M. ROEBUCK DANS LE ROLE DE CONFIDENT 3 H
Comme cela est chevaleresque ! Mais si par hasard M. Rœbuck se trompait dans ses héroiiques calculs ! Si par hasard le Nord, injustement provoqué, puisait dans l'étendue même de ses périls un redoublement d'énergie et Un accroissement de force! Quoi! L'image du Canada envahi n'a pas traversé les rêves d'or de M. Rœbuck ! il ne lui est pas venu à l'esprit que ces mots . « L'Angleterre nous attaque, » feraient tressaillir d'émotion belliqueuse et de fanatisme national tous les Irlandais qu'en Amérique la haine du nègre, qui leur est particulière, éloigne des combats! Il n'a pas un seul instant songé au parti démocratique, dont l'opposition est, à l'heure qu'il est, une des causes de faiblesse du Nor(3, et qui, dans le cas d'une guerre avec l'Angleterre, ne ferait plus qu'un avec le parti républicain ! Il a oublié que cette marine américaine, qu'il traite avec un si arrogant dédain, a infligé aux Anglais, toutes les fois qu'ils l'ont bravée, les pertes les plus sensibles qu'ils aient jamais subies sur l'Océan ! Et il ignore qu'une rupture entre les deux contrées condamnerait le peuple anglais, qui souffre tant de l'absence du coton, à souffrir davantage encore de l'absence du blé !
Tout ceci, M. Rœbuck est incapable de le voir, aveuglé qu'il est par la passion; mais tout ceci, le gouvernement anglais, grâce à Dieu, le voit à merveille.
A des déclamations ampoulées, M. Gladstone a opposé des considérations d'une haute sagesse, présentées dans le style calme et sobre de l'homme d'État. Ni le gouvernement anglais ni l'Angleterre ne sont disposés, en ce moment, à courir les aventures : voilà qui est bien certain. Et il est fort heureux, pour le peuple anglais, que, refusant de tirer l'épée en faveur de la Pologne, il refuse aussi de la tirer en faveur des propriétaires d'esclaves. Si, ayant peur d'affronter la guerre pour une cause juste, il ne craignait pas de l'af-
318 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863) *
fronter pour une cause injuste, c'en serait fait de son hon-
neur! »