LA DIPLOMATIE ANGLAISE DANS L EMBAKRAS
du Rhin ? Il n'est pas ici un homme politique à l'esprit duquel ces considérations ne soient présentes. « L'Angleterre n'a aucun intérêt à une guerre de ce genre, et elle y courrait des risques incalculables. ». Voilà le mot qui est sur toutes les lèvres dans les salons, dans les clubs, partout où la politique n'est pas affaire de pur sentiment. Prenez les journaux : combien en est-il qui soient -décidément à la guerre? C'est à peine si j'tn pourrais nommer un ou deux. N'est-il pas re-. marquable que, soit à la Chambre des Lords, soit à la Chambre des Communes, pas un orateur n'ait osé jusqu'ici conclure à la guerre d'une façon bien nette, même parmi ceux qui ont mis le plus d'emportement à dénoncer les griefs de la Pologne, à flétrir les cruautés de la soldatesque russe, à «blâmer la marche hésitante du ministère et ses confessions pusillanimes, à recommander enfin l'énergie comme une marque de sagesse?
Il est vrai qu'il s'est tenu des meetings guerriers. Mercredi dernier, par exemple, Saint-James'Hall a été le théâtre d'un enthousiasme dont on ne peut nier que le caractère ait été belliqueux. Qu'on y eût applaudi avec ivresse l'apparition du général comte Zamoïski, cela eût été tout simple ; mais on a fait plus. Sir John Shelley, membre du Parlement, occupait le fauteuil. Il a dit qu'on lui avait demandé à quoi servirait ce meeting, et s'il était résolu à aller jusqu'à la guerre. Or, à cette question le meeting a répondu par un oui formidable. Se trouvaient là six ouvriers français, accourus de Paris pour associer au caractère de cette manifestation l'idée d'une alliance mihtaire et populaire avec la France : MM. Perrachon, monteur en bronze; Aubert, mécanicien; Tolain, ciseleur en bronze; Murât, tisseur en soie; Bibal, chemisier; Cohadon, maçon; et leur présence n'a pas peu contribué à l'effet de ce oui, qui du cœur des
assistants est monté si vite à leurs lèvres. Mais ce n'est pas le peuple proprement dit qui décide, en Angleterre, des destinées de l'Angleterre. La pensée de l'aristocratie et des hommes d'État, en qui s'incarne la volonté des « classes gouvernantes », voilà le baromètre à consulter, quand on désire savoir si le temps est à l'orage.
Au reste, il y a des situations fatales. Si les classes gouvernantes en Angleterre ne veulent pas d'une guerre à entreprendre conjointement avec la France, elles ne veulent pas non plus d'une guerre que Napoléon ferait sans l'Angleterre; et il ne serait pas impossible qu'elles fussent amenées à se résigner au premier inconvénient pour éviter le second. Ce qui me paraît sûr, c'est que, si le signales! donné, il faudra qu'il parte, non de Downing-street, mais des Tuileries.
29 juillet.
Un homme qu'on appelait honorable.
Vous souvenez- vous qu'il y a onze mois environ, je vous racontai un drame affreux dont un certain William Roupell était le héros? Triste héros, en vérité! Ce William Roupell, homme jeune encore, d'une intelligence vive, et qui avait le rare privilège d'exercer un grand ascendant sur