LA PUISSANCE NAVALE DES ANGLAIS DISCUTEE
tandis que l'autre courrait se faire tuer ; dont Tune irait porter aux ennemis toutes les commodités de la vie, tandis que l'autre irait leur porter la mort !
On se demande avec inquiétude ce que deviendrait, dans
celle supposition, le lien qui doit attacher l'individu à la
patrie. Au lieu de souffrir des maux de la mère commune,
beaucoup de ses enfants auraient peut-être occasion d'en tirer
profit! La patrie serait humiliée; elle serait Ih, saignante,
asservie, morte ; eux, du même coup, auraient fait fortune !
C'est peu : n'y aurait-il pas danger suprême à creuser un
abiroe entre les hommes de guerre et le reste des citoyens?
Quelle importance menaçante ne donnerait pas aux premiers
n» système qui les ferait représentants de la nation, ])endant
ïpe le reste de leur xoncitoyens ne représenteraient j>Jus
<iue dfs intérêts individuels? L'idée de la solidarité humaine
ïi'exîslerail donc plus (jue sous le pavillon ? La patrie ne
Serait donc plus que là où l'on se bat ? Admirable moyen de
sanctifier la guerre et d'absoudre le despotisme !
Encore si ce système promettait plus de durée à la paix Y
Mais c'est le contraire qui aurait lieu. Pourquoi les progrès
du commerce tendent-ils h éloigner rie plus en plus la
pierre ? Précisément parce (|ue hîs calamités de la guerre
pk^entsurle commerce; ])récisémenl parce cpie ceux qui
went de la paix sont intéressés à ce qu'on ait recours le
*M>ifis possible h ceux qui vivent de la mort. Plus les pouples,
pris dans leur ensemble, auront à gémir <les suites de leurs
<perelles, plus il sera difficile aux gouvernements d'avoir
*^s fantaisies guerrières. Victor Hugo a dit, en montrant
ttneépce et une plume : « Ceci tuera cela. » Si jamais cette
iWnde prédiction se réalise, ce sera parce que le commerce
y- ^t intéressé. Que cet intérêt cesse d'agir; que le mar-
f'ianil soit mis en état de dormir paisible lorsque le canon
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gronde ; que les gouveroements, les gouvernements traires surtout, n'aient plus à compter arec la répugnance des peuples h payer la guerre, elle se trouve avoir b bride sur le cou : place à la guerre !
Mais quoi ! le système dont il s*agît, fût-il sans inconrénient, est-il praticable ? Suffira-t-il de certaines stipulations griffonnées sur un morceau de parchemin pour assurer aux propriétés privées les avantages de la paix, au milieu des horreurs de la guerre déchaînée ?
On a dit qu'elles pouvaient bien être inviolables dans les hostilités sur nier, puisqu'elles Tétaient dans les hostilités sur terre.
Mais d'abord, ainsi qu'il a été répondu avec raisM, on a beaucoup à prendre sur terre, sans même toucher anx propriétés privées : on prend, pour peu qu*on soit le plus fort, ^^^ tout ce qui constitue une propriété nationale ; on prend le^^ je trésor public ; on prend , comme n'a pas craint de l'avoue sir G.-C. Lewis, la grande machine à piller, qui est le vernement du pays conquis. Sur mer, an contraire, si Foi ne prend pas à Tennemi ses vaisseaux et ce qu'ils ferment, on ne prend rien.
D'autre part, est-il vrai que, siu* terre, la guerre les propriétés privées ? Et que signifie donc le oMt mAargo que signifient les mots contributions forcées? Depuis les armées se font-elles .scrupule de vivre, en pays eoi aux frais des habitants ? Le célèbre axiome : La guerre nourrir la guerre serait-il d'aventure une simple mani^: de parler ? Jamais général ne plia ses troupes à une disripli plus sévère que le duc de Wellington. Cependant — c' MT G.-C. Lewis qui Ta rappelé — le duc de Wellington 1 même, en Espagne, quand il arrivait dans un village, sait enlever les chevrons de> maisons, pour que ses
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date eussent de quoi allumer du feu et «uire leur souper.
