CE OUE VAUT L OPINION DANS UN PAYS LIBRE
enrôlements volontaires. Le jour où le soldat cesserait d*y être protégé par la justice contre le despotisme ou la brutalité de ses officiers ; le jour où Tarmée deviendrait impopulaire parmi la classe qui fournit les recrues, ce jour-là un coup mortel se trouverait avoir été porté au régime qui met l'Angleterre en état d'entretenir une force militaire à la fois suffisante et compatible avec la liberté.
Dans la siéance du 12 juin, M. Coningham s'est écrié : « Au nom des officiers, des sous-officiers et des soldats de Tarmée anglaise, je demande justice, oui, alors même que la justice devrait atteindre des généraux, alors même que le blâme devrait monter jusqu'à Son Altesse Royale le commandant en chef de l'armée. »
Ceci vous donnera une idée de la violence des attaques auxquelles le duc de Cambridge a prêté le flanc en se bornant d'abord à réprimander un homme que son devoir était de faire juger.
Sa défense a consisté à dire que le commandant en chef des Indes jouit, en matière de discipline, d'une indépendance presque absolue, sur laquelle, lui, quoique chef suprême des forces militaires, il n'avait pas voulu empiéter.
Mauvaise excuse ! Le pouvoir de la reine sur l'armée est tout aussi absolu dans les Indes que dans l'intérieur de l'Angleterre.* En principe, le commandant en chef des Indes n'est pas plus indépendant que le général qui commande en Irlande. Ce qui est vrai, c'est que, en fait, on laisse beaucoup de marge à son action, à cause de la distance; mais cela n'empêche pas que la couronne n'ait le droit et le devoir d'intervenir dans les cas où, comme dans celui-ci, l'intérêt public et la justice le requièrent.
Le duc a aussi allégué, pour sa justification, qu'il n'avait eu «'onnaissance complète des faits que tardivement.
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A cela, on a répondu :
Que Taffaire avait traîné pendant des mois^ entiers dans tous les journaux indiens;
Qu'elle avait fourni le sujet de conversations animées dans tous les cercles militaires ;
Que les plaintes et les rapports avaient abondé;
Que, d'ailleurs, le duc en savait assez, lorsqu'il jugea une réprimande suffisante, pour qu'on soit autorisé à lui reprocher une indulgence dont Yesprit de corps et l'esprit aristocratique peuvent seuls expliquer l'excès ;
Qu'il n'a pas été à la hauteur de ses devoirs et de sa responsabilité, en obéissant au mouvement de l'indignation publique, au heu de la devancer ;
Qu'en pareil cas, les hommes investis de l'autorité ne doivent pas attendre, pour sévir justement, que l'explosion d'un grand scandale les y force;
Que ce n'est pas enfin pour cela qu'on les « paye. »
Je reproduis, sans les adoucir, les termes de cette espèce de réquisitoire, fulminé par certains organes, très- répandus, de la presse anglaise, parce que rien ne montre sous un jour plus éclatant ce que peut, ce que vaut et ce que pèse l'opinion dans un pays libre.
Le duc de Cambridge est une Altesse Royale ; il est le petit-fils de George III ; il est le cousin de la reine d'Angleterre. Et cependant, voilà de quelle manière il est traité, pour un fait de condescendance excessive ou de partialité blâmable, par le premier journaliste venu, — juge obscur, juge anonyme, mais dont les arrêts n'en sont pas moins péremptoires lorsqu'ils sont justes!
Rapprochez ceci de ce qui se passe en France.
23 juin.
Despotisme de l'opinion publique en Angleterre.
J'ai dit ce que valait l'opinion publique en Angleterre. Sa puissance, en certaines occasions, ne se fait-elle pas trop sentir? Je le crains.
En France, l'opinion publique est l'asile où la liberté, chassée des institutions, se réfugie; en Angleterre, c'est la forteresse où quelquefois le despotisme, chassé des institutions, se cantonne.
Pourquoi le taire et comment le nier? L'opinion publique, en Angleterre, est une force qui n'a rien de commun, à la vérité, (avec celle dont les gouvernements ont coutume de s'armer contre ce qui les gêne, mais qui n'en pèse pas moins rudement sur le penseur et le philosophe, décourage ou châtie moralement toute vigoureuse initiative, coupe les ailes à tout esprit qu'attirent les régions inconnues, et ne promet les joies de l'ambition satisfaite qu'à ceux qui se résignent à marcher dans les sentiers battus.
L'opinion publique, en Angleterre ! Malheur à qui la défie! On n'invoquera contre lui aucun texte de loi ; on ne le traduira devant aucun tribunal; on ne lui dépêchera ni commissaires de police ni gendarmes, mais il risquera de mourir, faute d'air, et de disparaître, écrasé sous le poids de l'indifférence ou du mépris !
En France, lorsque M. Proudhon eut lancé son fameux
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livre La propriété^ cest le vol^ beaucoup s'irritèrent, beaucoup se récrièrent; mais cela même fit à l'ouvrage un grand succès. En Angleterre, ni ministres, ni législateurs, ni juges, ni policemen, n'auraient eu à se mêler de la chose, mais le livre n'aurait trouvé probablement personne qui eût envie de le lire, personne qui s'offrît à en être l'éditeur, et peutêtre personne qui consentît à l'imprimer.
Sacrifier ses opinions à V opinion est considéré en France, de la part d'un homme politique, comme une faiblesse coupable. En Angleterre, Sa Majesté l'opinion sourit à de tels sacrifices comme à un hommage qui lui est dû.
Ouvrez la biographie de sir Robert Peel. Y eut-il jamais un plus violent adversaire de l'émancijfation des catholiques? Or, par qui fut présenté, en fin de compte, le Catholic Relief- Bill? Par lui. Y eut-il jamais un adversaire plus décidé de la suppression des prohibitions qui pesaient sur les céréales? Or, à qui l'Angleterre est-elle redevable de cette réforme célèbre? A lui. Ainsi, voilà un homme d'État qui passe sa vie à se contredire, réfute ses discours par ses actes, guide le parti tory, le dissout, le ressuscite, Tabandonne... Et qu'en résulte-t-il? Qu'il se discrédite? Tout au contraire. Ses concessions deviennent ses conquêtes ; ses défaites comme penseur sont ses victoires comme ministre; sa popularité gagne tout le terrain qu'ont perdu ses convictions. Quand il meurt, pas de parti qui ne le pleure. Vite une statue à l'homme qui a su sacrifier ses opinions à l'opinion!
