFfess ée la Cité, pourquoi rendre ôette eélébrsHioirrMKeule, M' lieu de l» rendre imposante et torrehanté? AfKfte idée jnste^ h qael sentk&ent élevé répondent ees gMrrierspo»rrire/ee breyavt étalage d'nnhixeburlescpie, et cenoostmeux banquet de gens riebes dans mie tHIe ou ie»afaBQés puUuleftt? Ce ne sont point là des fêtes dignes d*jBie natioa nurjenre comme Test la nation anglaise. La tir bertén'a que faire d'imiter le despotisme dans l'adoption àés wojeos dont il se sert pour aimner FimbécilHté des peuples eafims.

f7 DOTenbre.

Le bon. •«■• s«jlob.

V j^a lîmgtemps déjà que Ganilh, en son Histoire du '*>Hipti6/ic(i) disait :

• Sans Fétat actuel de la civitisation, et dans* h? système ^mercial sous lequel nous virons, tout pouvoir public âoH ^h^Bmité, et un pouvoir absolu ne peut subsister. »

Ces paroles se trouvaient contenir une prophétie dont rtmpe commeiTce à voir l'accomplfssemeiit •

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Ai-je besoin de vous dire, monsieur, que le mémoire de M. Fould et la lettre impériale quMl a provoquée ont causé en Angleterre une sensation profonde ? Mais connaître retendue de Teffet produit est d'une importance secondaire : le point essentiel est d*en bien saisir le caractère, d*en bien comprendre la portée. Et c'est sur quoi je demande à m'explî* quer librement. Je plains celui qui, dans les lignes que je vais tracer, verrait une préoccupation autre que celle du bien public. Vivant sur une terre étrangère, où j'observe avec une émotion croissante tout ce qui se lie aux intérêts de mon pays, j'obéis, en vous faisant part de mes impressions, a un mobile qui me place, je le sens, fort au-dessus des étroits calculs et des vulgaires entraînements de l'esprit de parti.

Plus j'étudie le spectacle que j*ai sous les yeux, plus j'entre avant dans celte conviction que, les jugements de l'Angleterre sur les évolutions de la France doivent être pesés. Ce qui se passe, à notre égard, dans Tàme et dans l'esprit des Anglais est chose que nous ne saurions trop nous attacher à apprécier sainement. Il peut arriver que le livre renferme des pages douloureuses à lire: qu'y faire? Faut-il laisser ignorer à la France, de peur de l'affliger ou même de lui déplaire, ce qu'il est pour elle d'un intérêt suprême de savoir? Bien lâche le cœur qui mettrait le désir de lui plaire avant le devoir de la servir !

« Un matelot m'a raconté, écrit Benjamin Constant, qu'il était une fois sur un vaisseau avec un passager qui avait fait souvent le même voyage. Ce passager indiqua au capitaine un rocher caché sous l'onde : le capitaine ne l'écouta pas. 11 insista : le capitaine le fit jeter à la mer. Celte mesure énergique mit fin à toutes les remonlrances, et rien n'était plus touchant que l'unanimité qui régnait sur le navire, lorsque

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