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POLITIQUE DE LORD RUSSELL A L EGARD DE LA RUSSIE

Que l'Angleterre n'a qu'une confiance très-vague, trèslimitée dans le succès de ses efforts ;

Que les Polonais doivent se garder du danger des illusions décevantes;

Que le gouvernement britannique n'entend pas se faire une querelle avec la Russie et aller au delà du droit de représentation;

Qu'il n'y a pas à vouloir, pour la Pologne, une existence séparée, nul ne sachant bien en quoi précisément la Pologne consiste, et sa reconstitution, si elle embrassait le duché de Posen et la Gallicie, ne pouvant manquer de mettre le feu à l'Europe ;

Qu'il faut compter, avant tout, sur la générosité, la sincérité et le libéralisme de l'empereur Alexandre II ;

Que le prince Gortschakoff a tort d'attribuer exclusivement l'émotion de l'Europe, en ce qui touche la Pologne, à des artisans de révolutions, mais qu'il est très-vrai que des vautours moraux et politiques {moral and polùical vullures) sont attirés par les calamités de tout conflit, comme les oiseaux de proie le sont, sur tout champ de bataille, par l'odeur des cadavres;

Qu'il n'y a rien de mieux à faire que de se fier à la puissance de l'opinion publique, et, plus encore, à la protection du ciel, qui ne laissera pas l'oppression impunie et ne permettra pas la prolongation de tant de douleurs.

Ainsi, le comte Russell, parlant au nom de l'Angleterre, fait hautement profession d'impuissance ! Organe d'un peuple qui se vante d'être 'pratique^ il croit à l'efficacité d'une politique de paroles. Voces^ voces , prœlereaque nihil ! Sa sympathie à l'égard de la Pologne consiste à proclamer impossible et chimérique la séparation , qui est justement ce que la Pologne demande, ce qu'elle poursuit la faulx à la

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main, et ce qu'elle est en train de payer de tout le sang de ses veines! Après M. Billault, le comte Russell prend occa- ■ sion du drame affreux qui se joue sur les bords de |a Vistule, pour chanter les vertus du czar! Après le prince Gortschakoff, il a son mot contre les patriotes cosmopolites, les « oiseaux de proie; » et, heureux plagiaire du style de M. Dupanloup, il les appelle « des vautours! » Enfin, comme le pieux évêque d'Orléans, il se décharge sur la Providence du soin de mettre fin aux malheurs de la terre, oubliant que l'histoire, hélas! n'a guère été jusqu'ici que l'épopée de l'iniquité triomphante, et qu'aux yeux des philosophes religieux, ie plus sombre, le plus impénétrable de tous les mystères est contenu dans ces trois mots : pourquoi le mal?

Non que le comte Russell soit insensible aux iofortunes de la Pologne, loin de là : je lui dois cette justice, que son bon cœur l'a précipité dans un abîme de contradictions.

Et, par exemple, l'hommage qu'il rend à la générosité, à la sincérité, au libéralisme du czar, ne l'empêche pas de rappeler comment les institutions données aux Polonais par le présent empereur ont prêté leur ombre à toutes sortes d'actes tyranniques; comment les arrestations arbitraires se sont multipliées; comment les prisons se sont remplies de malheureux sur qui ne pesait aucune accusation et qu'on arrachait de leur lit pour les plonger dans un cachot; comment les pavés des églises ont été teints du sang d'hommes agenouillés et en prières; comment, à Varsovie, conscription et proscription sont devenues des expressions synonymes; et comment il est impossible aux Polonais, avec de t'els souvenirs dans l'esprit, de tels ressentiments dans le cœur, d'avoir la moindre confiance soit aux promesses, soit aux institutions qui portent le cachet de la politique de Saint-Pétersbourg.

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