Le résultat inévitable de ce règne trop absolu de l'opinion publique est de faire passer sous le lourd niveau de l'uniformité non-seulement les idées, mais les goûts, les usages, les habitudes. Même dans les plus petites choses, on n'est pas tout à fait soi impunément en Angleterre. Je connais un Français qui ne peut sans souffrance avoir son chapeau
sur la tête. Eh bien! il ne lui est jamais arrivé de s*avanturer dans la rue, son chapeau à la main, sans devenir aussitôt la risée des passants. Tel était aussi le sort, je m'en souviens, de tout étranger en moustaches, vivant la guerre de Crimée, c'est-à-dire avant que l'Irlandais Russell eût écrit au Times^ dont il était le correspondant, qu'à côté des guerriers barbus envoyés par Lutèce, ceux d'Albion, à la peau lisse, faisaient aux Turcs l'effet de danseurs de corde. A cette époque, quiconque aurait violé les lois de la respectahililé, en ce qui concernait sa lèvre supérieure et son menton, se serait exposé, Dieu me pardonne, à n'être employé dans aucun magasin, s'il voulait apprendre le commerce; à ne pas trouver d'élèves, s'il était professeur; à courir, après les chalands, s'il ouvrait boutique.
Quant à l'opinion publique dans ses rapports avec les matières religieuses, c'est ici qu'il faut venir pour avoir une idée de la pression que peut exercer l'intolérance sous sa forme la plus adoucie. On ne brûle pas les hérétiques, comme autrefois; on ne persécute pas, la loi à la main, les philosophes : non certes; et même, il est juste de reconnaître qu'une très-grande latitude est accordée par ce pays protestant à l'exercice du culte catholique. En réalité, le système des persécutions légales a cessé d'être en vigueur. Encore ceci n'est-il pas vrai d'une manière absolue. En 1857, aux assises d'été du comté de Cornouailles , un homme, Thomas Pooly, dont le caractère et la vie privée étaient sans tache, fut condamné à vingt et un mois d'emprisonnement pour avoir écrit sur une porte quelques mots offensants, à l'adresse du christianisme. Dans la même année, MM. George Jacob Holyoake et Edouard Truelove furent déclarés indignes de faire partie du jury, parce qu'ils avouèrent honnêtement n'avoir pas de croyances théologiques, et, pour la même
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raison, un étranger, le baron de Gleichen, ne put obtenir justice contre un voleur. M. John Stuart Mill, qui rappelle ces exemples dans son beau livre sur la Liberté, s'indigne avec raison contre la doctrine légale en vertu de laquelle nui n'est admis à témoigner en justice, s'il ne croit pas en Dieu ou en l'existence d'un autre monde. « Cela revient, « s'écrie M. John Stuart Mill, à mettre hors la loi toute perte sonne qui est dans ce cas; cela revient à déclarer qu'il est « loisible de la voler ou de l'attaquer, quand le vol ou l'at- « taque n'ont eu pour témoins qu'elle-même ou des perte sonnes professant une opinion semblable ; bien plus, cela <i revient à assurer l'impunité aux vols et violences, quel «que soit celui qui en souffre, toutes les fois que leur cons- « tatation repose sur le témoignage des personnes dont il « s'agit (1)! »
Belle doctrine que celle qui, commençant par supposer qu'on ne saurait être athée sans être un menteur, admet le témoignage des athées qui mentent, et repousse celui des athées assez honnêtes, assez sincères, assez courageux, pour proclamer leur conviction, à la face d'une société qui la flétrit!
Vous le voyez donc, il pourrait y avoir erreur à prétendre que l'ère des persécutions légales est absolument et pour jamais fermée. Tout ce qu'il est permis de dire, c'est que les cas oJA l'intolérance se montre armée de la loi sont extrêmement rares. Ce n'est donc point là qu'est le mal. Le mal est dans le stigmate que l'opinion publique imprime aux croyances philosophiques qui diffèrent de l'orthodoxie généralement admise, de l'orthodoxie convenue. — « Ce stig- « mate est si effectif, — c'est encore John Stuart Mill
(1) On Liberty p. 53. .
qui parle, — qu'en Angleterre on craint plus de professer « des opinions honnies par la société, qu'on ne craint, en « d'autres pays, d'émettre des opinions passibles d'une « peine judiciaire (1). »
Et cette tyrannie des idées reçues, on la rencontre à chaque pas. Tel qui se hasardera, peut-être, à vous dire à l'oreille, dans le secret de l'intimité, ce qu'il pense de certains passages de la Bible, tremblera à la seule idée de s'exprimer de la même sorte en public. Tel qui s'abstiendrait d'aller au prêche, s'il n'obéissait qu'à ses propres convictions, prendra régulièrement, son livre de prières à la main, le chemin de l'église, pour faire comme tout le monde et parce que cela est respectable.
Cette tendance des Anglais à se conformer k l'opinion dominante, soit dans leur conduite, soit dans leurs discours, présente, à côté de quelques avantages, des inconvénients fort graves. La pression trop grande de l'opinion publique arrête l'essor des natures originales; elle étouffe les intelligences prime-sautières -, elle force ceux en qui un esprit actif n'est pas servi par un caractère vigoureux et hardi, à ensevelir au dedans d'eux-mêmes la vérité telle qu'ils la comprennent, à dissimuler leurs pensées, à ruser sans cesse avec leur conscience*^ elle enlève à tous le bénéfice qu'ils retireraient de la libre émission de ce que chacun a dans la tête ou dans le cœur; elle punit comme un crime le plus utile, le plus désirable de tous les courages, celui de l'esprit; elle retient la société dans un état de stagnation intellectuelle, trop souvent confondu avec un état de calme *, elle produit enfin, tantôt sous le nom séduisant de décorum, tantôt sous le nom imposant de respcctahility ^ une manière
(1) Ibid. p. 5S.
d*être qui n'est pas précisément de rhypocrisie, mais qui y ressemble .
Il importe, en outre, de remarquer que là où l'opinion publique a la force du despotisme, elle peut en avoir les caprices. Comment être sûr d'avance que, si les circonstances amenaient l'opinion publique à se prononcer vivement sur un point donné, la liberté ne courrait pas risque, sur ce point, d'être écrasée! En 1858, par exemple, un écrivain s'étant avisé de développer une doctrine qui est repoussée ici presque unanimement, et avec raison selon moi, qu'arriva-t-il? que la liberté de la presse fut violée sans façon et, qui plus est, au nom de la loi. Car on se tromperait si l'on croyait que c'est la loi qui, en Angleterre, consacre la liberté de la presse. En ce qui toucbe la presse, la loi anglaise est aujourd'hui ce qu'elle était au temps des Tudors. La puissance véritablement protectrice de la liberté de la presse dans ce pays, c'est l'opinion publique, laquelle pèse, il est vrai, de tout son poids sur la direction des journaux, mais les met, en revanche, à l'abri des vexations du gouvernement. Le droit légal de poursuivre les journaux existe; seulement, l'opinion publique empêche qu'on ne l'exerce. Or, que faut-il pour qu'on soit sûr qu'elle l'empêchera toujours? Il faut qu'elle soit elle-même avertie des dangers du despotisme qu'elle exerce; il faut qu'elle-même soit amenée à comprendre la portée de ces belles paroles de John Stuart Mill : « Si le monde entier, moins un homme, était « d'une opinion, et cet homme d'une opinion différente, le « monde entier n'aurait pas plus le droit de lui imposer « silence, que lui, s'il en avait le pouvoir, d'imposer silence « au monde entier. »
HISTOIRE DE CERTAINES DEPÊ^'JIES FALSIFIEES 287
2i juin.
