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LA PEUU DE LA GUERRE ET LA POLOGNE

Quant au gouvernement anglais, en tant qu'il obéit auxinspirations de lord Palmerston, qu'il y ait h se défier de lui, je l'admets. Lord Palmerston est un diplomate anglais de la vieille école; cela suffit. Mais il ne faut pas oublier que, dans ce pays, c'est l'opinion qui gouverne. Quand on dit l'Angleterre , cela ne signifie pas tel ou tel homme , cela signifie tout simplement l'Angleterre.

La question est donc de savoir s'il est juste d'accuser la nation anglaise ^de n'avoir exprimé des sympathies aussi ardentes pour la Pologne qu'en vue d'un piège à nous tendre, et par suite d'un calcul perfide-, la question est de savoir si, dans les imposantes manifestations qui se sont produites et se produisent encore, nous sommes fondés à ne voir qu'un acte d'hypocrisie nationale.

Franchement, je ne le pense pas. J'estime que lés sympathies exprimées par le peuple anglais en faveur de la Pologne désespérée sont sincères, quoique associées aux alarmes que le développement de la Russie inspire. M-iis on craint la guerre; on la craint d'une manière démesurée; on la craint sans intelligence, et comme si le meilleur moyen de l'éviter n'était pas de ne point trop la craindre : là est , suivant moi, le nœud de la situation.

Quel changement s'est opéré dans les dispositions de ce pays, depuis un petit nombre d'années! 11 fut un temps où l'Angleterre semblait ne respirer que combats. Pitt dut sa popularité et son asi^endant à l'énergie d'une passion que n'intimida jamais cette idée terrible : mettre le feu au monde. Aujourd'hui, TAngleterre doute de sa force, c'est clair. Quand la guerre civile vint, en déchirant l'Amérique, la présenter comme une proie facile à dévorer, une immense clameur belliqueuse s'éleva de ce côté de l'Atlantique ; mais, auparavant, que d*affronts, infligés à son orgueil par les

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États-Unis, l'Angleterre n'avait-elle pas dévorés en silence ! En Crimée, elle tira l'épée du fourreau; mais la France était là. En ce qui concerne l'Italie, ses efforts se bornèrent à des vœux. Et, le lendemain d'un coup d'État, l'empire, quelle était sa préoccupation dominante , quel était son tourment de chaque jour, son rêve de chaque nuit? Le spectre de l'invasion.

A Dieu ne plaise qu'en thèse générale, il faille se plaindre de ce triomphe de l'esprit pacifique chez un peuple puissant ! De tous les malheurs que la guerre entraîne i hommes tués, villes ravagées, familles en deuil, peuples partagés comme de vils troupeaux, sources de la richesse publique taries, les plus sérieux, peut-être, ne sont pas ceux qui saisissent le plus immédiatement l'imagination, parlent le plus vivement au cœur, et affectent les intérêts matériels.

La guerre a des dangers auxquels ne saurait fermer les yeux sans imprudence un peuple intelligent, qu'il soit libre ou qu'il aspire à le devenir. Mais s'il faut maudire, à l'égal du plus détestable des fléaux, toute guerre qui a pour mobile l'ambition; pour principe, la gloire des armes; pour but, la conquête, il n'est ni généreux ni sûr d'oublier que la justice est créancière de la force; que dans l'oppression exercée sur un peuple, il y a, pour tous les autres peuples, un défi et une menace, et que le principe de la solidarité humaine ne se laisse pas violer impunément. La décision, d'ailleurs, économise le péril. Lorsque deux hommes sont face à face, si l'un recule, l'autre avance : il en est de même de deux peuples. Plus encore que la témérité, l'excès de prudence appelle le danger, et, comme on ne fait jamais pacte à demi avec l'injustice, le moment vient où il faut choisir entre tout empêcher et souffrir tout.

Ainsi, ce qui manque aux sympathies de l'Angleterre pour

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