MORT DE SIR GEORGE CORNWALL LEWIS
George Cornwall Lewis, et le langage de leurs journaux le prouve.
La vérité est que, chez lui, l'amour du progrès était tempéré singulièrement par une crainte excessive des dangers que peut entraîner le passage du connu à l'inconnu. Également incapable de faire pacte avec les abus du passé et de s'élancer résolument vers l'avenir, il avait pour maxime qu'on doit s'estimer fort heureux de vivre dans un pays passablement administré et où la sécurité des biens et des personnes se trouve tolérablement garantie. Espérer davantage lui paraissait trop poétique; essayer d'obtenir davantage lui paraissait hasardeux. Où il se séparait des conserva listes d'une façon bien tranchée, c'était dans son honnête et invincible répugnance à flatter, en vue d'un succès de parti, les préjugés ou les erreurs condamnées par sa raison.
A des considérations saines, à un argument juste, il était homme à sacrifier jusqu'à ses sympathies les plus prononcées. Vous rappelez-vous ce que je vous écrivis au sujet de ce discours où M. Gladstone, parlant en dehors de la Chambre des Communes et dans le sens de l'opinion dominante, laissait croire que le ministère allait reconnaître le Sud? Déjà les esclavagistes chantaient victoire, lorsque sir G. Cornwall Lewis ramena dans son lit l'opinion débordée, en venant déclarer, sans s'arrêter à l'inconvénient de contredire son collègue, qu'une reconnaissance prématurée du Sud serait une violation des lois internationales. Et pourtant sir Cornwall Lewis penchait plus du côté du Sud que M. Gladstone. De pareils traits peignent un homme. Mais le maniement des grandes affaires ne demande pas seulement de la droiture, il demande encore une âme vigoureusement trempée; et c'est ce que n'avait pas sir G. Cornwall Lewis. On assure qu'il est mort sans s' êtr<i jamais fait un seul ennemi, et l'on ajoute
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que c'est là son plus bel éloge : selon moi, on ne saurait rien dire de plus fort ni pour lui ni contre lui.
Comme orateur, il ne se recommandait pas à l'admiration par l'éclat de la pensée, encore moins par l'éloquence du langage et par la grâce du geste. Mais il prenait si pleinement possession dé son sujet; il le discutait avec tant d'autorité, il appuyait ses raisonnements sur tant de savoir; que son influence dans la Chambre des Communes était en peu de temps devenue souveraine.
Les hommes politiques, trop souvent, manquent de culture et n'ont que des connaissances superficielles, en dehors de celle dont chaque jour leur fournit l'emploi. Dans sir G. Cornv^all Lewis, au contraire, la politique et la science se montraient étroitement unies. Son enquête sur le degré de croyance que méritent les faits relatifs à l'histoire de l'ancienne Rome, témoigne d'une érudition aussi profonde qu'étendue. Rare pouvoir que celui d'être toujours prêt à répondre aux exigences de la vie active, quand on aime l'étude, la retraite, les livres !
Imaginez combien a dû être remplie l'existence d'un homme qui, ayant été créé successivement commissaire de la loi des pauvres en 1839, secrétaire du « Roard of control» en 1847, secrétaire de la Trésorerie en 1850, chancelier de l'Echiquier en 1855, ministre de l'intérieur en 1839, et enfin secrétaire d'État pour la guerre, a néanmoins trouvé moyen de diriger, pendant un certain temps, la Revue d'Êdim" hourg^ et de traduire de l'allemand V Économie politique des Athéniens, et de publier sur le gouvernement des colonies un ouvrage plein de recherches, et de passer au crible d'une analyse savante les premiers âges de l'histoire romaine, et de disserter sur l'Église irlandaise, et de publier maint