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Il importe de les rappeler, le passé pouvant jeter sur le présent d'utiles lueurs.
En 1831, lorsque, de ses chaînes brisées, la Pologne s'efforçait de frapper ses oppresseurs à la lête, l'Autriche comprit, ainsi qu'elle semble le faire aujourd'hui\, que son véritable intérêt était de pousser à la reconstitution de la Pologne, seule barrière peut-être qui puisse efficacement sauver, et l'empire autrichien, et l'Europe occidentale, des débordements de la Russie.
Mais que dis-je? Bien longtemps avant 1831, et dès la fin de 1814, cette pensée était celle du cabinet de Vienne, et elle l'emportait, dans l'esprit des hommes d'État autrichiens, sur la tentation de garder la part faite à l'Autriche dans les dépouilles de la Pologne par cette politique de brigands : le partage.
On sait qu'un des quatre projets mis en avant au congrès de Vienne fut l'érection de la Pologne avec ses anciennes limileS' en royaume indépendant. Et par qui furent appuyés lord Castlereagh et le prince Talleyrand, qui proposèrent cette solution ? Précisément par le prince de Metternich.
Rien d'étonnant à cela. La Russie, qu'avaient fortifiée et agrandie d'une manière si menaçante la conquête de la Finlande, ses acquisitions en Bessarabie, et ses succès du côté de la Perse, la Russie ne s'était-elle pas avancée des bords du Niémen jusque dans le cœur de l'Allemagne? Si l'on admettait la prétention du czar Alexandre à prendre pour lui la presque totalité du duché de Varsovie, à l'ajouter à ses autres possessions polonaises, et à faire du tout un royaume d« Pologne entièrement soumis à son autorité, qui l'empêcherait, une fois maître des forteresses du duché, et en l'absence d'une ligne de frontières sérieuse, de menacer la capitale de l'Autriche? La pente delà Russie n'était-elle pas vers le sud-
ouest, et, sur cette pente, si Ton n'y prenait garde, n'étaii-il pas à craindre qu'elle ne roulât avec le poids d'une avalanche? Et que serait-ce si, s'étendant de plus en plus le long de la mer Noire et pesant de plus en plus sur la Turquie, elle en venait à envelopper rAutriclie, au nord, à l'est et au sud?
Oui, voilà ce qui, dès l'origine des négociations fameuses qui aboutirent aux traités de Vienne, dut être présent et fut présent à l'esprit du prince de Metternich. Alors même que, conformément à l'un des quatre plans proposés, on eût divisé le duché de Varsovie en trois portions destinées aux trois puissances entre lesquelles avait été noué le pacte impie du premier partage, l'Autriche se serait trouvée avoir conclu un triste marché. Car, pour elle, le point capital était, non pas • de s'agrandir dans telle ou telle direction donnée, mais de S8 prémunir contre le danger d'être tôt ou tard engloutie ! . . .
iEt ce danger, elle n'avait qu'un moyen décisif de le parer : la reconstitution de la Pologne comme État indépendant.
. /j* Par malheur, Alexandre était en mesure de se faire adjuv^jr'^iP ger la part du lion. Aux représentations de Talleyrand, il .^\ opposa l'argument favori des empereurs, des rois, des czars, i4'( \ et de tous les logiciens qui ont des canons à leur service :
Tai deux cent mille hommes dans le duché de Varsovie l chassez-moi de là si vous pouvez. »
On espéra mettre quelque obstacle au développement prévu de ce trutal abus de la force, en stipulant certaines garanties dictées par l'intérêt de l'Europe au moins autant que par celui de la Pologne, savoir : que le nouveau royaume jouirait du bienfait d'une constitution; qu'il aurait une administration distincte, etc.. Garanties illusoires! Toiles d'araignée sur le passage d'un frelon! Les événements qui,
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en ce moment même, émeuvent l'Europe entière, rendent ici tout commentaire inutile.
Il était donc à l'adresse de l'Autriche, non moins qu'à l'adresse de la France et de l'Angleterre, le noble et touchant manifeste que les Polonais ^)ublièrent en 1831 : « Convaincus que notre liberté et notre indépendance, loin de menacer les États circonvoisins, ont toujours servi de rempart à l'Europe, et peuvent lui devenir plus nécessaires que jamais, nous comparaissons devant les gouvernements et les peuples avec la certitude que la voix de la politique se fera entendre en notre faveur comme celle de l'humanité. Si la Providence a condamné ce pays à une servitude éternelle; si, dans ce dernier combat, la liberté de la Pologne doit être enterrée sous les ruines de ses villes et les cadavres de ses défenseurs, notre ennemi ne régnera que sur des déserts, et tout bon Polonais aura cette consolation, à son heure suprême, d'avoir protégé, ne fût-ce qu'un moment, la liberté menacée de l'Europe. »
Aussi, l'Autriche fit-elle, dès cette époque, des efforts sérieux pour sauver la Pologne. Le gouvernement polonais sut, par le consul autrichien, qui n'avait point quitté Varsovie, que l'Autriche était disposée à favoriser le rétablissement de la nationalité polonaise, à deux conditions : la première, que la Pologne accepterait pour roi un prince autrichien; la seconde, que cette proposition serait faite conjointement par la France et l'Angleterre. M. Walewski partit pour aller sonder les dispositions du cabinet des Tuileries d'abord, et ensuite celles du cabinet de Saint-James. La réponse du gouvernement français à ces ouvertures ne fut pas défavorable, — et remarquez que Louis-Philippe était alors sur le trône ! — Mais quelle fut la réponse de lord Palmerston? L'auteur de la présente lettre fut le premier, s'il ne
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se trompe, à faire connaître aux peuples, dans Y Histoire de dix ans^ le document en question, qui ne saurait être trop attentivement médité. Le voici : ,
« Le soussigné, etc., etc., çn réponse à la note qui lui a été présentée par l'ambassadeur de France , ayant pour objet d'engager le gouvernement de la Grande-Bretagne à intervenir de concert avec la Frauce dans les affaires de Pologne, pour arrêter l'effusion du sang et procurer à cette contrée une existence politique et nitionale,
« A l'honneur d'informer Son Excellence le prince de Talleyrand que, quelque disposé que soit le roi de la Grande- Bretagne à concourir avec le roi des Français à toute mesure propre à consolider la paix de l'Europe, et plus particulièrement, à toute mesure qui aurait réellement pour effet de mettre fin à la guerre d'extermination dont la Pologne est en ce moment le théâtre, Sa Majesté se voit forcée de déclarer : ,
ft Que, dans les circonstances actuelles, une simple médiation ordinaire ne pourrait manquer d'être rejetée par la Russie, d'autant que la cour de Saint-Pétersbourg vient de repousser les propositions de ce genre h elle faites par la France; que, conséquemment, l'intervention des deux cours, pour êtref effective, devrait être une intervention de nature à être imposée, en cas de refus de la part de la Russie.
