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L IRLANDE ET « L EGLISE ETABLIE

Irlande, aux archevêques et évêques de l'Église protestante était de 669,274 acres; de sorte que, comme le disait fort i3ien M. Dillwyn dans la séance de mardi dernier, c'est du sol même d'Irlande qu'on tire de quoi soudoyer les ministres d'une religion que le peuple irlandais regarde comme la plus dangereuse des hérésies.

Est-ce juste?

Jamais, comme l'a encore dit M. Dillwyn, on ne rêva rien de semblable, ni au Canada, ni dans les Indes.

Est-ce politique?

La réponse à cette question est bien simple : pour maintenir »en Irlande l'Église établie, il faut 24,000 soldats et 42,450 constables.

Il n'y a pas à s'y tromper, ce qui, plus que tout autre chose, irrite les Irlandais, les exaspère, leur allume le sang, leur ronge le cœur, c'est la domination de prêtres qui ne sont pas leurs prêtres, de pasteurs qui , à leurs yeux , sont des loups à la porte du bercail.

Il ne s'agit pas de savoir si leurs croyances religieuses, à eux, sont plus éclairées que les croyances qu'ils repoussent : ils sont en général d'une ignorance grossière, qui en doute? Ils sont superstitieux, ils sont fanatiques, ils aiment le pape d'un amour d'esclave, soit. Mais rien ne contribue autant à les enfoncer dans leur bourbier que la grande et permanente injustice dont l'Église installée au milieu d'eux , malgré eux et à leurs dépens, donne le spectacle. Plus on s'efforce de les attirer au culte protestant par de tels moyens, plus ils s'attachent au catholicisme. La situation précaire des prêtres catholiques, comparée à la situation privilégiée des ministres de l'Église établie , loin de nuire à la considération des premiers, les entoure d'une sorte de prestige sacré. Ils ont l'air d'être opprimés par les vainqueurs, par les maîtres du pays,

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et cela même les identifie à un peuple qui, plongé dans la misère, humilié, affamé, attribue tous ses maux à l'ascendant d'une race étrangère. Le prêtre catholique irlandais, de son côté, tire un parti exiraordinaire, on le conçoit, de cet état de choses, pour enflammer les haines, éterniser les ressentiments. Un membre actuel du cabinet, M. Milner Gibson, s'écriait en 1845: « Vous pouvez faire pour l'Irlande ce que vous voudrez, tant que vous maintiendrez là une Église établie, vous n'empêcherez jamais les Irlandais d'y voir un effet de la conquête et le stigmate de leur dégradation. » Eh bien, c'est sous cet aspect que le prêtre catholique* irlandais ne cesse de présenter l'établissement protestant.- Et voilà comment l'Irlande, au lieu de constituer une force pour l'Angleterre, est un boulet rivé à son pied.

C'est donc une importante question que celle que M. Dillwyn a soulevée mardi dernier, lorsqu'il a demandé la formation d'un comité chargé d'( xaminer ce qu'il y aurait de mieux à faire relativement à la dotation de l'Église protestante d'Irlande.

Aujourd'hui, les revenus de cette Église sont hors de toute proportion avec les travaux dont ils sont censés être la rémunération. Il y a telle paroisse dont le pasteur touche un revenu de trois cent trente livres sterling et dont les ouailles se composent de vingt-quatre personnes. Voilà un bien riche berger pour un aussi modeste troupeau ! M. Dillwyn a exprimé le vœu qu'on s'occupe au moins de rechercher h quels besoins pressants l'on pourrait appliquer le surplus des revenus qui auraient été reconnus nécessaires et convenables. Ce n'était certes pas exiger beaucoup, et l'orateur, qui parlait ici au nom du parti libéral, a pu invoquer à l'appui de sa thèse les membres les plus notables du ministère actuel, qui, en 1835, choisirent précisément ce champ de ba-

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