Histoire de certaines déiièclies falsifiées.
Le télégraphe vient d'apporter en Angleterre la nouvelle que Dost Maliommed Khan est mort. D'après le message électrique, il serait mort comme il a vécu, en homme de guerre, et il aurait rendu le dernier soupir dans la ville d'Hérat, enfin conquise.
Dost Mahommed Khan ! Ce nom rappelle une accusation terrible qui, pendant plusieurs années, a plané sur lord Palmerston, le suivra au tombeau, et restera sans doute attachée à sa mémoire. Autour de ce nom se groupent une foule de souvenirs sanglants, et il est impossible de le prononcer sans avoir aussitôt présentes à l'esprit la plus tragique des erreurs, la plus fatale des injustices qui aient jamais marqué la domination des Anglais dans les Indes.
Il y a, je crois, h cet égard, une page historique fort intéressante à écrire, d'autant plus intéressante, qu'on a fait ici, pour étouffer la vérité, des efforts dont le succès est un scandale que se doit de dénoncer hautement, de dénoncer sans cesse, quiconque, connaissant les faits, les juge avec une âme honnête.
Le 16 janvier 1837, lord Palmerston, dans une dépêche
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adressée au comte de Durham à Saint-Pétersbourg, se plaignait vivement de la conduite du comte Simonitch, ambassadeur russe à Téhéran, qu'il accusait de pousser la Perse à attaquer Hérat. «Il serait si contraire aux principes professés par le gouvernement russe, » écrivait lord Palmerston, « d'avoir donné au comte Simonitch des instructions pour agir comme il l'a fait, qu'il a dû agir sans instructions (1). » Le comte de Durham communiqua la dépêche au comte de Nesselrode, qui n'hésita pas à dire : « Si le comte Simonitch a agi comme on le prétend (ce que je nié), il se trouve avoir agi en opposition directe avec ses instructions (2). »
L'affirmation ne pouvait pas être plus péremptoire. Mais les diplomates sont tous, plus ou moins, de l'avis de M. de Talleyrand : ils croient que « la parole a été donnée à l'homme pour cacher sa pensée ». Le gouvernement anglais continua donc, malgré les assurances formelles reçues de Saint-Pétersbourg, à prendre alarme du genre d'influence que la Russie exerçait sur la cour de Perse. Au Foreign- Office, on resta persuadé que les Russes brûlaient de se frayer un chemin vers les Indes; que la Perse les y aiderait; que la ville d'Hérat serait à eux en réalité dès qu'elle serait à la Perse, et que Hérat deviendrait ainsi leur avant-poste.
A cette époque, l'homme qui régnait sur le Kaboul et l'Afghanistan était Dost Mahommed, qui, d'une part, disputait à Runjeet Singh la possession de Peshawur, et, d'autre part, se voyait menacé par les prétentions de la Perse sur Hérat. Livré à un double péril, il avait besoin de s'appuyer sur une alliance puissante. Entre la Russie et
(1) Correspondenco relaling to Pcrsia and Ihe Affghanistan, laid hefore Pariiamenl in 18o9.
(2) Ibid.
l'Angleterre, il lui fallait choisir : son choix fut pour l'Angleterre.
C'est ce que l'envoyé anglais à Kaboul, sir Alexandre Burnes, ne mit jamais en doute, et ce qu'il affirma invariablement dans toutes ses dépêches, ainsi que la suite de ce récit en fournira la preuve.
Sir Alexandre Burnes était un homme plein d'intelligence, d'énergie, d'activité; mais il n'occupait aux Indes qu'une position subordonnée. Le gouverneur général des Indes, à cette époque, était lord Auckland; et il arriva, très-malheureusement pour l'Angleterre, que l'opinion de lord Auckland ne fut d'accord avec celle de sir Alexandre Burnes ni sur la politique à suivre à l'égard de Dost Mahommed, ni sur les faits devant servir de point de départ à cette politique. Lord Auckland, avec mille preuves du contraire sous les yeux, se plut à croire que le « Dost » était, au fond de son cœur, un ennemi juré de l'Angleterre; qu'il n'y avait que perfidie dans ses démonstrations d'amitié. Et cette croyance, le gouverneur général ne réussit que trop bien à la faire partager au Foreign-Ofjice.
Les choses en étaient là, lorsque, le 19 décembre 1837, sir Alexandre Burnes reçut une visite de Dost Mahommed Khan. L'émir tenait à la main une lettre qui venait de lui être adressée par son fils, gouverneur de Ghuzni, et qu'il s'empressa de montrer à sir Alexandre Burnes. Elle annonçait l'arrivée à Ghuzni d'un agent russe, qui était en route pour Kaboul. « Que dois-je faire en cette occurrence » , demanda le Dost à l'envoyé anglais? « Je viens vous consulter. Je ne veux avoir affaire à aucune puissance autre que l'Angleterre. Aussi longtemps qu'il me sera permis de compter sur ses sympathies, je n'entrerai en relation avec aucun autre gouvernement. Si vous le voulez, je donnerai T. ïir. 19
l'ordre qu'on expulse de mes États l'agent russe, ou qu'on le détienne : bref, je ferai ce que vous désirerez. » — « Savezvous, )j demanda à son tour sir Alexandre Burnes, « dans quel but cet agent vous est envoyé, ou même s'il est effectivement un agent de la Russie ?» — « J'ai lu, répondit l'émir, toutes les lettres qu'il a écrites de Kandahar, et je ne sais rien de plus. » — « C'est une loi sacrée parmi les nations civilisées, » fit observer sir Alexandre Burnes, « de ne pas refuser de recevoir des émissaires en temps de paix, et je ne saurais prendre sur moi de vous conseiller de ne pas recevoir un homme qui se déclare dûment accrédité ; mais il ne tient qu'à vous de montrer de quels sentiments vous êtes animé, en dévoilant d'une manière absolue au gouvernement britannique les motifs qui amènent ici cet agent. » — « Très^ volontiers, » dit l'émir.
De toutes ces circonstances, sir Alexandre Burnes fit un rapport fidèle, dans une dépêche qu'il adressa, le 20 décembre 1837, à sir William Macnaghten, secrétaire du gouvernement des Indes (i).
Trois jours après, il écrivit directement au gouverneur général lui-même que les Afghans, menacés par la Perse d'une part, et d'autre part par les Sikhs, avaient été amenés à chercher la protection, soit des Perses, soit des Russes, mais que l'appui maintenant désiré par eux était celui de l'Angleterre; que Dost Mahommed était décidé à faire cause commune avec les Anglais, et avec eux seuls ; que, si l'on voulait déjouer sérieusement les intrigues de la Perse et de la Russie, il fallait en venir à des mesures énergiques, obtenir de Runjeet-Singh un arrangement raisonnable touchant l'affaire de Peshawur; et se concilier par là d'une
(1) Correspondence of sir A, Burnes, n" 1 of 1859, second session.
manière permanente l'attachement de Dost Mahommcd et des Afghans (i).
