‹ Lettres sur l'AngleterreChapitre 43 sur 95 · PARTIALITE DES CLASSES GOUVERNANTES · texte numérisé non relu

PARTIALITE DES CLASSES GOUVERNANTES

seulement pour la maintenir, mais pour en étendre les conquêtes et en assurer le sauvage apostolat.

« Nous abhon'ons le principe de l'esclavage. Nous désapprouvons la révolte des États du Sud. Nous sympathisons avec le Nord dans ses efforts pour dompter la révolte. Nous admirons, — notamment en ce qui touche l'abolition de l'esclavage, — la politique générale du président Lincoln, et nous désirons qu'il le sache. Voilà ce que nous sommes venus vous dire. »

Ainsi ont parlé, par l'organe de M. Bright, les députéstravailleurs; sur quoi, M. Adams a exprimé l'espoir que, malgré tout ce qui était arrivé, le gouvernement anglais et le gouvernement américain seraient suffisamment poussés, par le sentiment de leur responsabilité, à maintenir entre les deux pays des relations amicales.

Quelle autre réponse M. Adams pouvait-il faire ?

La classe ouvrière ici ne compte pas, aux yeux de la diplomatie. Elle n'est pas représentée dans le jeu des pouvoirs publics. C'est à peine si elle l'est dans la presse. Son opinion n'est donc pas, en matière de politique étrangère surtout, ce qui constitue l'opixiox. L'opinion, dans les questions internationales, î^'est celle des classes qu'on appelle ici ihe governing danses. C'est celle-là qui fournit aux peuples, amis, ennemis ou rivaux de l'Angleterre, la mesure de ses tendances et de ses passions; c'est de celle-là qu'on parle au dehors, quand on dit : « L'Angleterre. » Et en effet, elle a, cette opinion, à son service une organisation puissante, des milliers d'instruments, des milliers d'organes, et, sur chaque point du globe, des échos retentissants.

Or, pour qui s'est-elle déclarée, dès l'origine, si ce n'est

168 LETTRES SUR L* ANGLETERRE (l863)

pour le Sud, l'opinion des governing classes en Angleterre?

J'accorde que le langage de la presse américaine du Norda été souvent très-inconsidéré, violent, injuste, plein de bravades; mais, de bonne foi, sa véhémence n'a-t-elle pas été provoquée par les témoignages journellement répétés d'une partialité sans réserve, et, tranchons le mot, sans pudeur?

De quel fronlviendrait-oB parler de la neutralité anglaise? Est-ce pour prouver sa neutralité, que l'Angleterre, — celle des governing classes^ — a donné aux possesseurs d'esclaves toute la force de son appui moral? A combien de sophismes et h quel genre de sophismes, grand Dieu ! n'a-t-on pas eu recours, de ce côté de l'Atlantique, pour faire saluer, dans des propriétaires et des marchands de chair humaine, armés pour maintenir leur droit d'en trafiquer, des héros du principe de liberté, des martyrs du principe d'indépendance? Avec quels transports de joie n'a-t-on pas toujours accueilli la nouvelle de leurs succès, que toujours on a enflés outre mesure, tandis qu'on prenait presque le deuil pour les succès de leurs adversaires quand il n'y avait pas moyen de se ménager, en les rabaissant, des motifs suffisants de consolation ! Est-il un éloge qu'on n'ait décerné à Jefferson Davis? Est-il une expression de mépris qu'on ait épargnée à M. Lincoln? De grands hommes d'État, de grands capitaines, de grands administrateurs, voilà ce qu'avaient à offrir au monde émerveillé les pays à esclaves ! Et la démocratie du Nord, cette démocratie tant vantée, que se trouvait-elle avoir produit, une fois abandonnée à elle-même? Des politiques myopes, des administrateurs idiots, des financiers artisans de banqueroute, et des généraux qui semblaient avoir fait un pacte avec la défaite ? Tel est le thème sur

Page 1