UX .MEETING A GUILDHALL, AU SUJET DE LA POLOGNE
rait que la justice, qui est le plus réel des intérêts comme il en est le plus noble. Ûu' est-ce donc, quand on songe au lien qui unit le salut de la Pologne à la sécurité de l'Europe ?
18 mars.
Un Meeting â Guildhall, au sujet de la Poleg:ne.
Le meeting qui vient d'avoir lieu à Guildhall, sous la présidence du shérif Lawrence, — le lord-maire s'étant trouvé saisi d'une indisposition subite, — prouve deux choses : la première que les Anglais ressentent pour la Pologne une sympathie très-vive, k seconde qu'ils ont une peur affreuse de la guerre.
Tout ce qu'il était possible de dire sur le caractère odieux des trois partages successifs qui mirent la Pologne en lambeaux et seront à jamais la honte du dix-huitième siècle ; sur l'iniquité des traités de 1815, par qui ces actes de brigandage furent sanctionnés ; sur la violation par la Russie des clauses de ces traités, qui promettaient quelques garanties aux malheureux Polonais; sur l'oppression qui n'a cessé de peser sur eux*, sur leur touchante résignation d'abord, puis sur leur désespoir, et enfin sur l'héroïsme de leur ré-
80 LETTRES SUR L* ANGLETERRE (l863)
volte.... lord Harrowby, Thonorable G. Denliam, le comte Shaftesbury et les autres orateurs entendus l'ont dit certainement, et en termes empreints d'une émotion sincère, et aux applaudissements passionnés d'un nombreux , d'un imposant auditoire. Mais quand s'est présentée la question, la question décisive : Que fera l'Angleterre? aucune conclusion pratique n'a été donnée à la douleur qui s'était si vivement épanchée, à l'indignation qui s'était répandue en si terribles anathèmes. « Nous ne pouvons rien faire malheureusement, » s'est écrié l'un ; « Dieu me garde de prétendre que nous devons aller jusqu'à la guerre, » a dit un autre; « Dans le temps où nous vivons, le pouvoir de l'opinion suffit au triomphe d'une cause juste, » a remarqué un troisième; et lord Shaftesbury a exprimé, ou peu s'en faut, l'opinion que, puisque Dieu combattait pour les Polonais, il n'y avait qu'à le laisser faire, Dieu n'ayant pas besoin d'auxiliaire.
Cela étant, quelle valeur réelle attacher aux résolutions du meeting ?
La première déclare que l'empereur de Russie, par sa conduite envers les Polonais, a perdu tout droit à la possession de la Pologne; mais d'abord il ne saurait perdre un droit que, moralement, il n'a jamais eu ; et ensuite, que lui importe, sur ce point, l'opinion de ces messieurs, si. cette opinion ne doit pas se traduire en actes, et si eux-mêmes ont soin de lui en donner l'assurance ?
La seconde résolution propose comme mesure comminatoire la cessation de toiU rapport diplomatique, jusqu'à ce qu'il soit remédié aux maux de la Pologne ; mais, sans parler de ce qu'une proposition pareille a de vague, quel sens a-t-elle si elle n'est pas un premier pas vers la guerre ?
Il y a quelque chose de puéril à croire que des protestations qui s'évaporent en paroles et des menaces qu'on annonce