EFFET DE LA NOUVELLE DE LA MORT DE STON. JACKSON
d'une armée. Peut-être le président Jefferson Davis ne le jugeait-il pas en état de f^iire mouvoir de grandes masses dliommes. Peut-être se défiait-il lui-même à cet égard de sa puissance. Qu'importe, du reste? Sa force était dans le prestige de son nom, dans la confiance sans bornes et l'espèce d'affection filiale qu'il inspirait au soldat, dans l'élan qu'il lui imprimait. Sous ses ordres, les troupes étaient capables, non-seulement de mieux se battre, mais de faire face à de plus dures privations et de supporter sans murmure de plus longues marches. D'autre part, sa piété, qui était fervente, donnait, aux yeux des siens, une sorte de consécration religieuse à la cause injuste qu'il défendait. Homme de mœurs très-simples, fort négligé dans sa personne, montant mal à cheval, et d'une figure qui était plutôt celle d'un bon fermier que celle d'un héros, son extérieur, loin de rien ôter au pouvoir de ses qualités morales, le relevait, en lui imprimant un caractère d'originalité attachante. Sous certains rapports, c'était une nature jetée dans le moule de Cromwell. En lui, comme en Cromwell, il y avait le rude partisan, le dévot, l'homme de guerre, le puritain. Comme Cromwell, il passait toute la nuit en prière, la veille d'une bataille ; et cela ne servait pas peu à fortifier son influence sur des hommes qu'une éducation fausse, des habitudes d'esprit perverses ont conduit à marier au culte de la Bible l'intérêt qu'ils ont à maintenir l'esclavage. Car, chose étrange/ la Bible n'a pas de plus sincères adorateurs en Amérique que les propriétaires de chair humaine, et ils font à Dieu l'outrage de mettre sous sa protection cette propriété impie. Pour toutes ces raisons le Sud a fait dans Stonewall Jackson une perte irréparable, et il est naturel que ceux qui en Angleterre soupirent après le triomphe du Sud aient pris moralement le deuil.
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mai.
Débat sur l'acte d'uniformité.
Pendant que la Chambre des Communes s*occupait de TÉglise protestante d'Irlande, lord Ebury, dans la Chambre des Lords, insistait sur la nécessité de donner enfin un peu de jour et d'air à la conscience du clergé.
Rudes sont aujourd'hui les épreuves auxquelles est soumise en Angleterre l'orthodoxie de quiconque aspire aux honneurs de l'ordination et à ceux du ministère sacré.
Il doit d'abord prêter le serment d'allégeance et de suprématie: puis déclarer que le livre de prières ne contient rien de contraire à la parole de Dieu; puis reconnaître que des trente-neuf articles qui constituent l'orthodoxie protestante, il n'-en est pas un seul qui ne soit conforme à la parole de Dieu. Cela fait, il peut devenir maître es arts.
Pour devenir diacre, il faut qu'il répète serments et * déclarations.
Prêtre, il ne saurait l'être qu'à la condition d'avoir traversé semblable épreuve.
Et ceci même ne suffit pas dès qu'il s'agit pour lui , soit d'obtenir un bénéfice, soit.de passer d'un bénéfice à un autre; car, dans ces deux cas, il est tenu de déclarer en outre : 1° qu'il s'engage à se conformer à la liturgie de l'Église d'Angleterre; 2° qu'il donne un assentiment pur de toute
DEBAT SUR L ACTE D UNIFORMITE m
arrière-pensée à chacune des choses contenues et prescrites dans le livre des communes prières {the Book of common Prayer).
Ajoutez à cela le serment d'obéissance canonique, plus le serment contre la simonie, plus l'obligation de répondre à une foule de questions inquisitoriales, et vous n'aurez encore qu'une partie des mailles du filet jeté par l'Église d'Angleterre sur la conscience de ses ministres.
Mais des divers engagements exigés, le plus oppressif est celui qui requiert un assentiment absolu à tout ce que contient le Book of common Prayer.
On se rappelle dans quel esprit et sous l'empire de quelles circonstances fut décrété ce fameux « acte d'uniformité », qui', sous prétexte d'introduire dans l'Église d'Angleterre l'unité et la paix, mit aux mains de l'intolérance un glaive si acéré. Après l'exécution de l'archevêque Laud, en 1644, et celle de Charles P^, cinq ans après, la cause de l'épiscopat sembla perdue. Le Parlement ayant aboli, non-seulement l'épiscopat, mais tout ce qui ne cadrait pas avec le modèle fourni par l'Église genevoise, le presbytérianisme devint la religion dominante, et constitua, sous le protectorat de Cromwell, c( l'Église établie » . Mais à son ombre fleurirent beaucoup d'autres sectes : celle des quakers, celle des baptistes, surtout celle des indépendants ou brownistes, qui ne voulaient pas de l'union de l'Église et de l'État. Cette dernière avait les sympathies de Cromwell, et ce fut celle qui prévalut dans l'armée. En réalité, il n'y eut de proscrit, à, cette époque, que l'épiscopat, mais il le fut avec violence. De persécutés qu'ils avaient été , les non-conformistes se firent persécuteurs.
La restauration de 1660, en ramenant Charles II sur le trône de ses ancêtres, devait donc naturellement apporter la
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vengeance dans ses bagages, et l'Église épiscopale, à peine rétablie, mit à frapper ses adversaires la même fiiieur que se^ adversaires, dans leurs jours de triomphe, avaient déployée contre elle. Déjà, lors de l'avènement d'Elisabeth, on avait fulminé contre les non-conformistes un « acte d'uniformité », qui défendait, sous les peines les plus sévères, la célébration de tout .culte autre que celui prescrit dans le « Book of common Prayer ». Sous Charles II, en 1662, on rouvrit ce vieil arsenal des persécutions ecclésiastiques, et « l'acte d'uniformité » fut remis en lumière.
Toutefois, le bill, tel que le vota la Chambre des Communes, n'imposait pas l'obligation de souscrire à tout ce que contient le « Book of common Prayer ». Ce furent Sheldon et ses amis qui, dans la Chambre des Lords, firent arlificieusement insérer cette clause, dont le but était d'enlever aux dissidents toute échappatoire; et c'est de cette clause que, dans la séance de mardi dernier, lord Ebury demandait la radiation.
C'est qu'en effet le « Book of common Prayer » contient des choses qui, prises à la lettre, sont de nature à révolter tout esprit honnête, toute conscience droite. Quelle àme vraiment pieuse peut s'adresser à Dieu en ces termes : « 0 Seigneur Dieu, toi à qui appartient la vengeance? » Quelle intelligence élevée peut s'associer à des anathèrnes tels que ceux-ci : « 0 fille de Babylone, béni soit celui qui saisira tes enfants et les écrasera contre la pierre? »
Aussi lord Ebury n'a- t-il pas eu de peine à prouver que beaucoup, arrivés au seuil de lÉglise, reculaient d'effroi, en entendant le cri de leur conscience, et que la diminution, bien constatée, du nombre de ceux qui se consacraient aujourd'hui à l'Église, était principalement due à cette cause.
Il n'y a pas à s'arrêter aux arguments que l'archevêque