‹ Lettres sur l'AngleterreChapitre 47 sur 95 · ATT1TUDI-: HAUTAINE DE LA RUSSIE HO · texte numérisé non relu

ATT1TUDI-: HAUTAINE DE LA RUSSIE HO

vivement touchée que l'Angleterre du danger qui menace de troubler la paix de l'Europe ; et la preuve, c'est qu'elle propose d'en finir au plus vite avec les agitateurs européens, sans qui la Pologne aurait continué d'être heureuse et serait aujourd'hui tranquille. — Ah ! vous désirez voir triompher en Pologne la cause de l'ordre et d'une sage liberté? Eh bien, je vais vous indiquer un moyen sûr d'arriver à la réalisation de votre désir : travaillez à calmer ce désordre moral; et matériel qu'on s'étudie à propager en Europe, et voustarirez de la sorte la source des agitations que vous prévoyez. : — Voilà en somme le langage que le prince Gortschakoff tient à- lord Russell ; voilà les conseils qu'il oppose à ses conseils; voilà les reproches qu'il oppose à ses reproches. Il l'accuse de complicité avec tous les boute-feux de la « Révolution cosmopolite » et il veut bien le prévenir que cette complicité est folle.

Cependant, chose remarquable, rien n'est encore venu prouver que l'Angleterre ait ressenti comme elle l'aurait dû ce qu'une semblable réponse a d'ironique et d'offensant. Aucun organe important de l'opinion publique ne s'est répandu en commentaires violents, n'a pris le ton de la raison indignée.

C'est qu'en effet l'Angleterre n'est pas, pour le moment, d'humeur à se mettre sur les bras de grosses affaires. Si elle avait eu envie de courir au-devant d'une querelle ou seulement d'accepter un défi, elle serait, au moment où je vous parle, en pleine guerre avec l'Amérique. Et, certes, rien ne lui aurait convenu davantage que de se débarrasser, quand il en est temps encore, de la rivalité de cette grande république du Nord par qui elle a été si souvent provoquée et qui lui a toujours porté ombrage. Mais elle craint les aventures. L'œil incessamment tourné du côté de la France, elle

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épie avec inquiétude chaque mouvement d'un pouvoir auquel il est donné de tenir l'Europe entière sur le qui-vive.

Dans le tour même qu'a pris cette question de la Pologne, il y a de quoi donner à réfléchir aux Anglais. Il n'a échappé ici à personne que la réponse du prince Gortschakoff au cabinet français est bien différente de celle qu'il a adressée à lord Russell.

Sans doute, dans l'une comme dans l'autre, on trouve les mêmes dénonciations contre l'esprit révolutionnaire; mais ce qui, dans la seconde, ressemble à une raillerie ou à une menace, prend, dans la première, la forme d'un compliment affectueux et semble témoigner de la confiance que l'empereur Napoléon inspire à l'empereur Alexandre.

11 mai.

Politique de lord Russell, à l'égard de la Russie.

S'il faut en juger par ce qui vient de se passer dans la Chambre des Lords, l'Angleterre se résigne à jouer, dans la question polonaise, un bien triste rôle.

Qui l'aurait jamais deviné? Le comte Russell, oui, le comte Russell lui-même, le plus libéral et le plus sincèrement libéral des ministres anglais, est venu déclarer tout net, devant le monde attentif :

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