En réponse à cette dépêche, sir William Macnaghten fit savoir à sir Alexandre Burnes qu'on n'approuvait pas sa politique et qu'on ne croyait pas à ce qu'il espérait, lui, de l'émir. Si l'agent russe n'était pas renvoyé purement et simplement, sir Alexandre Burnes devait s'attendre à être rappelé. Bien que les vues qu'on lui prescrivait de seconder fussent contraires aux siennes, l'envoyé de l'Angleterre à Kaboul fit effort pour obtenir de Dost Mahommed qu'il se débarrassât de l'émissaire qui inspirait tant d ombrage au gouvernement anglais; et, trouvant l'émir disposé à faire ce qu'on lui demandait, il se hâta d'en informer sir William Macnaghten par une dépêche en date de février i838. Tout fut^inutile. Il y avait parti pris d'écraser l'émir. Sir Alexandre Burnes fut révoqué, et, en apprenant cette nouvelle, Dost Mahommed s'écria douloureusement : « Je n'ai pas abandonné les Anglais; ce sont les Anglais qui m'abandennent (2). »
Vivait alors à Loodianah, d'une pension que lui faisait le gouvernement indien, le chef afghan Shah Soojak, qui, dix ou onze ans auparavant, avait été déposé par ses propres sujets. L'Angleterre résolut de le rétablir sur le trône après avoir renversé, pour lui faire place, Dost Mahommed Khan.
« Il est du devoir du gouvernement indien, » disait lord Auckland dans une dépêche en date du mois d'août 1838, « de déposer Dost Mahommed et de réinstaller le souverain légitime.» Lord Auckland, représentant d'un pays qui n'admit jamais la doctrine du droit divin, appelait souverain légi-
(1) Mr. Du?ilope's motion for a sclect Commitlee on the Affqhnn papers. House ofCommons^ idth march 1861. (-2) Ibid.
202 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l8G3)
time un prince que les Afghans avaient mis de côté, dont ils ne voulaient pas et qu'il s'agissait de leur imposer par la force! Mais ce prince promenait de n'être aux mains des Anglais qu'un jouet docile. Sa légitimité était là !...
Pendant que le gouvernement indien se préparait ainsi à accabler l'émir, sous prétexte qu'il était ami des Russes, et qu'il avait reçu un agent de la Russie, lord Palmerston adressait des remontrances au cabinet de Saint-Pétersbourg sur la conduite des émissaires de ce cabinet dans l'Asie centrale. Voici un passage de la dépêche du ministre anglais en date du 26 octobre 1838. Il est relatif à l'agent russe dont il a été question plus haut : « Le soussigné est chargé de constater qu'un émissaire russe, du nom de Vicovich, mais qui prend quelquefois le nom d'Omar Reg, et se dit attaché à l'ètat-major du général qui commande à Orenberg, a porté au souverain de Kaboul des lettres de l'Empereur et du comte Simonitch, lettres dont le gouvernement britannique a des copies. Du langage que, d'après les rapports reçus par le gouvernement britannique, cet émissaire a tenu, soit à Kandahar, soit à Kaboul, il n'y a qu'une conclusion à tirer: c'est qu'il s'est efforcé de son mieux de détacher les chefs afghans de toute union avec l'xingleterre, et de les pousser à chercher leur appui, d'abord en Perse, et finalement en Russie (1). »
Cette note resta sans réponse, mais elle se croisa avec une lettre du comte de Nesselrode à Pozzo di Rorgo, datée de Saint-Pétersbourg, 20 octobre 1838. Il y était dit : « En plaçant ainsi les faits dans tout leur jour, notre cabinet peut donner à celui de Londres l'assurance positive que
(i) Correspondence relating to Persia and Affghanistan^ laidbefore Farliament in 1839, p. 179.
dans la mission de M. Witkewitch (Vicovitch) à Kaboul et dans les instructions qu'il a reçues, il n'y a jamais eu le moindre dessein hostile au gouvernement anglais, ni la plus légère idée de troubler la tranquillité des possessions britanniques dans l'Inde (1). »
Le 20 décembre 1838, lord Palmerston répondit au comte Pozzo di Borgo : « Le gouvernement de Sa Majesté accepte comme tout à fait satisfaisante la déclaration du gouvernement russe, que celui-ci ne nourrit aucun dessein hostile aux intérêts de la Grande-Bretagne dans les Indes (2). »
Qui aurait jamais pu imaginer que, lorsqu'il se proclamait de la sorte plein de confiance dans la bonne foi des protestations amicales de la Russie, le gouvernement anglais s'obstinerait à châtier Dost Mahommed comme coupable de sympathie envers la Russie? C'est pourtant ce qui eut lieu. En 1839, une armée anglaise franchit l'Indiis. Autant la cause était injuste, autant les résultats furent effroyables. La guerre de l'Afghanistan fut pour l'Angleterre ce qu'avait été pour Auguste le désastre qui lui arracha le cri fameux : « Varus, rends-moi mes légions. »
Il me reste à raconter par quelle fraude ou, plutôt, — pourquoi n'appellerais-je pas les choses par leur nom? — par quel faux en écritures publiques, quelques-uns des auteurs de cette expédition insensée clierchèrent à tromper l'histoire.
(1) Ibid.
.(2) Ibid.
294 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)
Il y a bien longtemps déjà de cela; mais qu'importe? Le anot actualité est un barbarisme à l'adresse de ceux en qui ile spectacle des choses humaines n'éveille qu'un sentiment êe curiosité frivole et passagère. Pour ceux qui ne se contentent pas de penser au jour le jour; pour ceux qui sont capables d'apercevoir le lien qui existe entre hier et aujourd'hui, entre aujourd'hui et demain; pour ceux qui jugent le présent et s'efforcent de lire dans l'avenir, à la lueur des flambeaux que le passé tient allumés, tel article de politique rétrospç^ctive a un intérêt plus réel, plus vivant, plus véritablement actuel, que les mille commérages qui sont le pain quotidien des désœuvrés.
Ceci entendu, je reprends mon récit au point oh je l'avais laissé, sauf à en tirer ensuite les inductions qui sont applicables à la situation présente. Car — et ce point ne doit pas être perdu de vue — la principale figure du tableau <ïue je trace est un homme qui vit encore, que dis-je? c'est un homme qui est en ce moment premier ministre d'Angleterre, et en qui, à proprement parler, s'incarne la politique anglaise.
L'invasion de l'Afghanistan eut lieu en 1839. Le chef du -cabinet à cette époque était lord Melbourne; mais lordPalmerston était ministre des affaires étrangères, et jouissait, en cette qualité, d'une influence considérable, sinon pré- (pondérante.
Pour savoir si Dost Mohammed, chef des Afghans, était, oui ou non, l'ami des Anglais, favorisait, oui ou non, les
Russes, le gouvernement britannique avait à se décider entre les dépêches, absolument contradictoires, de lord Auckland, gouverneur général des Indes, et de sir Alexandre Burnes, envoyé de l'Angleterre à Kaboul. Suivant-lord Auckland, Dost Mahommed était, au fond du cœur, iw ennemi, et il fallait le traiter comme tel ; il fallait ne voir que perfidie dans ses démonstrations d'amitié, que mensonge dans ses témoignages de sympathie. Suivant sir Alexandre Burnes, au contraire , qui se trouvait en position de bien juger, ce semble, puisqu'il était sur les lieux, le souverain de Kaboul ne recherchait que la protection des Anglais, brûlait de la mériter, et tournait le dos à l'alliance russe.
