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LA POLICE DU LORD-MAIRE

On assure et je crois que, lorsque la lettre de sir G. Grey a été lue dans le conclave des « hommes du conseil » (councilmen), la nouvelle de l'usurpation préméditée a été reçue par eux avec le calme que le Sénat romain déploya en apprenant le résultat de la bataille de Cannes. Est-ce résignation sublime? Est-ce confiance hautaine dans l'immortalité de la corporation de Londres ?

Quant à moi, je penche pour la dernière supposition. C'a toujours été, en effet, un des traits caractéristiques de la corporation de Londres, un des articles de son credo municipal, de regarder son imperium in imperio comme étant d'essence impérissable et de tenir pour certain que la fin du monde arriverait le jour où le lord-maire n'aurait plus à se promener dans son beau carrosse, chaque année, à époque fixe, à travers Londres, traînant après lui des milliers de bannières et de va-nu-pieds en casque et en cuirasse ; le jour où un prince de Galles ne se croirait plus obligé de se faire sacrer... marchand de poissons; le jour surtout où il serait coupé court* à la tradition sainte des diners de « Mansion- House » , ces dînera monstrueux qui ont de temps immémorial mis en relief l'opulence hospitalière des lords-maires, qui ont établi sur des bases inébranlables la réputation gastronomique des aldermen et qui donnent périodiquement à tout ce que Londres contient d'officiel et de respectable des indigestions de soupes à la tortue.

Si jamais l'esprit de tradition, dans ce qu'il a de plus gothique et de plus grotesque, est exilé de la terre où nous sommes, ce ne sera que lorsque de Guildhall il ne restera plus pierre sur pierre. En dehors des pouvoirs de la Cité, on pense généralement que le passé est le passé, mais telle n'est pas la foi du lord-maire, ni celle du « city remembrancer » , ni celle des « aldermen » , ni celle des ^( council-

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men », ni celle du « sword bearer », etc., etc. Pour ces augustes personnages, le passé et l'avenir c'est tout un. Ils devraient bien savoir cependant

Qne les plus belles choses Ont le pire destin ;

et s'ils l'ignorent, ce n'est pas faute d'avoir vu déjà tomber maint fleuron de leur couronne. Qui se serait jamais figuré,, par exemple, que la Tamise pût continuer de couler lorsque la conservation de la Tamise aurait cessé de faire partie des attributions du lord-maire ? La Tamise coule pourtant aujourd'hui comme à l'ordinaire. Il est vrai qu'elle n'a pas cessé de sentir mauvais.

Quoi qu'il en soit, et malgré le dicton : « Il n'y a que la foi qui sauve, » j'ai bien peur que la foi de la corporation de Londres ne suffise pas pour la sauver. C'est chose décidément trop vieille et qui sent le moisi. Les fins observateurs prévoient le moment où la reine d'Angleterre pourra dépasser « Temple Bar » sans en demander la permission au lordmaire. Mais tout le monde s'accorde à lui laisser une fiche de consolation : le pouvoir de donner de bons dîners.

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