UN MEETING A GUILDHALL, AU SUJET DE LA POLOGNE
ne pouvoir être suivies d'effet désarmeront le czar ou lui feront peur. L'opinion d'un grand peuple, d'un peuple tel (pie celui-ci, a, sans nul doute, son poids dans la balance des affaires humaines ; mais c'est surtout parce qu'on sait que cette opinion répond à une puissance considérable. Imaginer qu'on touchera le cœur d'un autocrate en s'apitoyant sur les résultats de l'oppression, ou qu'on l'effrayera en s'en remettant à Dieu du soin de le vaincre, c'est pousser la naïveté bien loin , et l'on est'tenté de se demander si c'est sérieusement qu'une politique de cette espèce est recommandée chez une nation qui se pique d'être éminemment pratique. Que l'Angleterre offre son appui moral à la Pologne, c'est trèsbien ; mais un peuple engagé dans une lutte horriblement inégale et que ses oppresseurs se préparent, suivant l'expression du prince Gortschakoff, à exterminer^ a besoin d'un appui plus réel. Les sympathies témoignées par l'Angleterre à la cause de l'indépendance italienne n'auraient pas, j'imagine, donné la Lombardie à Victor-Emmanuel et refait la carte de cette partie de l'Europe, si les canons de Solferino ne s'en étaient un peu mêlés.
Ceux des journaux anglais auprès desquels le meeting de Guildhall a trouvé grâce cherchent à justifier l'attitude indignée, mais passive, qu'il tend à assigner au peuple anglais, en observant que c'est là tout ce que les insurgés polonais demandent et attendent; qu'ils ne voudraient pas d'un secours offert autrement; qu'ils repoussent l'idée d'une intervention active des gouvernements européens; qu'ils se jugent en état de se suffire; que Langiewicz n'a pas même accepté l'offre d'une épée bien connue de la victoire, celle de Garibaldi, et qu'un peuple incapable de conquérir lui-même son indépendance serait incapable de la conserver.
Sophismes de l'égoïsme que tout cela! Une conversation
que j'eus- hier au soir avec un envoyé de rinsurrection me met en mesure de les réfuter.
Il n*est pas vrai que les Polonais en armes refusent les secours qui peuvent leur être offerts : ce qui est vrai, et la chose est bien différente, c'est que, par un sentiment de fierté magnanime qui les honore, ils s'abstiennent de les demander. Ce qui est vrai encore, c'est quMls rie voudraient pas d'un semblant d'indépendance acheté au prix de concessions telles que la politique des chancelleries est probablement disposée à leur imposer. La diplomatie ne gâte que trop souvent ce qu'elle touche , et un peuple qui sacrifierait sa liberté pour recevoir l'aumône de son indépendance ne mériterait de posséder ni l'un ni l'autre de ces deux trésors.
Mais suit-il de là que ceux qui aiment la justice, détestent l'oppression et battraient des mains à la résurrection de la Pologne, doivent se borner à des vœux stériles? Suit-il de là qu'une nation de premier ordre comme l'Angleterre doive être assez peu soucieuse de sa dignité pour tolérer ce qu'elle qualifie de crime et avouer, à la face de la terre, que ses sympathies ne servent de rien à ceux qui les excitent?
Qu'est-ce à-dire, d'ailleurs? La question polonaise-n'estelle point par essence une question européenne? La Pologne reconstituée dans ses anciennes limites n'est-elle pns la seule digue qui puisse efficacement protéger contre les débordements de la puissance moscovite l'Europe occidentale? L'Autriche, que la Russie enveloppe insensiblement et qu'elle tiendrait, pour ainsi dire, dans le creux de sa main le jour oij, maîtresse absolue de la mer Noire, elle frapperait aux portes de Constantinople, l'Autriche n'a-t-elle aucun intérêt à l'existence d'une barrière qui arrête un pouvoir dont la pente est vers le sud-ouest? Et l'Angleterre, faut-il lui mon-