Peut-être le cabinet britannique se serait-il défié des appréciations de lord Auckland, s'il avait réûéchi davantage au genre de pression qui, dans les Indes, pèse sur les gouverneurs et leur entourage. Dans cette contrée lointaine, en effet, les Européens sont en général si ennuyés de la monotonie de leur existence de chaque jour, si avides de quelque chose de nouveau, qu'ils donneraient presque la bienvenue à un tremblement de terre; et quant à l'armée, y compris ceux qui dépendent d'elle, sa tendance naturelle est vers ce qui lui promet des distinctions, de l'honneur, de l'avancement, de gros salaires.
Quoi qu'il en soit, ces considérations ne furent d'aucun poids dans l'opinion de lord Melbourne, de lord Palmerston et de leurs collègues. Ils dédaignèrent les sages avis de sir Alexandre Burnes; ils se plurent à croire à l'infaillibilité de son supérieur, lord Auckland ; ils résolurent de renverser Dost Mohammed et de relever sur les ruines de son pouvoir celui de Shah Soojah, qu'une révolution antérieure avait jeté par terre; la guerre de l'Afghanistan fut entreprise. C'était en 1839.
296 LETTRES SUR L*ANGLETERRE (l863)
Dans le cours de la même année, la « Correspondance relative à l'Afghanistan » (Correspondence relating to Affghamstan) fut mise sous les yeux du Parlement. Quelle ne fut pas la surprise, quelle ne fut pas l'indignation de sir Alexandre Bûmes, lorsqu'il vit, par la lecture de celte correspondance, qu'on avait tronqué, dénaturé, falsifié ses dépêches, de manière à lui faire penser le contraire de ce qu'il avait pensé, et dire le contraire de ce qu'il avait dit ! Les documents qui furent, en 1839, soumis à l'examen des Chambres, présentaient sir Alexandre Burnes comme ayant poussé le gouvernement britannique à se défier de Dost Mohammed, comme l'ayant dénoncé, comme ayant fourni des renseignements de nature à justifier sa dépossession et à légitimer la guerre entreprise contre lui. Sir Alexandre Burnes n'eut pas plutôt lu ses propres dépêches, telles que les avait faites l'art du faussaire, qu'il s'écria : « C'est une fraude! »
Pendant ce temps, la guerre de l'Afghanistan se poursuivait. Je le répète, l'Angleterre put bientôt pousser le cri d'Auguste : Varus\ rends-moi mes légions ! Les habitants du royaume de Kaboul se levèrent en masse ; les Anglais, eu 1842, furent exterminés; ils se trouvèrent avoir dépensé quinze millions de livres •sterling pour joncher le sol de vingt mille de leurs cadavres (1). Dix ans d'embarras financiers et une longue éclipse du soleil anglais dans les Indes, tels furent les résultats de cette expédition aussi insensée qu'inique. Chose triste à dire! sir Alexandre Burnes, qui, après avoir tout fait pour la prévenir, n'avait pas cru devoir s'abstenir d'y prendre pari, fut au nombre
(1) Discours de M. Bright dans la Chambre des Communes, séance du 19 mars 1861 .
des victimes. Son corps fut haché en morceaux (1).
Avant sa mort, il avait envoyé en Angleterre copie certifiée de ses dépêches, telles qu'il les avait réellement écrites. Informée de sa fin tragique, sa famille voulut du moins protéger et venger sa mémoire. Peu à peu, le bruit se répandit qu'un faux avait été commis; que la bonne foi du Parlement avait été surprise; que, loin d'avoir conseillé cette guerre funeste, sir Alexandre Bûmes n'avait rien négligé pour en écarter le fléau ; que les dépêches de lui présentées à la Chambre des Communes avaient été imprimées avec des suppressions et des modifications qui en altéraient le sens de la manière la plus inconcevable.
Ces rumeurs conduisirent M. Henry Baillie, représentant d'Inverness, à demander, en 1842, la production de la correspondance complète relative à l'Afghanistarj ; et cette demande, il la fonda sur ce que les documents produits en 4839 avaient été falsifiés. Le fait fut nié purement et simplement par lord Broughton, qui était alors président du « Bureau du Contrôle », et la Chambre des Communes passa outre, « le public en Angleterre étant », selon la remarque de M. Dunlop, « accoutumé à avoir entière confiance dans l'honneur des ministres de la couronne (2) » .
En 1843, la motion de M. Henry Baillie fut reprise par M. Bœbuck, mais rejetée à la majorité de 189 voix contre 75.
En 1848, M. Anstey revint à la charge; et, cette fois encore, la vérité fut étouffée.
Les choses en étaient là, lorsque, en 1851, M. Kaye pubba son Histoire de V Afghanistan.
(1) Discours de M. Dunlop, même séance.
(2) Discours de M. Dunlop, séance du 19 mars 1863.
Sans ce livre, sir Alexandre Burnes passerait pour avoir <nmené le plus grand désastre éprouvé par les Anglais dans les Indes, absolument comme M. Louis Blanc passe, aujourd'hui encore, aux yeux de beaucoup de bonnes gens, pour avoir fondé en 1848 les ateliers nationaux ! 0 sainte vérité, r.omme on abuse de ton nom! Et tenez, il existe une histoire des Afghans, par un auteur allemand. Ouvrez-la; vous y trouverez un chapitre intitulé : « Sir Alexandre Burnes, instigateur de la guerre. » Non que l'auteur soit coupable d'avoir trahi sciemment la vérité. Lui-môme déclare appuyer son récit sur les papiers d'État soumis à l'examen du Parlement anglais. C'est tout simple. Comment mirait-il jamais pu imaginer que c'était appuyer son récit sur un faux ?
Or, voilà ce que le livre de M. Kaye impliquait. On y lut €6 passage, qui fit une grande impression sur le public : « Ceux qui veulent se faire une idée exacte du caractère et de' la conduite de sir A. Burnes ne doivent pas oublier que l'un et l'autre ont été représentés sous un jour faux dans celte collection de papiers d'État qu'on suppose fournir à l'histoire ses meilleurs matériaux, mais qui souvent ne sont en réalité qu'une compilation de documents falsifiés, lesquels, grâce à l'estampille ministérielle, entrent en circulation, trompent la génération présente, et lèguent à la postérité un enchaînement de dangereux mensonges (1). »
Il était difficile que l'affaire en restât là, d'autant plus difficile, que c'était pour M. Urquhart une de ces bonnes fortunes à l'affiit desquelles il n'a cessé de se tenir depuis sa grande brouille avec lord Palmerston. M. Urquhart, qui
(1) Kaye's Afghanistan, vol. Il, p. 13. Cité par M. Dunlop dans la séance du 19 mars 1861.