La vérité est que la guerre a ses nécessités, et qu'il faut ou abandonner le principe, ou se résigner à subir les conséquences. Qu'on exempte de toute capture les vaisseaux neutres, et que leur pavillon soit tenu pour absolument inviolable, c est justice; et, pour rendre cette doctrine praticable, les puissances neutres n'ont qu'a faire cause commune dans la préservation de ce qui est leur intérêt commun. Mais demander à une nation en guerre avec une autre de ne point toucher à la propriété de ses ennemis, lorsque son but est de les tuer et qu'elle les tient à la gorge, n'est-ce pas entrer dans la région des chimères? « Supposons, a dit lord Palmerston, que nous soyons en guerre avec la France, — 6l j'espère que ce cas est bien éloigné, — la France envoie annuellement de 45 à 20 mille matelots aux différentes pêcheries qui servent de pépinières à sa marine militaire. Figurez-vous que nous soyons en train de bloquer Brest, Toulon, Cherbourg ou Loricnt ; si le principe posé par Thonorable membre pour Liverpool • (M. Horsfall) < était adopté, nous devrions donc permettre a une flotte de 20 mille marins de traverser impunément notre escadre pour aller fournir un équipage convenable aux vaisseaux ennemis rassemblés dans le port bloqué par nous ! »
Encore un mot. Si l'on admet que même le pavillon ennemi couvre la marchandise ennemie, plus de blocus, au moins en ce qui concerne les ports de commerce ; car il serait absurde d'emprisonner ce qu'on reconnaît inviolable, et la pratique des blocus attente à la propriété privée bien plus sérieusement que ne fait la capture d'un navire en pleine mer. Voila donc la guerre maritime réduite au choc sanglant de deux flottes, sans autre résultat probable que des vaisseaux de ligne coulés bas, des vaisseaux de ligne brûlés et
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beaucoup de saug^répandu. Où serait le prix de la victoire T Conviendrai l-on d'avance que le peuple vainqueur serait reçu comme tel dans la capitale du peuple vaincu ? Pourquoi pas, dès lors, économiser le sang humain, et en revenir au procédé du combat des Horaces et des Curiaces ?
Je viens d*examiner les deux côtés de la question débattue dans la Chambre des Communes, et vous le voyez» monsieur, ce qui résulte de cet examen, c*est que, par suite de stipulations ({u'elle regrette, mais sur lesquelles elle ne croit pas possible de revenir, TAngleterre est placée dans l'alternative : ou de perdre en cas de guerre, avec son commerce de transport, Faliment essentiel de sa marine militaire ; ou de consentir à fadoption d*un système qui lui enlèverait tout le bénéfice matériel de sa supériorité navale, ei ferait delà guerre maritime un sanglant et brutal enfantillage.
Et la conclusion de tout ceci, quelle est-elle ? La conclusion, vous Pavez déjà pressentie. C'est que Tcnchainement mystérieux des choses humaines, en rendant les résultats de la guerre de plus en plus onéreux et absurdes, conduit même les premières des nations belligérantes h poser devant le monde la question, rim|)Osante question de la su|>pression... de la guerre! Oui, monsieur, voilà ce que personne n'a dit, n'a osé dire dans la discussion qui vient d'émouvoir la Chambre des Communes; mais voilà ce qui ressortait d'une manière invincible de chacun des argumentsemployés. M. Brighl a fort bien prouvé, contre le « Solicilor général », que, si l'on n'adoptait pas l'idée émise par M. Horstall, une guerre maritime ne serait que ruine et absurdité. Le « Soliciter général » a prouvé, d'une façon non moins triomphante, contre M. Briglit, que, si l'on se rangeait à l'idée de M. Horsfall, une guerre maritime deviendrait un jeu ridicule.
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Mais supprimer la guerre! Comment? Patience ! patience ! Le moment n'est pas encore venu de trouver raisonnable que les querelles entre nations se dénouent, comme les querelles eatre particuliers, par une hante décision judiciaire ; le moment n'est pas encore venu de croire que Tabbc de Saint- Pierre et Mably étaient un peu mieux que des fous. Patience ! ce moment viendra. L'idée d'un tribunal ampliictyonique, qui substituerait la souveraineté de la raison à la souveraineté de la force, ne sera pas toujours regardée comme une utopie. Le monde est encore dans un état d'enfance : il deviendra majeur, il faut l'espérer; et peut-être alors jugera-t-on à propos de ne plus souffrir que le bonheur des peuples se pèse dans cette balance où les Brennus de tous les pays et les insolents fameux de tous les âges ont jeté le poids d'une épée.