LIULANDE ET « L EGLISE ETABLIE
taille pour attaquer sir Robert Peel, et le renversèrent.
Il est vrai que, la victoire remptortée, ils oublièrent l'objet du combat, et c'est ce que M. Dillwyn leur a reproché avec raison. Quoi qu'il en soit, il reste ce fait, que la question n'est pas nouvelle; que les esprits éclairés et les âmes justes ont, depuis longtemps, protesté contre là violence £aite aux croyances religieuses de l'Irlande; que, depuis longtemps, on est d'accord, dans le camp libéral, et sur l'existence du mal, et sur la nécessité du remède.
Mais quel abus manqua jamais de défenseur? Quelle iniquité manqua jamais d'apôtre? Il était réservé à M. Wliiteside de montrer avec quel éclat le talent peut se prostituer au service d'une mauvaise cause.
M. Whiteside est Irlandais; mais il est protestant, il est membre du parti tory, et il représente dans la Chambre des Comm-unes l'université de Dublin, cette citadelle du proies- . tantisme. Aces divers titres, il s'est cru naturellement appelé à entrer en lice. C'est, d'ailleurs, un avocat expérimenté, très-habile, et aucune cause ne l'embarrasse. Ce n'est certes pas moi qui lui reprocberai d'avoir été l'avocat d'O'Connell en 1843 et celui de Smith O'Brien en 1848; mais quand on le trouve, plus tard, attaché à l'administration de lord Derby, d'abord en 1852 comme solicitor gênerai pour l'Irlande, puis en 1858 commte attorney gênerai, on devine ce qu'il est permis d'attendre de la souplesse de son esprit.
Dans l'occasion dont il s'agit, il a été ce qu'il est toujours : amer, railleur, mordant, d'une éloquence abondante et agressive ; mais qu'a-t-il prouvé? Rien.
Pour toute réponse à des arguments appuyés sur des chiffres, il a raconté l'anecdote suivante. Un gentilhomme campagnard demandait un jour à un ami : « Qu'est-ce que le docteur Cooke Tavlor? — C'est le statisticien du château, »
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répondit l'autre. « — Et qu'est-ce qu'un statisticien? — C'est un homme qu'on paye pour inventer des faits à l'usage des whigs. » Cela, comme bien vous pensez, a fait beaucoup rire la Chambre des Communes, les tories surtout; mais cela ne prouve pas que le nombre des protestants ait augmenté en Irlande, depuis qu'on s'est avisé d'y être injuste comme moyen d'y propager le protestantisme.
Que l'établissement en Irlande d'une religion de l'État contraire aux croyances de l'immense majorité du peuple, ait été l'œuvre des conseillers d'Elisabeth, Burghley, Bacon et Cecil, tous hommes d'éminent mérite, personne ne le 'conteste; mais c'est là un pauvre argument, que Burghley, Bacon et Cecil seraient aujourd'hui les premiers à réfuter, s'ils vivaient. A l'époque que M. Whiteside rappelle, le protestantisme n'attaquait pas, il avait à se défendre. Sixte-Quint le menaçait, de Rome. Philippe le menaçait, de Madrid. C'était le temps des conspirations papistes ; c'était le temps de l'Armada. L'Angleterre se résignerait-elle à n'être plus qu'un fief du saint-siége? Se laisserait-elle conquérir? Voilà ce qu'elle avait à décider. Non content d'excommunier la reine , le pape faisait afficher sur les murs du palais de la reine la bulle d'excommunication. Le protestantisme, pris à la gorge, n'avait pas le choix des moyens. Les conseillers d'Elisabeth subirent la dure loi d'une situation qu'ils n'avaient pas créée; ils voulurent arracher l'Irlande au papisme coûte que coûte, et s'ils se trompèrent, il y avait pour cela des raisons dont aucune n'existe aujourd'hui.
Les faits, d'ailleurs, parlent d'eux-mêmes. L'Ecosse, envers qui l'Angleterre a été juste, s'est cordialement et sans réserve unie aux Anglais. L'Irlande, au contraire, les repousse autant qu'elle les craint et frémit sous sa chaîne. Quant aux progrès du protesi inlisme en Irlande, où sont-ils? Il est