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est peut-être rhoiiime le plus versé qui soit au monde dans les secrets de la diplomatie, arcana imperiiy et qui rendrait d'incalculables services à la cause de la vérité, si la haine démesurée qu'il porte à lord Palmerston et les égarements qui naissent d'un esprit subtil à l'excès ne le condamnaient à donner une couleur fausse à des faits exacts, et à tirer de faits bien observés des conclusions absurdes, M. Urquhart est parvenu à établir en Angleterre je ne sais combien de comités dont la mission est d'avoir l'œil sur la façon dont sont conduites les affaires étrangères. Newcastle, Manchester, Winchester, Leed^., Bolton-le-moors, South Shields, Stockport, etc., etc., virent s'établir, il y a quelques années, des comités de ce genre ; et bien que leur action n'ait jamais été tout à fait prise au sérieux, leur influence s'est plus d'une fois manifestée de manière à causer de cruels soucis à ceux contre qui elle était dirigée. Une de ces associations, celle de Newcastle, publia un rapport de ce qui s'était passé relativement à l'Afghanistan. En 4858, d'autres associations affiliées à la première adressèrent au Parlement des pétitions concluant à la publication intégrale des papiers d'État qu'on disait falsifiés. Bref, l'impulsion donnée à cette question devint si vive que, M. George Hadfield, représentant de Sheffield, ayant repris en 1858 la motion présentée en 1842 par M. Henry Baillie, et renouvelée en 1843 par M. Bœbuck, la Chambre des Communes ordonna enfin la publication demandée.
Elle eut lieu en 1859; et la version de 1859, rapprochée de celle de 1839, leva tous les doutes sur la réalité, l'étendue et la portée du faux officiel commis pour faire peser sur la mémoire d'un homme mort au service de son pays la responsabilité d'une guerre qu'on n'eût jamais entreprise, si l'oTi avait cru à ses renseignements et suivi ses conseils.
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Le gouvernement anglais, on s*en souvient, publia, il y a un peu plus de deux mois, sous le titre de Polish Çorrespondence^ la collection des papiers d'État relatifs à cette insurrection polonaise qui tient en suspens l'Europe entière. Là, grâce aux dépêches envoyées de Saint-Pétersbourg par lord Napier, de Varsovie par le colonel Stanton, de Vienne par lord Bloomfield, chacun fut admis ou put se croire admis, en ce qui touche la question de Pologne , dans les coulisses de l'histoire.
Rien de mieux , à coup sûr. Puisque la diplomatie tient entre ses mains, aujourd'hui plus que jamais, les destinées des*peuples , c'est bien le moins que les peuples soient reçus de temps en temps à voir clair dans les causes et les circonstances qui déterminent ses actes; et, sous ce rapport, la publication de ce qu'on nomme ici les Blue-Books^ à part son intérêt historique, est d'un prix inestimable.... lorsque cette publication n'est pas entachée de fraude; lorsqu'il n'y a ni omissions systématiques, ni suppressions artificieuses. Car, dans ce cas, elle devient le plus dangereux des procédés qu'on puisse mettre en usage pour égarer l'opinion, fausser le jugement du public et tromper la postérité.
Or, jusqu'à quel point est-il permis de se fier au contenu des correspondances diplomatiques qui, dans toutes les affaires graves, sont mises sous les yeux du Parlement et du peuple anglais? C'est là une question que les faits suivants aideront peut-être à résoudre.
J'ai rappelé comme quoi, en 1859, M. Hadfield parvint
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enfin à arracher à la Chambre des Communes l'ordre de publier intégralement la « correspondance relative à l'Afghanistan », laquelle n'avait été publiée, en 1839, qu'avec des suppressions et des changements calculés de façon à en altérer le caractère. Le Blue-Book^ dans lequel les documents dont il s'agit furent, cette fois, rassemblés, fut imprimé sous le regard de M. Kaye, qui était, à cette époque, à India House^ et qui marqua chacun des passages falsifiés dans la collection qu'en 1839 on avait soumise au Parlement. Les falsifications étaient nombreuses; elles avaient une importance déplorable; elles trahissaient une main exercée. J'en citerai quelques-unes seulement. Elles donneront une idée suffisante du reste.
Le 20 décembre 1837, sir Alexandre Bûmes avait adressé à W. H. Macnaghten, secrétaire du gouvernement des Indes, une dépêche par laquelle il annonçait l'arrivée à Kaboul d'un agent direct de V empereur de Russie. Dans la correspondance publiée en 1839, les mots V empereur de Russie furent, pour des motifs que nous dirons plus bas, supprimés, et on leur substitua le mot Russie.
La dépêche se composait de six paragraphes : on n'en laissa subsister que deux , ceux qui se bornaient à constater l'envoi d'un agent russe; et l'on en supprima quatre, ceux dans lesquels sir Alexandre Burnes rendait compte des sympathies du souverain de Kaboul pour l'Angleterre, de son parti pris de ne rechercher d'autre alliance que l'alliance anglaise, et de la résolution où il était de renvoyer l'agent russe à l'instant même, si tel était le désir des Anglais.
Le 23 décembre 1837, sir Alexandre Burnes avait adressé au gouverneur des Indes lui-même une autre dépêche dans laquelle il affirmait les excellentes dispositions de Dost Mahommed à l'égard de l'Angleterre, insistait sur la nécessité
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de s'unir à lui et concluait en ces termes : « Si la conduit!^ de Dost Malîommed et son empressement à divulguer franchement tout ce qui s'est passé sont approuvés par Votre Seigneurie, je crois que la première démarche à faire serait d'écrire une lettre de remercîment à ce chef pour les preuves qu'il a données de son attachement et de sa fidélité. » Pas un mot de tout cela dans la dépêche du 23 décembre 1837, telle qu'elle fut publiée par le gouvernement anglais en 1839. De la partie de cette dépêche qui avait trait à l'arrivée d'un agent russe, à son entrevue avec le Dost, aux offres brillantes qu'il avait mission de faire, rien n'était retranché, mais de tout ce qui prouvait les bonnes dispositions et la bonne foi de Dost Mahommed, je le répète, pas un mot.
De là, l'erreur commise par l'historien allemand Cari Zimmermann, qui, dans l'ouvrage publié par lui à Berlin en 1842, sous ce titre : le Théâlre de la guerre dans V intérieur de VAsie, cite précisément la dépêche sus-mentionnée, — qu'il ne savait pas être un document tronqué, — pour établir que l'instigateur de la guerre de l'Afghanistan fut sir Alexandre Burnes.
A l'appel fait par ce dernier en faveur de Dost Mahommed, sir William Macnaghten avait répondu par une longue lettre qui contredisait d'une manière formelle l'opinion de sir Alexandre Burnes et opposait à sa politique une politique absolument contraire. Cette lettre, dans la correspondance publiée en 1839, fut omise, à l'exception de trois paragraphes ayant rapport à la nécessité de faire renvoyer de Kaboul l'agent russe.
