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CE QUE VAUT L OPINION DANS UN PAYS LIBRE

partie du commandant en chef. C'est lui qui choisit les officiers dont doit se composer le tribunal; en lui réside le pouvoir, soit de commuer la sentence, soit même de l'annuler. Or, il ne faut pas l'oublier, sir Hugh Rose, le commandant en chef, se trouve, dans le cas dont il s'agit, compromis personnellement, attendu qu'il a, par un déplorable effet de l'esprit de corps, approuvé la conduite de son subordonné, et, ce qui est pire, essayé de flétrir la mémoire de la victime. D'un autre côté, les officiers anglais, dans les Indes, veillent avec un soin jaloux à la conservation du prestige qui, aux yeux des indigènes, entoure leur autorité; despotes, ils désirent naturellement passer pour impeccables. Il leur déplaît, en outre, à eux qui, là où ils dominent, ne reconnaissent aucun droit de contrôle, de paraître, devant des populations asservies, dans la condition humiliante de coupables. Ajoutez à cela qiie, dans l'affaire en question, ce n'est pas le colonel Crawley seulement qui aura à s'asseoir sur la sellette : c'est le général Farrell, c'est le commandant en chef de Bombay, sir William Mansfield; c'est le commandant eu chef des Indes lui-même, sir Hugh Rose.

Chacun a compris que, dans ces conditions, il y avait danger à ce que la justice ue fût pas faite*, et chacun voulait que justice se fit.

Lorsqu'il s'est vu pris à partie si vivement par la presse anglaise, le colonel Crawley a cherché à se disculper, en rejetant sur le lieutenant Fitz-Simons la responsabilité des mesures cruelles qui ont coûté la vie au sergent-major Lilley; mais cette responsabilité, le lieutenant la renvoie au colonel : c'est sur ce point que portera le procès. Qu'importe? La question incidente ici est tellement bée à l'ensemble de l'affaire, que tout sera mis sans aucun doute en pleine lumière. On saura pourquoi Lilley est mort, et qui

(loir répondre de cette mort devant le peuple anglais.

C'est ce que le public ici désire ardemment connaître, dût le résultat porter atteinte à la réputation d'officiers aussi distingués que sir William Mansfield, par exemple, qui est de tous les généraux celui dont les services seraient le plus précieux à l'Angleterre dans une guerre orientale.

La passion avec laquelle certaines gens poursuivent l'éclaircissement de cette sombre affaire est si grande, qu'ils mettent en question s'il ne serait pas légal et convenable d'invoquer en cette circonstance, contre l'accusé ou les accusés, la compétence de la justice civile : opinion qui s'appuie sur certains passages des commentaires du livre de Blackstone, par Stephen, et aussi sur des précédents d'un caractère tenible. 11 y a soixante et un ans, un colonel Wall iiit pendu à Newgale pour avoir illégalement infligé à un soldat sous ses ordres une punition des effets de laquelle ce •dernier était mort. Notez que, depuis la perpétration du €rime, il ne s'était pas écoulé moins de trente ans, et que, pendant ce long intervalle, le coupable avait expié sa faute par une vie de misère et de volontaire bannissement. Rien n'y fit ; le sang du soldat criait vengeance : la loi fut inexorable. Le Daily Télégraphe qui rappelle ce fait, a soin de faire remarquer que l'adoucissement des mœurs depuis cette époque défend de citer cette exécution comme un exemple à suivre ; mais il la cite pour prouver que si, dans l'affaire Lilley, il y a un coupable, ce coupable doit être puni avec sévérité, et il ajoute : « La vie d'un soldat anglais n'est pas moins sacrée aujourd'hui qu'elle ne l'était sous le règne de George IIL »

Du reste, pour ce qui est de ces sortes de délits, l'impunité serait d'autant plus fâcheuse en Angleterre, que l'existence de l'armée y repose uniquement sur le système des

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