<( Que le roi d'Angleterre ne croit en aucune façon devoir adopter cette dernière alternative, attendu que les franches et amicales relations qui existent entre la cour de Saint-Pétersbourg et Sa Majesté ne le permettent pas. Sa Majesté Britannique est donc contrainte de refuser les propositions transmises par Son Excellence le prince de Talleyrand dans sa note du 20 juin (1831), son opinion étant que le moment
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n'est pas encore venu de les adopter avec succès contre la volonté d'un souverain dont les droits sont incontestables.
« Du reste, Sa Majesté a chargé le soussigné d'exprimer à Son Excellence Tambassadeur de France la profonde douleur dont son ame est remplie à la vue des ravages qui ont lieu en Pologne, et de lui donner l'assurance qu'elle fera, pour y couper court, toutes les démarches qui ne seraient pas incompatibles avec les relations amicales qui existent entre elle et la Russie. Déjà des instructions ont été envoyées à l'ambassadeur de Sa Marjesté Britannique à Saint-Pétersbourg, pour qu'il ait à déclarer que Sa Majesté insistera sur le maintien de l'existence politique de la Pologne, telle qu'elle a été établie en 1815, ei sur le maintien de ses institutions nationales.
« Signé : Palmerstox. »
Ainsi pensait, parlait et agissait lord Palmerston en 1831 . Ai-je besoin de rappeler quels résultats meurtriers eut pour l'héroïque et infortunée Pologne cette politique d'abstention? Louis-Philippe n'était pas homme à courir seul le^ aventures d'une moderne croisade, et l'Autriche avait déclaré d'avance qu'elle ne ferait rien sans l'Angleterre. Une fois encore, au grand scandale de la famille humaine, la Pologne fut foulée aux pieds.
Aujourd'hui, il s'agit de savoir si le lord Palmerston de 1863 est toujours le lord Palmerston de 1831, et si, en supposant que cela soit, l'Angleterre de nos jours est disposée à souffrir ce que souffrit l'Angleterre d'alors.
Quant à moi, j'avoue que, sur ces deux points, je me plaisais à ouvrir mon esprit à des suppositions qui rassurassent mon cœur. Comment croire, en effet, que les derniers événements de Pologne n'auraient pas éclairé un homme de la
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trempe de lord Palmerston sur l'impossibilité où la Pologne est de maurir, et sur l'intérêt souverain dont il est pour l'Europe entière d'aviser à ce qu'elle vive? Comment croire que les protestations si ardentes, dont la Chambre des Communes retentissait naguère, auraient à peine la valeur de la fumée qui annonce le feu? Comment admettre qu'un peuple +^qui se pique d' être pratique encourrait le reproche d'avoir t laissé son enthousiasme pour une cause juste s'évaporer en ! paroles vaines et en stériles ébullitions de sympathie, ou, ce qui serait bien pire encore, d'avoir joué la comédie de l'inj dignation?
! Voilà pourtant, j'ai regret à le dire, à quelles accusations semblent donner lieu, et la politique inerte du premier ministre, et l'attitude incertaine de la nation. Il y a dans le refus du gouvernement anglais d'agir de concert avec la France et de borner son action- à des protestations isolées, quelque chose de déplorable, et, tranchons le mot, de peu honorable; mais, si la nation voulait ce concert, il faudrait bien que le gouvernement s'y prêtât. Que veut la nation? Jusqu'ici, je doute qu'elle le sache elle-même. La perspective d'une guerre fait peur, voilà la vérité; et, d'un autre côté, on craint de s'engager avec Napoléon IIÏ dans une route où il irait plus loin, peut-être, qu'on ne se soucie d'aller.
Au surplus, ceci ne s'applique pas aux sentiments de la classe ouvrière, qui montre, en ce qui concerne la Pologne, une détermination virile. Vendredi dernier, une députation nommée par un imposant meeting allait trouver lord Palmerston, et le pressait, au nom de la classe ouvrière, de s'entendre arec lejs autres puissances pour la résurrection d'une Pologne indépendante. — « Mais c'est donc la guerre que vous désirez? » s'est brusquement écrié le vieux diplo-