Ai-jc besoin de signaler l'esprit qui dicta ces mutilations? Le gouvernement anglais, par une lamentable et folle adhésion à la politique de lord Auckland, gouverneur général des Indes, s'était lancé dans une guerre qui s'annonçait sous
de sinistres auspices et dont les conséquences ultérieures furent en effet épouvantables. Sa responsabilité eût été mise à une terrible épreuve si on avait pu l'accuser d'avoir fermé l'oreille aux sages conseils de sir Alexandre Burnes, de n'avoir tenu aucun compte de ses renseignements, en un mot d'avoir fait fausse route au moment même où il y avait là quelqu'un qui lui montrait le bon chemin. Pour échapper à une accusation semblable, il fallait faire croire qu'il n'y avait eu qu'une opinion, aux Indes, sur la hgne à suivre; il fallait faire croire qu'aux yeux de sir Alexandre Burnes, comme aux yeux de lord Auckland, la conduite de Dost Mahommed avait été celle d'un ami de la Russie, d'un ennemi de l'Angleterre; il fallait donner de la sorte une couleur de nécessité et de justice à une guerre dont M. Kaye, l'historien, attribue les désastres « à la malédiction de Dieu s'attachant à une cause impie » {to ilie curse of God resting npon an unholy cause).
Il est vrai que c'était calomnier un fidèle serviteur de la nation , se jouer de la confiance du public, faire pacte avec le mensonge ; mais la puissance n'y regarde pas de si près, et il n'entre guère, hélas! dans les habitudes de la politique de frayer avec la morale.
Une circonstance à noter, c'est que, dans la correspondance publiée en 1839, les mots empereur de Russie ou leur équivalent avaient été, — on verra plus tard pourquoi, — effacés jusqu'à cinquante-quatre fois et remplacés par d'autres mots.
Il y avait là un étrange procès à juger, et vous, pensez bien que ceux qui risquaient d'y être compromis n'épargnèrent rien pour l'éviter. Longtemps on put croire qu'ils réussiraient à empêcher le jour de se faire; mais enfin, le 19 mars 1861, un discours de M. Dunlop alluma dans ces
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ténèbres une lampe désormais impossible à éteindre. Après avoir, avec une indignation grave et une calme énergie,, rappelé la triste histoire dont je viens d'esquisser les principaux traits, M. Dunlop concluait à la nomination d'un comité chargé de procéder à une enquête.
J'ai devant moi la réponse que fit k M. Dunlop, en cette circonstance solennelle, lord Palmerslon, et je ne crois pas qu'on ait jamais poussé plus loin l'art de disserter longuement sur ce qui est en dehors de la question, en éludant la question même. La défense du ministre porte tout entière sur ce que lord Auckland était gouverneur général des Indes, et sir A. Burnes un agent secondaire seulement; sur ce qu'il appartenait au premier et non au second de décider du meilleur parti à prendre ; sur ce qu'il était naturel que le gouvernement anglais réglât sa politique sur la manière de voir du premier plutôt que sur celle du second; sur ce que sir Alexandre Burnes avait eu tort de prendre pour paroles d'Évangile tout ce que lui avait dit un chef afghan , et avait ignoré, dans la simplicité de sa nature, combien les hommes de cette race sont façonnés à l'intrigue, etc., etc. Et puis, c'était là de l'histoire ancienne. A quoi pensait-on de vouloir soumettre à une enquête la conduite tenue par le gouvernement en d837 et 1838? Si l'on jugeait à propos de se livrer à des recherches rétrospectives , pourquoi ne pas remonter jusqu'aux traités de 4815, jusqu'aux opérations qui eurent lieu dans la Péninsule, jusqu'à l'expédition de Walcheren, jusqu'à Copenhague, et plus haut encore? Il était bien tard pour se demander si on avait eu tort ou raison d'entreprendre la guerre des Afghans, etc., etc.
Inutile de remarquer que ce n'était point du tout là la question. Il ne s'agissait en aucune manière de savoir si le gouvernement anglais avait été autorisé à accorder, en 1837
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et 1838, plus de confiance à lord Auckland qu'à sir Alexandre Burnes; il ne s'agissait en aucune manière d'ouvrir une enquête sur la guerre de l'Afghanistan. Les véritables points de la question étaient ceux-ci, et rien que ceux-ci :
Est-il vrai, oui ou non, que les dépêches relatives à la guerre de l'Afghanistan ont été falsifiées ?
Est-il vrai, qui ou non, que ces falsifications ont été calculées de manière à faire peser injustement sur sir Alexandre Btirnes la responsabilité de cette guerre à jamais funeste?
Est-il vrai, oui ou non, qu'en agissant de la sorte, le gouvernement d'alor§, représenté par lord Palmerston dans le gouvernement d'aujourd'hui, a trompé le Parlement et le public?
Est-il vrai, oui ou non, que la production, rendue obligatoire, des papiers d'État ayant pour objet de mettre la nation en état de juger la politique des ministres, altérer le sens des dépêches qu'on livre à la publicité, c'est égarer l'opinion, déjouer sa surveillance, détruire toute confiance dans la droiture des hommes publics, et saper les bases du régime constitutionnel ?
Et lorsqu'un fait de cette nature a eu lieu, est- il vrai, (fui ou non, qu'il importe au plus haut point d'aviser à ce qu'il ne se répète pas ?
Lorsque, le 23 février 1848, M. Anstey demanda la mise en accusation de lord Palmerston, un des griefs dont il s'arma contre lui fut précisément la mutilation de la correspondance relative à l'Afghanistan. En cette occasion, lord Palmerston se borna, comme il l'a fait depuis en repoussant les attaques de M. Dunlop, à dire qu'en effet les dépêches de sir Alexandre Burnes n'avaient pas été reproduites dans leur intégrité, mais que les suppressions portaient sur des pas- T. m. • 20
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sages sans importance et sans rapport avec la question à juger.
Jamais assertion ne fut plus inexacte. Si des suppressions avaient été faites, c'était, au contraire, parce qu'elles portaient sur des passages d'une importance extrême; parce qu'elles tendaient h faire croire que, parmi les agents de l'Angleterre aux Indes, il y avait eu unanimité d'opinion sur la nécessité et. la justice de la guerre de l'Afghanistan; parce qu'elles avaient pour but de masquer cette circonstance très-grave, qu'un désastre immense eût été évité si la politique recommandée par l'envoyé anglais résidant à Kaboul eût prévalu.
Il serait, en vérité, par trop commode que des ministres pussent retrancher de chaque document présenté par eux à leurs juges tout ce qu'ils veulent, sauf à venir dire, quand on les prend en flagrant délit, qu'à leurs yeux ces retranchements étaient sans importance, comme si c'était à eux, et non pas au Parlement, à décider de ce qui est ou n'est pas important !
Encore si, dans les dépêches dont il s'agit, les suppressions avaient été indiquées ! Mais non : elles n'étaient pas n^^me marquées par des points, et les solutions de continuité y étaient déguisées, soit par des additions de phrases, soit par des substitutions de mots, introduites dans le texte avec un art infini.
De ces substitutions de mots, la plus remarquable — et elle avait été faite jusqu'à cinquante-quatre fois — c'était celle qui consistait à remplacer par les expressions Russie ou goumrnement russe l'expression empereur de Russie. Amené à s'expliquer à cet égard dans la séance du 19 mars 1861, lord Palmerston donna l'explication suivante, qui mérite d'être citée textuellement :
« Je dis qu'il était parfaitement légitime, dans la lettre à laquelle il est fait allusion, de substituer les mots gouvernement russe au mot empereur, et d'omettre les expressions de nature à identifier l'empereur en personne avec la communication faite à DostMaliommed. Si vous trouviez que le gouvernement russe est entré en rapport avec un autre pouvoir sur votre frontière, dans un but manifestement hostile à vos intérêts, et si vous désiriez que ce gouvernement renonçât à ses desseins, rien à coup sûr ne serait moins sage que de le lier au maintien de la politique que vous voudriez lui voir désavouer, et de lui rendre impossible d'en venir honorablement {consistently ivith honour) à la rétractation que vos remontrances tendraient à obtenir. »
A Dieu ne plaise qu'il faille voir dans cette grande sollicitude du ministre anglais pour Yhonneur de l'empereur de Russie, une preuve des prétendues trahisons qu'avec une persévérance si haineuse M. Urquhart et ses amis n'ont cessé d'imputer à lord Palmerston; mais on doit convenir que l'explication est bien extraordinaire. Quoi ! dans le Cas où l'on se serait assuré que l'empereur de Russie nourrit des desseins hostiles à l'Angleterre, dans le cas où cette hostilité serait manifeste, on l'aiderait à sauver son honneur, en lui facilitant la ressource d'un désaveu, c'est-à-dire d'un mensonge ! Dn peut donc mentir avec honneur, pourvu que la chose ne fasse pas d'éclat ! Étrange façon de comprendre les lois de la morale !
A un homme de la trempe de M. Bright, tout cela fournissait naturellement la matière d'un réquisitoire. Le discours que ce rude tribun prononça dans la séance du 49 mars 1861, est un des plus terribles qui soient jamais tombés de ses lèvres éloquentes. Un des traits du caractère de lord Palmerston est de ne se troubler de rien, de traverser
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en souriant les épreuves les plus critiques, d'opposer aux accusations les plus sérieuses une jovialité impossible à déconcerter, de répondre à des anatlièmes par un bon mot. Dans la circonstance que je rappelle, sa sérénité liabituelle ne parut pas l'abandonner; mais, intérieurement, il dut éprouver une émotion profonde, lorsque, de cette voix qui a le pouvoir de soulever les orages, M. Bright s'écria : « Il vaut la peine que nous sachions s'il est possible que, soit ici, soit aux Indes, il y ait eu, occupant une haute position, un homme assez étranger au sentiment de l'honneur et de la justice, pour présenter à cette Chambre im exposé incomplet, faux, controuvé (forged) des opinions d'un serviteur du pays, mort au service du pays. »
L'accusation de M. Dunlop avait été si précise, la réponse de lord Palmerston si ûiible, la réplique de M. Bright si foudroyante, que tout semblait annoncer un dénoiîment fatal au ministre, lorsqu'un puissant auxiliaire lui vint du camp même des tories.
Justifier lord Palmerston, en restant dans la question, M. Disraeli ne le pouvait pas et ne s'avisa pas de l'essayer; mais il donna très-habilement le change aux esprits en reprochant à M. Bright d'avoir connu depuis longtemps les faits qu'il venait d'énoncer, et d'avoir, malgré cela, prêté son appui à la formation du ministère présidé par l'homme dont il se portait maintenant l'accusateur. Partant de là, M. Disraeli plaida la cause de l'indulgence, la cause de l'oubli. Quelques paroles calmantes de M. Walpole et l'empressement de lord John Bussell à se prononcer en faveur du premier ministre, son collègue, firent le reste. L'enquête proposée par M. Dunlop fut écartée par 159 voix contre 49. En cette occasion, le sauveur de lord Palmerston fut, chose curieuse, son grand rival, M. Disraeli. Quel motif décida ce
dernier à soutenir, dans une pareille crise, le cabinet, que son rôle avait toujours été jusqu'alors et fut toujours depuis de battre en brèche ? M. Disraeli, ministre en expectative, pensa probablement que, dans l'intérêt du pouvoir, lorsqu'il serait lui-même appelé à l'exercer, il était bon de ménager à la responsabilité ministérielle quelque échappatoire !...
Ainsi se dénoua cette triste affaire. Le délit fut parfaitement prouvé ; mais il était de date ancienne, trop grave d'ailleurs pour ne pas appeler, si l'on insistait, le scandale d'une mise en accusation : ou aima mieux fermer les yeux et passer outre.
La menace, du moins, a-t-elle été d'un utile effet? Non. Depuis que le parti libéral s'est montré, en matière de production de documents diplomatiques, plus exigeant et plus susceptible qu'il ne convenait aux ministres, un usage déplorable s'est introduit : celui de parer, par une correspondance privée, aux inconvénients de la correspondance officielle. Tout ce que le gouvernement désire soustraire à la publicité et à la discussion, il se le fait écrire par ses agents dans des lellres privées, et n'admet, dans la correspondance officielle destinée à être mise sous les yeux du Parlement, que ce qu'il juge de nature à ne pas l'exposer à une controverse gênante.
Voilà comment la diplomatie, même dans un pays constitutionnel, parvient à dérober ses actes aux regards curieux, et comment il se trouve qu'il est aussi vrai aujourd'hui qu'il l'était autrefois, ce vieil adage, si nouveau, toujours cité, et toujours à citer :
Quidquid délirant reges plecluntur Achivi.
31C LKTTRES SUR l' ANGLETERRE (iSGS)
3 juillet.
m. Rœbuclî dans le rôle de coiilident.
Pauvre M. Rœbuck! Décidément le rôle qui lui convenait était celui du paysan du Danube. Ce rôle a quelquefois du bon, et il aurait dû s'y tenir.
11 fut un temps où M. Rœbuck n'était pas fâché qu'on le prît pour ce que la .nature l'a fait. Si bilieux, qu'il n'est pas jusqu'à son talent qui n'ait la jaunisse, il tirait de son tempérament même un genre de force qui avait son prix et une importance tout à fait à part. Comme on lui savait une éloquence querelleuse, on avait pour lui le respect qu'inspirent et méritent messieurs les boule-dogues. Il me pardonnera la comparaison : lui-même, si je m'en souviens bien, ne trouvait pas mauvais qu'on lui attribuât les qualités belliqueuses de la race canine. Les partisans de la révolution qui, au quinzième siècle, détacha de l'Espagne une partie des Pays-Bas, ne se parèrent-ils pas du nom de gueux? De même, M. Rœbuck, dans ses beaux jours, se parait du nom de Teafem (déchirez-les).
Et, il faut lui rendre cette justice, qu'à l'époque dont il s'agit, ceux qu'il déchirait n'étaient pas les faibles, les opprimés, ou leurs défenseurs. Le chien, quoique un des plus nobles animaux de la création, manque de générosité en ceci, qu'il aboie aux gens mal vêtus. Tout au contraire,